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Une représentation du drapeau français avec la devise nationale de la France, Liberté, Égalité, Fraternité, dans la ville d'Entraygues-sur-Truyère.
Une représentation du drapeau français avec la devise nationale de la France, Liberté, Égalité, Fraternité, dans la ville d'Entraygues-sur-Truyère.
©PASCAL PAVANI / AFP

Bonnes feuilles

Intégration : qu’est-ce qu’être Français ?

Malika Sorel-Sutter publie « Les dindons de la farce » aux éditions Albin Michel. Comme beaucoup de Français, Malika Sorel-Sutter est choquée par ce qu'il faut bien appeler la désagrégation des valeurs qui ont fait la France. Le déni du réel des uns a fini par doper le sectarisme des autres. Dans ce contexte, les Français éprouvent le pénible sentiment d'être les dindons de la farce. Et ils en ont assez. Extrait 1/2.

Malika Sorel-Sutter

Malika Sorel-Sutter est Ancien membre du Haut Conseil à l’intégration. Auteur de Décomposition française (Fayard, 2015) qui a reçu le prix « Honneur et Patrie » de la Société des Membres de la Légion d’Honneur

 

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Que faut-il donc pour être considéré comme pleinement français ? S'il est une réponse que l'on a souvent entendue, c'est celle mise dans la bouche du général de Gaulle par Alain Peyrefitte, qui parle d'« Européens de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne ». Cette définition, d'une simplicité biblique, avait tout pour séduire une opinion publique qui rêve de voir les problèmes anxiogènes d'identité disparaître d'un coup de baguette magique.

Ces attaques basées sur une logique ethnique blessent ceux qui se sentent appartenir à la France ; les autres s'en moquent éperdument. Ces approches sont simplistes, toxiques mais aussi contre-productives. Au lieu de servir la France, elles la desservent dans un moment où la France a un besoin vital de l'engagement plein, entier et désintéressé de tous ses enfants. Par ses enfants, j'entends ceux qui, par-delà des différences, se rejoignent pour l'aimer, la défendre et œuvrer à sa survie. Le défi est de taille.

Se définir comme « Blanc » face aux racisés et indigénistes est plus que révélateur du fait que l'on peut aujourd'hui encore en France se vivre en tant que race. On ne peut qu'être surpris de la rapidité avec laquelle cette vision datée d'un partage du monde est réapparue pour s'imposer très vite dans le débat public. Invoquer les attaques que l'on subit en tant que « Blanc » ou « chrétien » pour justifier la résurgence de cette vision que l'on pensait périmée mais dont les ancrages semblent finalement encore profonds paraît une excuse bien légère.

Pour l'historien Jean-Paul Bled, directeur de la revue Études gaulliennes, de Gaulle ne peut être rendu comptable de cette citation, il suffit de l'écouter pour s'en convaincre : « La culture domine tout, elle est la condition sine qua non de notre civilisation d'aujourd'hui, comme elle le fut des civilisations qui ont précédé celle-là. »

Le 10 janvier 1959, sur la photo du premier gouvernement de la Ve République voulue par le Président de Gaulle figure une seule femme. Elle s'appelle Nafissa Sid Cara, porte un prénom arabe et se présente comme musulmane. Quant à Gaston Monnerville, né en Guyane, il fut président du Conseil de la République de 1947 à 1958 puis président du Sénat de 1958 à 1968. C'est à la restauration de cette France-là, celle du seul mérite et de la performance, qu'il faut s'atteler.

Qu'est-ce qu'être français ? C'était l'objet de la mission parlementaire d'information sur le droit de la nationalité de 2011, présidée par Manuel Valls qui m'avait auditionnée. Le contenu de mon audition que je livre en annexe, ainsi que les échanges qui ont suivi avec les députés, montre que mon analyse et mes recommandations sont plus que jamais d'actualité. Si la réforme du code de la nationalité avait été accomplie, elle aurait permis de crever l'abcès, une fois pour toutes, et de repartir sur des bases saines afin de préserver le bien le plus précieux qui soit pour toute nation : sa cohésion nationale ; en bref, sa paix civile.

Dans la revue Le Débat, dont il est le fondateur, le philosophe Marcel Gauchet m'avait décrite comme « la seule à s'être préoccupée de comprendre le processus d'intégration et à mettre en lumière les conséquences ravageuses qu'entraîne la méconnaissance des données de base de ce processus ». Je n'ai eu de cesse d'expliquer, au sein du monde politique, les raisons qui faisaient de l'intégration un processus à l'issue non prédictible, et de l'assimilation un choix qui ne pouvait être autre que librement consenti, et qu'il fallait bien sûr en tirer les conséquences. Je n'ai pas été entendue.

©Albin Michel 2022

Extrait du livre de Malika Sorel-Sutter, « Les dindons de la farce », publié aux éditions Albin Michel

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