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La taxation de l'outil de travail toucherait essentiellement les PME.
La taxation de l'outil de travail toucherait essentiellement les PME.
©Reuters

Taxman

ISF et PME : Les socialistes sont-ils aveugles au point de ne pas voir que la suppression de l’exonération de l’outil de travail est un véritable suicide économique ?

Les PME seront les premières victimes de la suppression de l'exonération de la taxation de l'outil de travail.

Bruno Bertez

Bruno Bertez

Bruno Bertez est un des anciens propriétaires de l'Agefi France (l'Agence économique et financière), repris en 1987 par le groupe Expansion sous la houlette de Jean-Louis Servan-Schreiber.

Il est un participant actif du Blog a Lupus, pour lequel il rédige de nombreux articles en économie et finance.

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Le Café du Commerce règne en maître en ces temps de symposium socialiste, de baisse de popularité de l’équipe présidentielle française, de révision en baisse des perspectives de croissance, de réévaluation en hausse des déficits, d’accroissement du chômage. C’est donc le moment tout à fait indiqué, n’est-ce-pas, pour lancer un ballon d’essai symbolique, le gouvernement souhaiterait, selon Les Echos, réformer l’Impôt sur la Fortune ! Sus aux riches !

 

 

 

Source : Les Echos 


On dit, en vrac, que l’on réviserait l’assiette de l’ISF pour, tenez-vous bien, supprimer selon la terminologie à la mode, les niches qu’elle comporte. Il suffit de nommer, vous le savez, pour décider. Ainsi, on décrète que l’exonération de l’habitation principale, des œuvres d’art et de l’outil de travail des contribuables sont des niches. Si ce sont des niches, elles sont donc taxables. On devient du même coup légitime à les taxer. Votre fille ne parle pas, c’est parce que votre fille est muette.

 

Nous laissons de côté la taxation de l’habitation principale et celle des œuvres d’art car elles ne rentrent pas dans notre champ de réflexion. Ce n’est pas pour cela qu’elles ne sont pas idiotes bien sûr. La taxation de l’outil de travail est un modèle du genre, du genre suicide économique et politique. Elle toucherait essentiellement les PME, on le sait. 

 

D’abord, quelques remarques:

  • Les PME sont le seul secteur créateur d’emplois.
  •  La rentabilité réelle des PME vue sous l’angle capitalistique est très faible, sinon nulle.

En effet, c’est un secteur précapitaliste, dans lequel le propriétaire dirigeant se contente de résultats bas ou nuls du moment que son entreprise "tient".

  • L’entreprise vient bien souvent de l’héritage donc on ne compte pas le coût du capital.
  • Tant qu’on ne recourt pas aux prêts bancaires, on n’a pas conscience du coût de l’argent et des exigences de rentabilité.
  • Bien souvent, le dirigeant raisonne en termes de liberté, l’économie de subsistance, de niveau de vie personnel et d’avenir pour ses enfants et non pas en terme de taux de profit.
  • Il mélange en plus la rémunération de son temps de travail, très loin des 35 heures, avec le profit attribuable au capital.
  • Notre expérience personnelle de conseil nous a appris que dans la plupart des cas les PME fonctionnent avec un taux de rentabilité du capital négatif; les dirigeants ne s’en aperçoivent pas en raison de leur méconnaissance économique financière et comptable. Pour être libres et indépendants, ils acceptent, en quelque sorte, d’être spoliés.
  • L’endettement, la transmission, la fiscalité sont bien souvent l’occasion de prises de conscience de la situation très médiocre de l’entreprise sur le plan de sa rentabilité et donc sur le plan de sa valeur capitalistique.
  • En cas de transmission en particulier, on s’aperçoit bien souvent que le propriétaire rêve et que l’acquéreur potentiel pas plus que l’entreprise ne peuvent supporter le poids du financement.

C’est l’Etat qui est le grand bénéficiaire de l’ignorance économique des patrons de PME.  Ces derniers entretiennent des emplois qui, en fait, ne sont pas rentables, qui ne leur rapportent rien, compte tenu des coûts, des risques et des soucis. 


Le second bénéficiaire du caractère archaïque, précapitaliste des PME, ce sont les grandes entreprises. Le fait que les PME se contentent de maigres profits, ou travaillent à perte, permet aux grandes entreprises de bonifier leurs résultats et d’être plus compétitives sur le marché mondial. 

 

Avec la taxation, la prise de conscience de la faible rentabilité conduira à des comportements plus adaptés économiquement, plus rationnels, c’est à dire à des comportements plus malthusiens. C’est un constat d’expérience. Taxer à l’ISF les PME, c’est ouvrir une Boîte de Pandore à hauts risques. Cela équivaut à faire entrer tout un secteur de l’économie archaïque dans l’économie capitaliste gourmande et exigeante en bénéfices.

 

Cela se traduira, entre autres, par une multiplication des fermetures, des cessions, des reventes, au profit des grands groupes français ou étrangers. Ces groupes n’auront aucun scrupule à appliquer les critères de rentabilité, de compétitivité, car ils n’ont aucune attache sentimentale, ni à l’entreprise, ni au personnel. Ils n’en seront que plus durs dans le dégraissage des sureffectifs. 

 

Au plan conjoncturel, on n’aura jamais vu autant de gabegie que celle que l’on constate. Le plus bête des keynésiens sait que l’incertitude et le manque de confiance des agents économiques rend inefficace toute tentative de soutenir l’activité. Ici, dans le cas présent, on fait tout pour entretenir la frilosité, la prudence. Encouragerait-on les agents économiques à différer les initiatives, à réduire la voilure, que l’on ne s’y prendrait pas autrement. 

 

Augmenter le coût du capital, multiplier les incertitudes fiscales, règlementaires, favoriser les ponctions des pestiférés européens sur la richesse nationale française, au profit du secteur bancaire, jamais  on n’aura vu pareille conjonction contraire aux intérêts de la France et des Français.

 

La seule logique que l’on peut trouver à pareille politique, c’est celle de la réalisation sur le dos des citoyens français de l’agenda de L’internationale Socialiste.Un agenda que les autres membres de l’IS, eux mêmes ne mettent pas en pratique, soucieux qu’ils sont des intérêts de leur pays.

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