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Un journaliste chinois a voulu voir de ses propres yeux les secrets de fabrication de l'iPhone 5.
Un journaliste chinois a voulu voir de ses propres yeux les secrets de fabrication de l'iPhone 5.
©Reuters

Envers du décor

iPhone 5 : dans les coulisses de sa fabrication, un reporter infiltré raconte son "cauchemar" à l'usine de Foxconn

Sa taille, son poids, son corps en aluminium : l'iPhone 5 est superbe vu de l'extérieur. Mais que sait-on vraiment de la genèse de sa fabrication ? Conditions d'hygiène déplorables, surmenage, éthique douteuse... un journaliste chinois raconte.

L'iPhone 5 n'en finit plus d'agiter le monde médiatique. Sa taille, son poids, ses fonctionnalités, son corps en aluminium : l'appareil est scruté jusque dans ses moindre détails. Mais que sait-on vraiment de sa genèse ? Ou le nouveau jouet d'Apple a-t-il été confectionné, et dans quelles conditions ? Un téméraire reporter chinois du Shanghai Evening Post a voulu voir de ses propres yeux les secrets de fabrication.

Le New York Times avait déjà tiré la sonnette d'alarme en janvier au sujet des conditions des salariés chinois de l'usine d'Apple, dans une longue et passionnante enquête.

Le journaliste s'est infiltré au saint des saints : la célèbre mais non moins mystérieuse usine Foxconn, à Taiyuan. En se glissant dans la peau d'un salarié comme les autres, il a eu accès à la dure réalité du travail à Foxconn. Il a ainsi pu livrer un récit pratiquement minute par minute de ses 10 jours de calvaire, publié un journal de bord. L'usine de Foxconn est célèbre depuis la manifestation géante de travailleurs en colère qui protestaient en mars contre leurs conditions de travail et les mensonges de la direction qui avait promis une augmentation de salaire, sans tenir sa parole.

Après 7 jours d'entrainement intensif, le journaliste a enfin pu participer de ses propres mains à la fabrication de l'iPhone au huitième jour. 

Jour 1 : le recrutement : contrôle médical des employés, mais locaux pleins de détritus

Seules conditions pour travailler à Foxconn : être en bonne santé et pouvoir prouver sa citoyenneté chinoise. Un test médical est donc imposé aux futurs employés : comment se sentent-ils depuis les trente derniers jours ? Si le résultat est positif, ils peuvent grimper dans le bus en direction de l'usine.

Mais passer une nuit dans les quartiers résidentiels de Foxconn n'est pas une partie de plaisir, c'est même un "cauchemar" selon les termes du reporter. L'odeur ? Un mélange d'ordures et de sueur. "Quand j'ai ouvert me penderie, une foule de cafard en est sortie et les draps qui étaient distribués aux nouveaux étaient maculés de saleté et de cendres", témoigne-t-il.

Détail alarmant : toutes les fenêtres sont munies de barreaux, peut-être destinés à empêcher les suicides.

Jour 2 : un accord de confidentialité encourageant la pollution toxique

Il est demandé aux employés de signer un étrange document. Cet accord de confidentialité les oblige à garder pour eux toutes les informations techniques, les chiffres de vente, les statistiques de production et les données de ressources humaines au sujet des secrets de Foxconn. 

Mais le plus inquiétant se trouve dans la rubrique "potentiels effets nocifs qui peuvent être causés aux employés pendant la production" : les travailleurs doivent accepter tous les dangers, et même cocher la case "pollution toxique".

Jours 3 à 6 : "Contentez-vous d'obéir"

Les employés sont ensuite formés aux précautions de sécurités et aux règles de l'entreprise. Au programme : 13 procédures de récompense et.... 70 procédures de punition. Martelé comme un mantra, la consigne essentielle : "obéir". le formateur est clair : "Vous pourriez vous sentir mal à l'aise face à la façon dont vous êtes traités, mais c'est pour votre propre bien."

Jour 7 : une quasi-absence de soins médicaux, une cour de récréation pour pouvoir "crier"

Foxconn demande à ses employés de produire des iPhone tout au long de la nuit. Il leur est recommandé de dormir pendant la journée. Les conditions de travail ont provoqué une migraine permanente chez le journaliste chinois, qui a bien essayé de se rendre à l’hôpital de Foxconn... en vain : le seul docteur présent était débordé.

Visite guidée des locaux : un gymnase décrépi, une cantine bondée, un hôpital aux services limités, une bibliothèque et un bureau de poste, et enfin, une fête organisée chaque week-end "pour décompresser". Comme pour les enfants, une "cour de récréation" acceuille les salariés pour evocuer le stress... et crier. L'un d'entre eux a en effet lancé à la volée : "Nous sommes tous stressés toute la journée, et nous n'avons pas le droit de crier à l'étage de la production. Ici, vous avez le droit de crier aussi fort que vous pouvez."

Jours 8 à 10 : fabrication d'un iPhone 5, mode d'emploi

La sécurité est renforcée à l'étage de la fabrication. Les travailleurs sont prévenus : ils sont surveillés par des détecteurs de métaux, et la politique est celle de la tolérance 0 : s'ils sont pris avec ne serait-ce qu'une ceinture en métal, c'est la porte illico.

Le journaliste a été assigné à son poste : la partie arrière de la coque du smartphone. Lui et ses collègues "devraient être honorés d'avoir la chance" de produire un tel bijou, leur précise-t-on.

Chacun enfile ses gants et son masque, et au travail : le groupe du journaliste est chargé de placer des bandes et autres morceaux de plastique destinés à couvrir les ports du connecteur enfin de le protéger des projections de peinture. Enfin, à 11 heures, c'est la délivrance : l'heure du dîner. Puis, le travail à nouveau, sans cesse rappelé à l'ordre par les responsables qui reprochent aux travailleurs d’être trop lents.

 Les douleurs au niveau du cou et des muscles ne tardent pas à apparaître. Le labeur dure jusqu'à 6 heures du matin. L’enquêteur a estimé son rythme de production à 3000 iPhones en 10 heures. 48 autres employés s'occupaient comme lui des plaques arrière des iPhone, posant au total 36 000 plaques en une demi-journée de travail.

A 7 heures, les employés sont autorisés à partir... mais encouragés à rester faire 2 heures d'heures supplémentaires. Pour 4 dollars.

Julie Mangematin

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