Ivanov à l'Odéon : un chef-d'œuvre très bien mis en valeur | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Ivanov à l'Odéon : un chef-d'œuvre très bien mis en valeur
©Théâtre des Abbesses

Atlanti-culture

Ivanov à l'Odéon : un chef-d'œuvre très bien mis en valeur

Certes le spectacle est trop long, mais la version d'"Ivanov" proposée par Luc Bondy rend ce chef d'oeuvre très actuel.

L’AUTEUR

Anton Tchekhov (1860-1904), tout en exerçant sa profession de médecin, a publié entre 20 et 44 ans, plus de 600 œuvres littéraires (dont "La Mouette", "La Cerisaie", "Oncle Vania"…). La plupart de ses pièces traitent de la bourgeoisie dans la Russie de la fin du XIXè siècle, qu’il dépeint de façon particulièrement sombre. 

Lorsqu’il écrit "Ivanov", en dix jours, il n’a que 27 ans. C’est sa seconde pièce (après "Platonov", inachevée), et c’est la première jouée. Le premier soir de la représentation, en novembre 1887, elle remporte un succès inouï. Comme actuellement, au Théâtre de l’Odéon, où elle est mise en scène par Luc Bondy.

THEME

A 20 ans, Ivanov était un garçon rempli d’énergie et d’idéal. Dix ans plus tard, il se sent épuisé, plus bon à rien, en pleine crise existentielle dans un monde en décadence. Autour de lui, tout est mesquinerie, vulgarité, sans esprit. "Je ne me comprends plus moi-même", dit-il.

POINTS FORTS

- Une très belle mise en scène. Signée Luc Bondy, elle commence, avant même que la pièce débute, par Ivanov assis sur un tabouret devant le rideau de fer, dos au public, la tête appuyée sur une main, tripotant la serrure de l’autre main… comme s’il était déjà absent, indifférent au public, sans pour autant faire partie du monde qui se trouve derrière le mur de fer… Le rideau s’ouvre sur un espace vide, une sorte d’entrepôt, avec au fond une maison éclairée dans laquelle Anna, la femme d’Ivanov, joue du piano. Un médecin annonce à Ivanov qu’Anna a la tuberculose : "Votre femme n’a pas une minute de repos, votre conduite l’assassine". Ivanov est si las qu’il n’a pas de peine… Pourquoi est-il si fatigué? Se sent-il coupable de ne plus aimer cette femme qu’il a épousée cinq ans auparavant, elle qui a tout sacrifié pour lui, sa religion juive, sa famille, et sa dot?

Et si Ivanov l’avait épousée pour sa fortune? Ivanov souffre-t-il vraiment ou s’enferme-t-il dans un narcissisme qui le satisfait? Pourquoi ce comportement incompréhensible ?

Au second acte, l’entrepôt se transforme en salon mondain. Des hommes parlent d’argent, d’autres jouent aux cartes, d’élégantes femmes cancanent : "Comment voulez-vous qu’il soit heureux ? Il a épousé une juive…". Une jeune fille, Sacha, attendrie par la fragilité d’Ivanov, prend sa défense et finit par se jeter à son cou.

- Des comédiens parfaitement bien choisis. C’est Micha Lescot qui est Ivanov. L’acteur fétiche de Luc Bondy, qui avait déjà incarné Tartuffe,  est exactement ce qu’il fallait pour ce rôle : longiligne, la tête baissée, les bras ballants, les mains crispées, la démarche incertaine, sombre comme sa barbe, il exprime parfaitement ce "Spleen, cafard, mélancolie, tristesse…". Ivanov est enfermé dans ses maux de tête, en dehors du monde…

Anna, interprétée par Marina Hands, est ravissante, douce, fragile, lumineuse, fiévreuse au propre comme au figuré. Elle supplie Ivanov : "Les fleurs renaissent à chaque printemps, mais pas les joies". 

Sacha, quant à elle, est incarnée par Victoire Du Bois, une jolie rousse, jeune et plein d’entrain. 

Dans les soirées mondaines, on voit Marcel Bozonnet, Christiane Cohendy, Ariel Garcia Valdès, Chantal Neuwirth. Chacun a un rôle outré – le père alcoolique, la femme avare, le méchant aigri…- , créant un monde ridicule qui participe à la cohérence de la pièce. Sans oublier Yannik Landrein, le médecin qui a les traits de Tchekov lui-même, le seul qui juge impitoyablement cette société grotesque.

POINTS FAIBLES

- La noirceur de la pièce, qui est à éviter pour ceux qui n’ont pas le moral !

- La longueur, certes nécessaire, mais trois heures trente, quand même, c'est long... Ne choisissez pas les places assises sur les chaises inconfortables des loges. Par ailleurs, si vous avez l’oreille fragile, placez-vous devant car la diction est souvent faible…

EN DEUX MOTS...

Voilà un grand classique qui, lorsqu’on sait que Tchekov n’avait que 27 ans lorsqu’il l’a écrit, surprend encore plus par sa hauteur de vue et son réalisme sans chichi…

UNE PHRASE

 "Je ne suis plus maître de mon cerveau, ni de mes mains, ni de mes jambes… Je n’attends rien, je ne regrette rien, mon âme tremble de peur devant le lendemain…"

RECOMMANDATION

EXCELLENT Excellent

Ce pourrait être EN PRIORITE, s'il n'y avait la longueur...

THEATRE

Ivanov

d’Anton Tchekhov

mise en scène de Luc Bondy

avec, entre autres, Micha Lescot, Marina Hands et Victoire Du Bois

INFORMATIONS

Théâtre de l’Odéon

Place de l’Odéon

Paris 6è

Réservation : 01 44 85 40 40

www.theatre-odeon.fr

Jusqu’au 1er mars, puis du 7 avril au 3 mai.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !