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Des versets du Coran.
Des versets du Coran.
©Reuters

Un "s" qui change bien des choses

Irak, une guerre de religions ? Non, pardon… La guerre d’une religion

Nous savons tous qui tue qui en Irak. Nous savons tous au nom de quelle religion. Mais la nommer est si difficile pour le Journal du Dimanche qui titre "La guerre de religions", comme s'il y en avait plusieurs.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Le titre était alléchant : Irak : "guerre de religions". C’est donc avec une avidité curieuse que nous nous sommes précipités pour acheter le Journal du Dimanche dont la "Une" était si vendeuse. Hélas, il nous a fallu déchanter. Dans les pages intérieures, il n’était question que d’une seule religion en vertu de laquelle on massacrait les fidèles d’autres religions. Les guerres de religions en France on connaît bien. Ce que les catholiques firent aux protestants lors de la Saint-Barthélemy fut une sanglante abomination. Et ce que les protestants firent aux catholiques dans les villes dont ils avaient la maitrise n’était pas mal non plus. 

Alors pourquoi ce titre ? Pourquoi ce "s" ? Scandaleux pensera-t-on. Même pas. C’est pire, il s’agit d’une paresseuse concession à l’air du temps particulièrement pesant en France. Et pour apprécier sa densité étouffante il faut s’adresser au seul climatologue qui vaille la matière, à savoir M. Dalil Boubakeur, recteur de la Mosquée de Paris, très bien informé de la comptabilité exacte de ceux qui pratiquent la même religion que lui. La presse anglaise qui n’a pas nos pudeurs dit que ceux qui assassinent en Irak constituent "la synthèse la plus achevée d’Hitler, des Khmers rouges et d’Al Qaida".

On ne va quand même pas écrire des choses pareilles dans la presse française. On se contentera – c’est déjà bien non ?  de s’apitoyer sur le sort des chrétiens égorgés et des yézidis crucifiés par les tenants fanatiques d’une foi partagée par environ un milliard d’individus sur la planète. Un milliard c’est évidemment à prendre soigneusement en considération. 

Si par hypothèse, des juifs fondamentalistes et fanatiques s’en allaient, au cri de "Yahvé est grand !", mettre à mort des musulmans il y aurait des centaines de milliers de Juifs dans les rues pour crier leur dégout. Si, supposons toujours, une secte catholique baptisée par exemple "les croisés du Sacré-Cœur de Jésus" enlevait des centaines de jeunes musulmanes pour les convertir et les marier de force à de bons chrétiens, il y aurait des millions de chrétiens dans les rues pour condamner et vomir ces croisés. Mais là, curieusement, s’agissant de l’Irak, le milliard ne bouge pas trop.

Il y a de cela des millions d’années lumières (c’est-à-dire en 2006) le pape Benoît XVI prononça à Ratisbonne un discours qui eut un retentissement mondial. Le Saint-Père, qui avait dû certainement forcer sur le vin de messe, rappela ce qu’un empereur byzantin avait dit à un envoyé des Ottomans. "Montre-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau. Et tu ne trouveras que des choses méchantes et inhumaines comme son ordre de diffuser par le moyen de l’épée la foi qu’il professait".

Dans le monde musulman la colère gronda. Des églises furent incendiées ici et là. Une bonne sœur assassinée. Les gouvernements arabes réclamèrent des excuses. Et Benoît XVI fit amende honorable. Il expliqua que ses propos avaient été mal interprétés. Et in fine les retira. Car le pape n’ignorait pas qu’on tuait les Coptes pour moins que ça en Egypte. Et que les chrétiens d’Orient pouvaient payer un prix sanglant pour ses propos.

L’Islam a très certainement du bon. Faut chercher. Et en cherchant, on y trouve une disposition intéressante. La fatwa. C’est une sorte d’excommunication qui retranche le (la) coupable de la communauté des croyants et vaut condamnation à mort. Des fatwas il y en a tous les jours qu’Allah fait. Contre des blasphémateurs. Contre des convertis au christianisme. Contre des écrivains qui ne veulent pas comprendre qu’Islam veut dire "soumission". Mais il n’y en a pas contre les monstres qui, à l’abri de l’étendard du Prophète, transforment l’Irak ou la Syrie en abattoir, contre les jihadistes de Boko-Haram. Pourquoi ?

Atlantico a certainement les moyens de se renseigner sur la question auprès d’un théologien musulman. En attendant ces souhaitables éclaircissements, rappelons que les tribunaux français ont très fréquemment l’occasion, sur plainte du Conseil français du Culte musulman, de juger de cas d’islamophobie. L’écrivain Houellebecq poursuivit pour avoir dit que "l’Islam est la religion la plus con" fut, le chanceux, acquitté. Mme Tasin, malchanceuse, a été condamnée pour avoir crié : "l’Islam est une saloperie !". Comme nous ne savons pas à quel tribunal nous vouer nous nous contenterons de souscrire aux propos de Benoît XVI à Ratisbonne. On ne va quand même pas condamner un pape ! 

Et n'oubliez pas : le A-book de Benoît Rayski, Le gauchisme, cette maladie sénile du communisme, est toujours disponible à la vente sur Atlantico éditions : 

Le gauchisme, cette maladie sénile du communisme

 

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