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ISF : pourquoi le vrai problème de la loi de finances n’est pas de faire des cadeaux aux riches mais de privilégier une vision de financier à une vision d’entrepreneur
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ISF : pourquoi le vrai problème de la loi de finances n’est pas de faire des cadeaux aux riches mais de privilégier une vision de financier à une vision d’entrepreneur

Adopté en première lecture ce vendredi à l'Assemblée nationale, la réforme de l'ISF le remplace par l'IFI qui a pour assiette les biens immobiliers mais aussi les actifs liés à l'immobilier telle que la pierre-papier, les parts de SCI et les actions – même cotées en Bourse – des foncières.

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer

Jean-Yves Archer est économiste, spécialisé en Finances publiques. Il dirige le cabinet Archer, et a fondé le think tank économique Archer 58 Research.
 
Né en 1958, il est diplômé de Sciences-Po, de l'ENA (promotion de 1985), et est titulaire d'un doctorat en Economie de l'Université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
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Atlantico : En quoi la suppression de l'ISF peut-elle être vue comme une approche "financière" de l'économie plutôt qu'une vision d'entrepreneurs ? Que révèle cette approche ? 

Jean-Yves Archer :Le mécanisme d'ensemble a été adopté vendredi, en première lecture, à l'Assemblée Nationale.

L'ISF est remplacé par l'IFI qui a pour assiette les biens immobiliers mais aussi les actifs liés à l'immobilier telle que la pierre-papier (parts de SCPI), les parts de SCI tout autant que les actions – même cotées en Bourse – des foncières. Le reste du patrimoine n'est plus taxé (à l'ex-ISF) et le gouvernement escompte, en vertu de la pseudo-théorie du ruissellement, que les liquidités ainsi dégagées vont aller s'investir dans l'économie réelle.

Autrement dit, selon une approche financière, l'Etat table sur un regain d'investissements des riches particuliers vers les PME, les grands groupes ou bien évidemment les start-up. 

Première limite à ce raisonnement, certains contribuables ne manqueront pas de s'orienter vers des placements reflets de leur aversion au risque tels que l'assurance-vie ou des comptes à terme.

Deuxième limite au raisonnement public, il faut distinguer les contribuables très aisés qui iront se porter acquéreurs d'actions Saint-Gobain ou L'Oréal de ceux – à mon avis plus rares – qui chercheront des placements risqués. Tout le monde n'est pas Xavier Niel ou le groupe Publicis qui investissent dans des start-up et espèrent trouver le yearling de la décennie voire la licorne.

Investir chez Wendel ou Axa, c'est prendre un risque globalement contenu sauf théorie du cygne noir et coup de Trafalgar digne de l'histoire de la valeur Alcatel et de sa trop célèbre descente aux enfers. Investir dans une PME en très forte croissance, c'est jouer le panneau de sortie : autrement dit, être en attente d'une valorisation conséquente pour réaliser sa plus-value et dire au revoir à ce projet.

C'est un capitalisme sinon de spéculation du moins de marchandisation de l'entreprise. On investit moins dans le projet, dans le succès des hommes et des produits que dans un gain de sortie.

Karl Marx avait indiqué, il y a plus d'un siècle, que le temps viendrait où la reproduction capitaliste se ferait autour de l'argent-roi. Ainsi, il a écrit que le schéma usuel est M-A-M' : où M est la production d'un agent économique qu'il vend (d'où perception d'argent : A) en vue de produire davantage de marchandise : M prime.

Selon lui, le but ultime du système capitaliste est de tout monétiser : A – M – A' : ainsi l'argent A est placé dans une opération quelconque M pour tirer un profit le plus puissant et le plus immédiat possible : A prime. Convenons que cette explication fait parfaitement sens dans le cas des gestionnaires de LBO par opposition au schéma vertueux et valablement patrimonial de l'honorable famille Michelin.

La réforme Macron va susciter des vocations d'entrepreneurs et – espérons-le – faciliter leur accès aux marchés des capitaux mais sournoisement le capitalisme français va s'orienter vers une structure où la quête de rendement l'emportera sur le rêve de bâtir des cathédrales pour reprendre la vista et le terme d'Antoine Riboud au sujet de BSN devenu Danone.

Alors que la suppression de l'ISF est justifiée par le gouvernement par la nécessité de soutenir l'investissement en France, quel serait, du point de vue de l'entrepreneur, un climat favorable à une telle hausse de ses investissements ? 

Le point de vue de l'entrepreneur est globalement mécanique. Il a d'abord besoin d'une mise de départ crédible qui assure son fonds de roulement et ses premières conquêtes commerciales. Une fois la visibilité de son carnet de commandes bien assurée, il peut décider d'étendre son projet au moyen d'un renforcement de ses fonds propres ou de sa dette obligataire.

C'est là que la réforme Macron interviendra, en facilitant les tours de table et l'apport de capitaux propres mais tout ceci n'a de sens que si un vrai projet est d'abord défini par le créateur.

L'essentiel est de ne pas confondre l'investissement de l'entreprise (achat de machines ou de brevets, etc.) avec la notion d'investissement dans l'entreprise. Les motivations et les horizons de rendement ne sont que rarement identiques.

Plus globalement, quels sont les risques qui peuvent découler d'une telle approche "financière" de l'économie ?  

Le risque majeur que je soumets au lectorat d'Atlantico est le suivant : voulons-nous des serial entrepreneur déconnectés des produits de l'entreprise et obnubilés par la valorisation ? Ou des passionnés comme Jean-Paul Gaultier, les familles Guerlain ou Hermès voire feu Louis Nicollin ?

Les Etats-Unis ont une sphère duale d'entreprises. La France des hommes de talent comme Jean-Louis Beffa risque d'être diluée par le flux de tempéraments comme celui de Patrice Drahi.

C'est différent. Et de surcroît, souvenons-nous que l'exemple vient toujours d'en-haut…

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