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La flambée des prix de l'immobilier en France sont-ils le fait de la spéculation ?
La flambée des prix de l'immobilier en France sont-ils le fait de la spéculation ?
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Spéculation

Immobilier : l'État fait des bulles

La flambée des prix de l'immobilier en France est-elle le fait de la spéculation ? Non répond mardi l'INSEE, qui souligne surtout la grave pénurie de biens sur le marché français. En cause ? L'ultra réglementation du secteur.

Daniel Tourre

Daniel Tourre

Daniel Tourre est notamment l'auteur de Pulp Libéralisme, la tradition libérale pour les débutants (Tulys, 2012) et porte-parole du "Collectif Antigone". 

 

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Se loger, que l’on soit locataire ou propriétaire, est devenu un gouffre financier sans fond en particulier pour les faibles revenus et les primo-accédants. Le prix du logement abaisse de manière considérable le niveau de vie d’une partie de plus en plus importante de la population. Cette situation n’est pas le fruit du hasard et encore moins d’un marché libre. Le secteur immobilier est un cas d’école sur les ravages de l’étatisme.

Terrains minés réglementairement

Le plan local d’urbanisme (PLU), produit incertain des conseils municipaux et des recours d’associations en tout genre, transforme l’ensemble du territoire en parcelles affublées d’acronymes incompréhensibles pour le commun des mortels. Le droit de la propriété n’est plus qu’un lointain souvenir. L’usage et la valeur du terrain sont désormais soumis au bon vouloir d’une large caste d’élus, de représentants d’associations négociant, menaçant, arbitrant sa constructibilité de blocages interminables en faits du prince (1). Peu de seigneurs féodaux avaient un tel pouvoir sur la propriété de leurs paysans libres.

Il faut retourner à un système libéral : la liberté et la responsabilité individuelle. Sauf pour quelques sites exceptionnels, chacun doit être libre d’user de sa propriété sans mendier des autorisations à une cohorte inutile de petits seigneurs bureaucrates. En contre partie, les risques, les infrastructures nécessaires pour les nouvelles habitations ou les éventuels dommages aux propriétés contingentes sont de la responsabilité du propriétaire.

Constructions aux pays des Soviets

Toute personne travaillant dans la construction, de l’architecte à l’entreprise en bâtiment patauge dans un marécage de réglementations incohérentes et changeantes. Des injonctions kafkaïennes jalonnent tout processus de construction, normes de sécurité pour des risques qui n’existent pas, exigences environnementales de façade sans évaluation des coûts/avantages. Les étatistes peuvent se lâcher avec bonheur sur la construction. Sans provoquer une manifestation, ils peuvent arroser quelques lobbies, annoncer des mesures urgentes au journal de 20h pour un fait divers, illustrer de manière tonitruante leur supériorité morale en écologie pour augmenter la bureaucratie.

Le résultat est un surcoût réglementaire énorme pour le neuf tandis que partout en France des bâtiments en bon état sont détruits plutôt que d’être rénovés.

Un toilettage et une refonte majeure des normes de constructions doit être entrepris. Pendant des siècles, les hommes ont pu construire et se loger sans des strates calcifiées de réglementations et une lourde bureaucratie à flatter. Rendons-leur la liberté, leurs exigences seront plus vives et plus adaptées à leurs besoins.

Fiscalité : taxer ce qui bouge, subventionner ce qui ne bouge plus

De la main droite, l’Etat taxe, retaxe, impose la construction, la rénovation, la location puis les transactions sur l’immobilier rendant ces investissements peu intéressants par rapport à des actions en Chine ou des trackers en bourse. Puis de la main gauche, il multiplie les niches fiscales, Robien, Scellier, niches surtout intéressantes pour les banques ou les courtiers proposant des montages sophistiqués. La distorsion fiscale a des conséquences désastreuses. Si un investissement n’est pas rentable sans une niche fiscale, il détruit de la valeur et génère une surproduction locale.

Nos technocrates fiscalistes ne servent à rien. Des gens souhaitent se loger et d’autres gens souhaitent construire ou louer. Il faut les laisser faire avec une fiscalité lisible, et les logements pousseront là où ils sont nécessaires.

Propriétaire : l'ennemi public n°1

Devenir petit propriétaire est devenu en France un sacerdoce. Aucune grande société privée ne possède des parcs de logement à louer : c’est trop risqué et ce n’est pas rentable, il vaut mieux laisser cela à des particuliers. Les petits propriétaires sont à la merci de locataires indélicats. L’expulsion pour retrouver son bien prend maintenant plus de deux ans et encore si le processus n’est pas freiné par un politicien local. Ce viol du droit à propriété privée en plus d’être immoral est la source de nombreux dysfonctionnements : logements restant vides plutôt que d’être loués, appartements réservés aux salaires de cadres en CDI, enfants de fonctionnaires depuis deux générations. Tant pis pour les autres, même honnêtes et solvables, il faut acheter ou vivre chez papa maman.

Le droit de propriété, inscrit dans la Déclaration des droits de l’homme de 1789, n’est pas soumis au bon vouloir d’une classe politique démagogique. Il doit être rétabli et les locataires comme les propriétaires retrouveront un intérêt commun : louer.

Monnaie de singe sur le crédit 

Le tableau ne serait pas complet sans les manipulations des taux d’intérêts des banques centrales. La presse à billet fonctionne à plein régime pour forcer les taux à des niveaux sans lien avec l’épargne disponible. Ce flot de liquidités sortant de nul part arrose les banques privées créant à travers le crédit des bulles spéculatives totalement déconnectées de la réalité économique. Les prix de l’immobilier explosent artificiellement grâce à des instituts paraétatiques : les banques centrales. Seul un retour à une monnaie saine nous sortira de cet engrenage.

Solution : 1789 plutôt que l'étatisme 

Les larmes de crocodiles des interventionnistes sont obscènes. Les politiciens étatistes actuels sont les principaux artisans de cette pénurie organisée et en sont les grands bénéficiaires avec quelques professions (bureaucrates, élus locaux, inspecteurs en tout genre, associations, notaires, banques proposant des montages).

Tous ces dysfonctionnements ont une origine : un mépris prononcé pour la liberté et la propriété des personnes, droits pourtant fondamentaux inscrits dans la déclaration des Droits de l’Homme de 1789.

Sur ce sujet comme sur d’autres, la France ne sortira pas de son ornière sans une piqure de rappel de sa révolution libérale de 1789 : abolition des privilèges, protections des libertés individuelles, droit de propriété pour le peuple, dissolution des corporations.

(1) Lire à ce sujet l’ouvrage de l’un des meilleurs spécialistes en France de l’économie de l’immobilier, Vincent Benard : Le logement : crise publique, remèdes privés (Editions Romillat, 2007).

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