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"L’Allemagne est un partenaire incontournable dans les questions de l’eurozone."
"L’Allemagne est un partenaire incontournable dans les questions de l’eurozone."
©Reuters

Poker menteur

Jouer le bloc des pays du Sud contre l'Allemagne : quel bilan peut-on faire de la stratégie européenne de François Hollande ?

François Hollande sera mercredi 27 novembre à Madrid afin de présenter un "front commun" avec le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, à l'approche d'échéances européennes décisives sur l'union bancaire.

Henrik Uterwedde

Henrik Uterwedde

Henrik Uterwedde est politologue et directeur adjoint de l'Institut Franco-Allemand de Ludwigsburg.

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Atlantico : Quel bilan peut-on faire de la stratégie européenne de François Hollande, notamment de sa volonté de rapprochement avec les pays du Sud au détriment du couple franco-allemand ?

Henrik Uterwedde : Je ne sais pas si François Hollande a vraiment eu comme stratégie de rassembler le « Sud » contre l’Allemagne. De toute façon, une telle stratégie était vouée à l’échec : d’une part, dans les questions de l’eurozone où l’Allemagne est un partenaire incontournable comme on l’a bien vu récemment ; d’autre part, et cela vaut aussi pour l’Allemagne, rien ne remplace le partenariat franco-allemand dans ce domaine. Aucun des deux ne pourra forcer la main des autres tout seul. Par ailleurs, l’ambition de la France est-elle vraiment d’être un pays du « Sud » ?

François Hollande a-t-il perdu un temps précieux au début de son mandat particulièrement en misant sur la défaite d'Angela Merkel ? En quoi la réélection de la chancelière bouleverse-t-elle la donne ?

Là encore je me refuse à des procès d’intention, fussent-ils rétroactifs. Il est vrai que certains, à gauche, ont pu nourrir de tels espoirs, loin des réalités car même le SPD au gouvernement n’aura pas de politique européenne fondamentalement différente. Du reste, quand on gouverne la France ou l’Allemagne, on ne choisit pas son partenaire : on fait avec. Il me semble que François Hollande l’a compris très rapidement.

Les difficultés du couple franco-allemand sont-elles dépassées ou reste-t-il une part de méfiance mutuelle entre François Hollande et Angela Merkel ? Celle-ci est-elle préjudiciable à la poursuite de la construction européenne ?  

Je pense que les difficultés sont le double résultat de l’ampleur de la crise de la zone euro et du fait que nos deux pays ont des intérêts, et des options, différents quand il s’agit d’approfondir l’union économique et monétaire. Ces différences existent, et elles sont légitimes. Pour rapprocher ces positions, on a besoin de beaucoup de volonté politique commune et d’un climat de confiance. Je pense que les deux « chefs » et leurs équipes gouvernementales en font preuve. Que certains cèdent parfois à la tentation de s’en prendre au voisin de manière caricaturale n’y change pas grand-chose : que voulez-vous, c’est tellement plus facile de chercher la faute ailleurs !

Pourquoi, malgré certaines divergences d'intérêts, le couple franco-allemand reste-t-il invariablement le moteur de l'Europe ?

L’Europe, c’est une entreprise de rapprochement entre maintenant 28 pays : autant d’expériences collectives, de structures, de cultures politiques et économiques différentes. Ce rapprochement a souvent (pas toujours !) été facilité par nos deux pays, justement parce qu’ils représentent deux cultures et approches différentes, souvent représentatives de la pluralité européenne, et par ce qu’ils ne se sont pas contentés d’un constat de différence mais ont travaillé ensemble pour rapprocher les positions. Il n’y a pas de vrai progrès en Europe sans compromis, qui passe souvent par une volonté commune franco-allemande. Tout cela confère à nos deux pays une grande responsabilité même si les gouvernements ne sont pas toujours à la hauteur…

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