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Justice antiterroriste : les étranges leçons juridico-morales du procureur de Paris François Molins vis-à-vis des propositions  des candidats de droite
©Reuters

Et le devoir de réserve ?

Justice antiterroriste : les étranges leçons juridico-morales du procureur de Paris François Molins vis-à-vis des propositions des candidats de droite

En recadrant les candidats de l'opposition, François Molins est sorti de son devoir de réserve. Or, au regard des échecs de la politique judiciaire et pénale, le parquet de Paris devrait faire montre d'une humilité intellectuelle particulière.

Gilles-William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est un avocat pénaliste aux prises de position contestataires, président fondateur d'Avocats sans frontières. Il fut le défenseur des accusés dans les affaires Sentier I et Sentier II, ainsi que dans l'Angolagate. Il est l'auteur de Réflexions sur la question blanche et de Le vieil homme m'indigne ! : Les postures et impostures de Stéphane Hessel, parus chez Jean-Claude Gawsewitch. Gilles-William Goldnadel est également secrétaire national de l'UMP aux médias et à la désinformation.

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Atlantico : Dans une interview accordée au journal Le Monde, François Molins, procureur de Paris, a sévèrement critiqué une partie des positions des candidats de droite en matière de lutte anti-terroriste, affirmant ne pas savoir si leurs propositions relevaient de "l’ignorance ou de la mauvaise foi". Quelle est l'autorité de François Molins pour s'immiscer ainsi dans le débat politique ?

Gilles-William Goldnadel : Les termes employés par François Molins sont, à mon sens, un peu vifs. Je ne crois pas qu'il soit du rôle d'un procureur de polémiquer avec l'opposition. Il me semble, au contraire, que le parquet de Paris devrait faire montre d'une humilité intellectuelle particulière. Je n'ai rien contre M. Molins qui est un homme de bien mais quand je l'entends dire que la politique répressive va être beaucoup plus sévère, j'aimerais lui demander pour quelles raisons on a attendu tant de temps. Je ne lis pas dans le marc de café, et pourtant, cela fait cinq ans voire dix ans que je demande à la politique pénale française d'être plus répressive. Quand je le disais à l'époque je recevais des bordées d'injures. Ainsi, ceux qui nous appellent à la modération devraient eux-mêmes être d'une immense modestie.

Nous avons perdu beaucoup de temps dans la politique pénale et dans la politique judiciaire. Des procès en responsabilité pourraient même être menés. De ce point de vue-là, je trouve l'opposition extrêmement raisonnable. Je pense par exemple à cette magistrate qui a libéré contre l'avis du parquet – je ne mets donc pas en cause sur ce point-là le parquet de Paris – le terroriste qui a commis l'attentat de Nice. Sa responsabilité – au moins morale – est clairement engagée. Les magistrats, les procureurs et les avocats – et je m'inclus dedans – ne sont pas de très grands clercs en politique pénale.  Ils ont bien sûr le droit de s'exprimer mais ceux qui seraient les plus à même de s'exprimer, ce sont les criminologues qui ne sont jamais interrogés, ce qui est quand même curieux. Les politiques qui font la loi doivent également s'exprimer. Par conséquent, que le procureur de Paris – qui est en principe d'une plus grande pondération –, se permette de traiter ainsi l'opposition parlementaire me semble un peu curieux. 

Il a ainsi écarté la création d'un parquet national antiterroriste, estimant que le dispositif actuel de la justice antiterroriste qu'elle était un "gage d'efficacité et de cohérence". Doit-on en conclure que la politique pénale est irréprochable ? En tenant de tels propos, le procureur de Paris ne sort-il pas de son rôle ? 

Encore une fois, le procureur de Paris, même s'il est tenu à une obligation de réserve – qu'il a peut-être franchie en qualifiant ainsi les propositions de l'opposition –, ne sort pas de son rôle lorsqu'il donne son avis sur la politique pénale à mener.

En revanche, l'efficacité de la politique pénale reste à prouver. Cette politique peut être grandement améliorée. L'épisode Taubira a été purement et simplement calamiteux. Il signe même, de mon point de vue, l'échec de la politique judiciaire du gouvernement. Que M. Valls – qui a mené quand il était ministre de l'Intérieur une politique tout à fait convenable – ait accepté le tandem avec Mme Taubira – ce que j'ai appelé le mariage de la carpe et du lapin – montre les limites de sa sincérité politique. En tant que citoyen et observateur de la situation de mon pays, j'ai du mal à lui pardonner.  

Selon vous, est-ce une habitude française que de laisser dériver des personnalités censées être apolitiques – ou du moins avoir un devoir de réserve – vers des sujets politiques ? Cela vous parait-il "sain" ?

Il est indéniable que ces derniers temps, des magistrats se sont permis d'émettre des avis tout à fait scabreux – le mur des cons du syndicat de la magistrature est emblématique de ces excès que nous payons aujourd'hui –. En revanche, si je conteste sur le fond et dans la forme ce que vient de dire M. Molins, il n'est pas selon moi l'exemple le plus critiquable.

Mais vous avez raison, l'obligation de réserve des magistrats est devenue une sorte de plaisanterie qu'on ne tolère pas par exemple dans la gendarmerie. M Favier – ancien directeur général de la gendarmerie nationale – s'est fait renvoyer pour bien moins que cela. Le devoir de réserve dans la magistrature, et notamment à gauche, est équivalent dans son application au devoir de neutralité des journalistes du service public de l'information.

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