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Islamisme : pourquoi il ne faut pas laisser Zohra Bitan et autres Naëm Bestandji seuls face au déferlement de haines qui s’abat sur les combattants de la laïcité
©RAYMOND ROIG / AFP

Islamisation

Islamisme : pourquoi il ne faut pas laisser Zohra Bitan et autres Naëm Bestandji seuls face au déferlement de haines qui s’abat sur les combattants de la laïcité

Alors que le militant féministe laïc Naëm Bestandji voit la manifestation des femmes musulmanes en burkini dans une piscine municipale de Grenoble comme "une insulte à sa mémoire", Zohra Bitan, la chroniqueuse de l'émission "Les Grandes Gueules" lance le hashtag #JeKiffeMonDecolleté sur les réseaux sociaux pour contrer le déclin de liberté dans l'habillement et les revendications politico-religieuses liées aux burkinis.

Gilles Clavreul

Gilles Clavreul

Gilles Clavreul est un ancien délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT (Dilcrah). Il a remis au gouvernement, en février 2018, un rapport sur la laïcité. Il a cofondé en 2015 le Printemps Républicain (avec le politologue Laurent Bouvet), et lance actuellement un think tank, "L'Aurore".

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Comme Zohra Bitan, qui s'est dit victime d'intimidations sur les réseaux sociaux après sa prise de position contre le burkini, il semble que certaines personnes engagées contre l'islamisme soient victimes de harcèlement. Pourquoi la société dans son ensemble a encore du mal à défendre cet engagement ?

Mettons d’abord cela en perspective : les réseaux sociaux ne sont pas très représentatifs de la société française. Twitter en particulier est le miroir grossissant de luttes idéologiques et de clashes personnels dont les intervenants sont, la plupart du temps, « conscientisés » voire militants. Il n’est donc pas étonnant que toute une population, sans doute nettement plus proches des positions de Zohra Bitan que de celles des militants pro-burkini, ne se manifestent pas, tout simplement parce qu’ils ne sont pas sur Twitter.

Twitter donne de ce fait une image déformée de l’état d’esprit de l’opinion : ce sont les sensibilités les plus radicales (fachosphère, décoloniaux, islamistes) qui s’y expriment le plus souvent, le plus fort et de la façon la plus organisée. Les militants des partis politiques classiques, macronistes et insoumis en tête, leur ont repris certaines de leurs méthodes d’intervention (RT en masse, recours à des comptes multiples) et de leurs codes langagiers, efficaces mais souvent agressifs. En comparaison, celles et ceux qui défendent des conceptions laïques, démocratiques, républicaines, de droite ou de gauche, apparaissent plus isolés, et pour cause : il y a beaucoup d’acteurs individuels mais peu d’organisation collective entre ces acteurs.

Cependant, il suffit d’interroger les Français pour voir où vont leurs préférences : comme le montrait ce sondage de l’IFOP en mars 2019, ils sont très majoritairement attachés à une conception stricte de la laïcité et seraient même favorables, dans leur grande majorité, à aller au-delà de la loi de 1905, par exemple en soutenant à 78% les arrêtés anti-burkini sur les plages, pourtant annulés, à une exception près, par le Conseil d’Etat.

En quoi ce phénomène est-il plus fort quand il s'agit de défendre des personnes engagées qui peuvent être assimilées à la culture arabo-musulmane mais qui ne sont plus musulmans ?

Les personnes d’origine maghrébine ou sub-saharienne ou, pour reprendre leur propre terminologie, les « racisés », ont la cible privilégiée des militants islamistes et décoloniaux : ce sont ces voix dissonantes et dérangeantes qui refusent de réciter le catéchisme victimaire. En manifestant leur adhésion aux principes républicains, leur attachement à la laïcité ou leur vigilance en matière d’égalité des sexes, elles contrarient la logique d’affrontement binaire entre « eux » et « nous ».

Ainsi, un musulman qui ne défend pas le voile et qui refuse de parler de « racisme d’Etat » est au mieux un naïf, au pire un traître. Zohra Bitan subit le même genre d’attaques qu’Amine El Khatmi, Lunise Marquis, Sonia Mabrouk ou Tania de Montaigne, pour prendre des exemples de personnalités aux parcours et aux prises de position différentes : traitre, « collabeur », « nègre de maison »…ce sont des insultes faites pour blesser, pour disqualifier mais également pour provoquer et pousser à la faute. Cela peut aller assez loin comme la révélation des coordonnées personnelles. Et lorsque les personnes attaquées sont ouvertement homosexuelles, comme Lyes Alouane, ce jeune gay agressé à Gennevilliers, ou Medhi Aïfa, ancien responsable des « Jeunes du Refuge », la violence est décuplée.

Quelles sont les pistes collectives qu'il faut envisager pour que ce silence cesse ?

La violence des attaques subies explique en grande partie le peu d’implication de la « majorité silencieuse » : il faut un sacré courage pour s’exposer ainsi et assumer ouvertement ses idées. Raison de plus pour soutenir ces voix courageuses, et rappeler inlassablement que les islamistes ne sont pas plus majoritaires chez les musulmans que les « décoloniaux » chez les personnes issues de l’immigration. Ce sont des minorités agissantes et bruyantes qui tentent de s’imposer en exerçant une dissuasion médiatique qui confine par endroits au terrorisme intellectuel, mais leur représentativité réelle est très loin d’être ce qu’ils prétendent. C’est aussi un message à faire entendre pour dégonfler les baudruches de la fachosphère, qui veut faire croire que tous les musulmans sont hostiles à la France. Ces discours identitaires se ressemblent énormément et s’alimentent les uns des autres, au fond.

Cependant, je crois aussi que les institutions, les partis politiques, ont eux aussi un rôle à jouer. On ne peut pas en effet laisser penser que ces débats, sur des sujets qui ne sont absolument pas anecdotiques, se résument à des histoires d’activistes énervés qui s’échangent des noms d’oiseaux sur les réseaux sociaux, ni faire croire à une opposition binaire entre « islamo-gauchistes » et « réacosphère ». Renvoyer les acteurs dos à dos, c’est mettre sur le même plan l’agresseur et l’agressé ; c’est aussi ne pas vouloir voir que, présentée comme une action symbolique pour l’inclusion et contre les discriminations de la femme musulmane, les opérations pro-burkini de Grenoble sont des provocations méthodiquement organisées par des islamistes épaulés par des militants d’extrême-gauche, consistant à perturber un service public et à faire passer les règles de vie commune pour des lois racistes. Ce relativisme prudent, dont le communiqué hors-sol de l’Observatoire de la laïcité, qui ne parle ni d’islamisme, ni de Grenoble, et qui n’est même pas daté, en est un bon exemple. Idem de la réaction, pusillanime et embrouillée, du maire EELV de Grenoble, Eric Piolle. Fort heureusement, d’autres responsables politiques, l’opposant Mathieu Chamussy à droite et le PS Grenoblois à gauche, se sont exprimées très clairement. Du côté de l’Etat, il y a certes eu la réaction très nette, comme toujours, de Marlène Schiappa ; mais aucune intervention pour demander le respect du droit. Le Président de la République avait été sans ambiguïté sur la lutte contre l’islamisme et le communautarisme lors de sa conférence de presse : le temps est venu de « délivrer », comme il le dirait lui-même.

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