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Jacques Chirac, le plus secret des présidents...
©PATRICK KOVARIK / AFP

Complexité

Jacques Chirac, le plus secret des présidents...

Rares sont ceux qui connaissaient vraiment Jacques Chirac, qui avaient percé la carapace qu'il s'était forgée au fil des ans, car cet homme était un paradoxe, et sa personnalité, complexe, aux multiples facettes, demeure un mystère.

Anita Hausser

Anita Hausser

Anita Hausser, journaliste, est éditorialiste à Atlantico, et offre à ses lecteurs un décryptage des coulisses de la politique française et internationale. Elle a notamment publié Sarkozy, itinéraire d'une ambition (Editions l'Archipel, 2003). Elle a également réalisé les documentaires Femme députée, un homme comme les autres ? (2014) et Bruno Le Maire, l'Affranchi (2015). 

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Des années durant on l'a décrit fonceur, -un bulldozer selon Georges Pompidou, dévoreur de tête de veau, buveur de bière, et amateur de westerns, détestant la musique, qu'on ne voyait jamais un livre à la main. C'est tout juste si on ne lui prêtait pas un goût pour la lecture de BD. On saura par la suite qu'il détestait surtout les mondanités. Non seulement il laissait dire, mais il cultivait cette légende avec une certaine affectation, comme pour renforcer sa proximité avec les Français, et pour imprimer l'image d'un homme d'action. Et on a longtemps ignoré que l'homme avait une véritable passion pour les Arts Premiers. Aujourd'hui encore ceux qui connaissaient son goût pour la poésie, oui, la poésie, sont peu nombreux. La présidente de la Région Ile de France, Valérie Pécresse qui fut sa collaboratrice à l'Elysée, a raconté qu'il cachait ses livres de poésie. Saint-John Perse était l'un de ses préférés, il aimait aussi la poésie japonaise...Rien à voir avec sa passion affichée pour les combats de sumo !

Les images, ou plutôt les clichés se sont agrégés au fil des ans : ainsi à  l'été  1976, alors que les relations s'étaient fortement dégradées entre Valéry Giscard d'Estaing et son  Premier Ministre, ce dernier, au retour de son voyage officiel au Japon, peaufinait sa sortie qui fut fracassante. A Matignon il se contentait alors d'expédier les affaires courantes, et laissait (-ou faisait ?) dire qu'il passait ses journées à regarder des westerns. Ainsi naquit la légende du Chirac qui, selon l'expression de Jean Yanne, "allumait son transistor quand il entendait le mot culture"...Cette image d'anti-intellectuel l'a suivie quasiment jusqu'à son arrivée à l'Elysée. Et si aujourd'hui le nom de Jacques Chirac accolé au Musée des Arts Premiers du Quai Branly à Paris, apparait comme une évidence puisqu'il en fut le promoteur, c'est seulement quelques mois avant la campagne des présidentielle des 1995 que l'on a découvert le Jacques Chirac amateur et surtout  fin connaisseur des Arts Premiers, et des civilisations anciennes, parfois disparues. C'était en 1994, à l'occasion  de l'exposition consacrée aux Taïnos, une peuplade amérindienne disparue. Plus  tard ce sont des statuettes primitives (qu'il aimait caresser délicatement), qui décoreront son bureau élyséen...

Si Jacques Chirac avait gagné sa réputation d'homme d'action au moment des évènements de mai 68 où, jeune Secrétaire d'Etat, il avait été envoyé "au front" pour négocier les futurs accords de Grenelle, il peaufinera celle d'un appétit insatiable, voire de " leveur de coude" à l'occasion de ses interminables tournées au Salon de l'Agriculture et dans sa circonscription en Corrèze. Là-bas on ne buvait pas de bière, mais de la Suze...Seuls les initiés savaient que Jacques Chirac 'abreuvait de sirop de citron. 

Le député des Cotes d'Armor Marc Le Fur rappelait jeudi soir sur LCP que Jacques Chirac avait initié un plan Handicap. L'ancien Président, très sensible à cette cause, avait créé des Centres pour handicapés par le biais de sa Fondation en Corrèze, et il y portait une attention toute particulière, relayé par la suite, par son épouse et surtout son ancienne collaboratrice, Annie Lhéritier, élue au Conseil Départemental. 

On sait peu de choses sur la spiritualité de Jacques Chirac. Catholique, peu pratiquant, à l'inverse de son épouse, il était élu en terre "rouge" arrachée au Parti communiste. Parlait-il religion avec son ami Haim Korsia, le grand-rabbin de France ? On ne le sait pas. Cela restera peut-être le dernier mystère de Jacques Chirac, puisqu'aujourd'hui tout le monde le reconnait: Chirac était un homme secret, à l'inverse de ses prédécesseurs, voire successeurs.

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