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Le modèle économique prôné par Shinzo Abe fait débat
Le modèle économique prôné par Shinzo Abe fait débat
©REUTERS/Andrea De Silva

Même pas mal !

Japon : ces gros détails qu’oublient ceux qui veulent enterrer trop vite les Abenomics

Avec une contraction estimée à 6,8% pour l'année 2014, on pourrait penser que le modèle économique japonais prôné par le Premier ministre Shinzo Abe, qui repose entre autres sur une relance monétaire d'ampleur, est un échec. Cependant les chiffres sont à remettre dans un contexte bien précis.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

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Le 13 août, le Cabinet Office rattaché auprès du Premier ministre japonais, Shinzo Abe, publiait les premières estimations de croissance pour le pays au titre du deuxième trimestre 2014. C’est la douche froide : la contraction atteint 6.8% en termes annualisés. En raison de l’ampleur du chiffre, le modèle économique désormais appelé "Abenomics" pourrait-il être remis en question ?

Il convient tout d’abord de préciser que la croissance japonaise avait connu un premier trimestre tonitruant à 6.1% de croissance, toujours en termes annualisés, ce qui vient relativiser le chiffre de ce second semestre. La montagne russe que connaît l’économie japonaise a une cause principale; une ambitieuse réforme fiscale. Depuis le 1er avril 2014, le taux de TVA local a été relevé de 5 à 8%, soit une hausse de 60%. Même si le niveau de taxe paraît peu élevé pour un Européen, la hausse reste conséquente. L’objectif clair du gouvernement est de permettre un assainissement des finances publiques grâce aux nouvelles recettes que générera cet impôt. La taille de la dette japonaise, soit 240% du PIB, ne laisse que peu de marges de manœuvres. Il fallait trouver une solution. Ainsi, lors du premier trimestre, les consommateurs japonais se sont précipités pour effectuer leurs achats les plus importants avant la hausse de la fiscalité. Puis, évidemment après le 1er avril, les clients ont boudé les dépenses. La baisse du second trimestre n’est que la correction (certes forte) du vigoureux premier trimestre.

Pourtant, à y regarder de plus près, les chiffres dévoilés par le Cabinet Office sont saisissants. Car malgré une baisse de 6.8% de la croissance réelle en ce second trimestre, la croissance nominale (intégrant les chiffres de l’inflation) n’a reculé que de 0.10%. Pourquoi ? Parce qu’une hausse de la TVA est un impôt indirect qui se doit d’être intégré dans les chiffres de l’inflation. La hausse de l’impôt vient donc grèver le calcul du PIB d’autant. Bien entendu, l’effet sur les dépenses a tout de même été conséquent mais bien moins impressionnant en regardant le graphique ci-dessous :

PIB nominal. Japon. En milliards de Yen.

Le petit retournement perceptible au bout de la courbe correspond à cette "dramatique" chute du PIB pour le second trimestre. Il est également à noter que le PIB nominal progresse de 1.5% depuis le début de l’année. Un peu court pour crier à l’échec des "Abenomics", programme lancé à la fin de l’année 2012. Un programme qui a déjà permis au chômage de passer de 4.3% à 3.7%, c’est-à-dire de parvenir au plein emploi.

Mais le défi reste immense pour Shinzo Abe et Haruhiko Kuroda, Président de la Banque du Japon. Car le premier objectif de Shinzo Abe, au-delà de la fiscalité et de la dette, est de permettre un retour durable de la croissance au Japon. Un objectif qui correspond à la "première flèche" des Abenomics, et qui repose entièrement sur les épaules de la Banque centrale japonaise, et donc sur Kuroda. A plusieurs reprises depuis 2013, le nouveau Président de la Banque du Japon fut interrogé sur les conséquences de la hausse de la TVA, et a indiqué : "Nous n’hésiterons pas à ajuster notre politique monétaire si des risques venaient à se matérialiser".  

Pour le moment, aucune réaction n’est intervenue et les projections de croissance se maintiennent. Ce sera entre 0.6 et 1.3% pour cette année fiscale. Si de tels chiffres se confirmaient, Shinzo Abe apporterait là une nouvelle preuve qu’il est possible d’absorber un important choc fiscal grâce à l’utilisation de la politique monétaire. Ou comment permettre une amélioration de la situation budgétaire sans plonger la totalité de l’économie en récession. Car si la Banque du Japon ne soutenait pas fortement l’activité économique, une telle réforme aurait eu le même effet qu’en 1997. Date à laquelle une autre hausse de la TVA avait plongé l’économie japonaise en déflation (et dont l’impact sur la croissance est à constater dans le graphique précédent).

A lire également, le livre de Nicolas Goetzmann :Sortir l'Europe de la crise : le modèle japonais, (Atlantico éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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