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Journée sans voiture à Paris : la lutte anti-pollution à côté de la plaque
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Green washing

Journée sans voiture à Paris : la lutte anti-pollution à côté de la plaque

Ce dimanche 27 dimanche, les voitures sont interdites dans Paris intra-muros. Une mesure qui n'impacte que faiblement la pollution, puisque les moyens de transport urbains en sont une source mineure en Europe.

Jean-François Narbonne

Jean-François Narbonne

Jean-François Narbonne est l'un des experts de l'ANSES, l'Agence nationale de sécurité sanitaire, professeur de Toxicologie, expert pour l’affaire du Chlordécone.

Il est par ailleurs professeur à l'Université de Bordeaux 1 et docteur en nutrition.

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Atlantico : A Paris ou encore à Bruxelles, les journées sans voiture sont présentées comme des moments permettant de diminuer la pollution. Au regard des autres risques pour la santé ou pour le climat, pensez-vous que la voiture constitue réellement l'enjeu le plus important ?

Jean-François Narbonne : La voiture constitue une part mineure de ce qui est à l'origine de la pollution. C'est d'ailleurs dans le rapport de l'OMS qui a comparé l'Europe à la Chine : là-bas, l'essentiel de la pollution provient du charbon, qui est à la base de la production d'énergie. Les particules sont donc essentiellement carbonées. Alors que chez nous, elles sont particulièrement amoniaquées ou azotées, du fait des traitements agricoles (poussières, ensilages, engrais, etc). C'est pour cela d'ailleurs qu'il y a un pic de Nox au printemps à Paris. En général, à ce moment tout le monde s'affole et demande la circulation alternée. Mais ça change peu de chose quand on sait que la pollution des voitures ne représente que 20% environ de la pollution globale. Cela aussi c'est dans les rapports de l'OMS. Du coup, la Journée sans voiture sert plus les plaisirs de la ville qu'il ne résout les problèmes de pollution, de santé publique et de climat.

Ces journées sans voiture – même pas électriques - constituent néanmoins l'occasion d'interroger le concept de ville sans voiture. Quel est votre avis à ce sujet ?

L'interrogation est intéressante car la voiture est tout de même polluante, même si les émissions ont diminué de façon tout à fait drastique. Il suffit de regarder tous les indicateurs comme Air Parif ou le Centre indicateur de pollution atmosphériques : la pollution a beaucoup diminué depuis que des mesures ont été prises pour limiter les effets négatifs de la voiture sur la qualité de l’air.

Mais est-ce qu'inventer un nouveau concept de ville en mettant le travail et les usines à côté de là où on habite, est-ce cela la solution ? La voiture a reconfiguré la ville par rapport à des centres de travail, avec des pavillons de plus en plus loin. D’ailleurs les centres ville ont été désertés à certains moments. Ils sont maintenant plus ou moins réhabilités. Et les gens voulant diminuer les transports à cause des bouchons ont essayé de se rapprocher. Moi je connais plein de gens à Paris qui n’ont pas de voiture et qui prennent le vélib’ ou les transports en commun. Mais ça n’est pas possible pour tout le monde de prendre le métro. Il suffit de regarder la ligne 13 du métro à Paris qui transporte les travailleurs de Clichy à Paris comme du bétail. Il faut regarder aussi l’état du RER qui est toujours en panne.

Avant de changer de concept pour nos villes, il faut une démarche urbaniste. La ville s’est adaptée aux résidences secondaires parce qu’on avait des voitures. Donc la ville s’est reconfigurée avec la voiture. Décider aujourd’hui de se passer de voiture, c’est facile quand on est en centre ville, à côté de son travail.

Ici, il y a une vision essentiellement citadine qui domine dans ces Journées sans voiture. Une Journée sans voiture à la campagne, ça n’a pas de sens. A partir de combien d’habitants cette vision est intéressante ? Il serait intéressant de créer un forum pour susciter un débat entre la population, des architectes, des urbanistes.

Il y a de vrais enjeux dans le concept de Journée sans voiture, en termes de pollution, en termes de beaucoup de choses. Le problème est de savoir comment ça se règle.

Vous pensez donc qu’on ne se donne pas vraiment les moyens pour agir véritablement sur les véritables problèmes qui sont à l’origine de la pollution ?

On critique beaucoup les autres à propos de leurs politiques environnementales, mais on ferait bien de prendre exemple sur certains. Regardez les Chinois. Ils sont en train de prendre des décisions extrêmement rapides car il y a une prise de conscience chez eux. Forcément, on a délocalisé chez eux toutes nos activités les plus polluantes. Ils se retrouvent donc aujourd’hui avec les problèmes que l’on rencontrait en France dans les années 70, des pics de pollution inimaginables.

On pourrait par exemple faire une agriculture paysanne dans les campagnes. On aurait besoin de beaucoup plus de main-d’œuvre localement. Ce serait de la vraie politique.

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