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Jean-Marie Le Pen, tout juste bon à amuser la galerie ?
Jean-Marie Le Pen, tout juste bon à amuser la galerie ?
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Le parrain

Papi Zinzin ? Ou pourquoi les outrances verbales de Jean-Marie Le Pen ne choquent plus grand monde

Jean-Marie Le Pen était cette semaine à Saint-Raphaël pour un meeting filmé notamment par les caméras du Petit Journal de Canal +. Bons mots, chants militaires et embrassades, l’ex-candidat du FN a semblé forcer le trait de son personnage médiatique. Serait-il devenu un "guignol" de la politique, seulement bon à amuser la galerie ?

Christian Delporte

Christian Delporte

Christian Delporte est professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Versailles Saint-Quentin et directeur du Centre d’histoire culturelle des sociétés contemporaines. Il dirige également la revue Le Temps des médias.

Son dernier livre est intitulé Les grands débats politiques : ces émissions qui on fait l'opinion (Flammarion, 2012).

Il est par ailleurs Président de la Société pour l’histoire des médias et directeur de la revue Le Temps des médias. A son actif plusieurs ouvrages, dont Une histoire de la langue de bois (Flammarion, 2009), Dictionnaire d’histoire culturelle de la France contemporaine (avec Jean-François Sirinelli et Jean-Yves Mollier, PUF, 2010), et Les grands débats politiques : ces émissions qui ont fait l'opinion (Flammarion, 2012).

 

Son dernier livre est intitulé "Come back, ou l'art de revenir en politique" (Flammarion, 2014).

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Atlantico : Jean-Marie Le Pen était cette semaine à Saint-Raphaël pour un meeting filmé notamment par les caméras du "Petit Journal". Bons mots, chants militaires et embrassades, l’ex-candidat du FN serait-il devenu seulement bon à amuser la galerie comme l'a présenté l'émission de Canal + ?

Christian Delporte : Pas du tout ! Je crois que l’interprétation que le Petit journal en a faite est très mauvaise. Ils montrent un manque énorme de culture politique. Derrière tout cela, il y a un vrai message : le Front national historique n’est pas mort et il n’a pas oublié ses soutiens traditionnels. L’incarnation de ce FN c’est Jean-Marie Le Pen, sa proximité avec les militants,  ses "bons mots" et les chants militaires.

A un moment donné dans la vidéo, on fait passer Jean-Marie Le Pen pour un beauf car il chante « Le Boudin ». C’est oublier ce qu’est Jean-Marie Le Pen et ce qu’il représente. Depuis 1956, où il a été lieutenant dans le premier régiment étranger de parachutistes, il a toujours chanté ce type de chansons. Ce sont des signaux lancés aux vieux militants, une façon de rappeler son histoire personnelle… 

Le Petit Journal 16/01/12 - Les règles de vie (l'extrait avec Jean-Marie Le Pen commence à la 9eme minute)


Sa présence est donc une façon de rassurer l’électorat traditionnel du Front national ?

Je pense effectivement qu’il s’agit de rassurer la vieille garde FN qui pourrait être effrayée par le recentrage de Marine Le Pen. L’idée est de redonner des repères aux bastions traditionnels de l’extrême droite. Il va là où Marine ne va pas. Quand on regarde l’itinéraire qu’il a choisi on s’aperçoit qu’il ne va pas dans le Nord ouvrier voir le nouvel électorat du FN, celui de Marine Le Pen. Il va à la rencontre des racines du FN à Saint-Raphaël, Nîmes, Aix-en-Provence, Strasbourg et Nantes (à proximité de son fief natal la Trinité-sur-Mer).

Avec l’âge, trouvez-vous que Jean-Marie Le Pen se soit radicalisé ?

Non je ne pense pas du tout qu’il se radicalise. Il dit juste un petit peu plus publiquement ce qu’il disait en petit comité parce qu’il est moins sur le devant de la scène.

Des jeux de mots, il en a fait d’autres. Ce n’est pas la première fois qu’il s’en prend à François Fillon, il l’avait déjà appelé « Fidel Castré »… Il avait aussi appelé Lionel Jospin le « Buster Keaton français » et faisait référence à l’ancien candidat du NPA comme le « joufflu Besancenot ». Cela fait partie de sa rhétorique. Il s’inscrit dans une vieille tradition polémiste de l’extrême droite des années 30 ou de la presse d’extrême droite des années 50.

Il est important de noter qu'il possède une forte popularité auprès des militants. Actuellement il possède plus fans sur sa page Facebook, que sa fille. (Environ 30 600 fans).

Le dialogue de Jean-Marie Le Pen et d’une militante sur la proéminence du nez de Nicolas Sarkozy n’a pas fait grand bruit. Avons-nous développé une sorte de résilience à l’égard des dérapages de l’ex-patron du FN ?

Si Marine Le Pen avait dit quelque chose comme cela, il va de soi que cela aurait été relevé immédiatement dans la presse.

Je crois que dans l’esprit des commentateurs Jean-Marie Le Pen est hors-jeu. On ne fait plus attention à ce qu’il dit. Comme on ne faisait plus attention à tous ce qu’a pu dire Jacques Chirac après l’élection de Nicolas Sarkozy. Il ne compte plus, donc on ne relève plus.

Médiatiquement, il y a une scène de théâtre. Si vous êtes en coulisse, ou juste à proximité de la scène, cela n’intéresse personne. La vie politique est très cruelle. Si l’on ne pèse pas, on peut dire à peu près tout ce que l’on veut. Raymond Barre avait lui aussi dérapé à son époque mais l’on estimait qu’il était sur la touche et que cela n’intéressait personne.

Sur un autre plan, Dominique Paillé, quand il avait quitté le poste de porte parole de l'UMP,  avait été extrêmement clair sur les questions de communication politique et d’éléments de langage au gouvernement. Personne ne l’a entendu bien que cela était extrêmement intéressant.

Les dérapages de Jean-Marie Le Pen ne vont-ils pas agacer le nouvel électorat du FN ? Peut-on imaginer que le "vieux patriarche" soit ramené à l’ordre par la nouvelle génération du FN ?

Il y a effectivement un problème d’équilibre. Marine Le Pen essaye d’un côté d’élargir son électorat et de l’autre Jean-Marie Le Pen tente de retenir l’électorat traditionnel. Il y a un moment où il peut y avoir un conflit mais nous n’en sommes pas encore là.

Tant qu’il n’y aura pas de risque électoral, il n’y aura pas de dissensions au FN. Ils pourront le lui dire à condition que les médias le relèvent. Pour l’instant, ils ne le font pas. Les petites phrases n’existent pas si les médias ne les reprennent pas. Pour les reprendre, il faut en mesurer les effets. Dans ce cas-là, je pense que les médias ont pensé qu’il n’y en aurait pas.

La seule personne qu’il peut craindre à ce niveau-là est sa fille. S’il dépassait trop les bornes, il serait très vite rappelé à l’ordre par Marine Le Pen.

Propos recueillis par Jean-Benoit Raynaud

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