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Ils veulent écraser Voltaire ? Ecrasons- les !
©000_1MD11R Alain Jocard AFP

Touche-pas à ma statue

Ils veulent écraser Voltaire ? Ecrasons- les !

Avec des adversaires on argumente. Les ennemis on les combat.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Qui n’a pas lu CandideZadig ou L’Ingénu ne saura jamais ce que les mots « intelligence », « ironie », « malice » veulent dire. Qui n’a pas ouvert les pages de ces livres ne saura jamais non plus à quel point la langue française peut être belle. Ils sont nombreux à n’avoir jamais lu un texte de Voltaire : tout simplement parce qu’ils ne savent pas lire. 

Rue de Seine, dans le VIème arrondissement de Paris, il y avait une statue honorant la mémoire de l’auteur de Candide. Il y avait, car il convient d’en parler au passé. Des inconnus, quand même très facilement identifiables, l’ont taguée faute de pouvoir la déboulonner.  

Des sites anti-esclavagistes et indigénistes ont fouillé pour eux le passé de Voltaire. Et après de laborieuses recherches ils ont trouvé qu’il avait participé financièrement à la commandite d’un bateau transportant du bois d’ébène vers les Amériques. Un crime inexpiable. Et que même la fin des temps ne permettra pas d’expier. Ainsi Voltaire, après Colbert, rejoint la longue liste des maudits qu’il faut piétiner, effacer, détruire. 

La mairie de Paris a fait enlever la statue pour, dit-elle, la nettoyer. Confrontée aux critiques elle a indiqué que, ce faisant, elle ne cédait pas aux menaces des indigénistes et des anti-esclavagistes. Pourquoi cette précision était-elle nécessaire ? Mais parce que ça n’allait pas de soi. Le Black lives matter fait des ravages effroyables dans les têtes de ceux qui prétendent être des descendants d’esclaves. 

Nous doutons fort qu’ils aient fait des recherches généalogiques afin d’établir leurs lignées sur des siècles. En revanche on sait qu’ils sont infatigables pour traquer qui, dans le passé, a participé un peu, moyennement, beaucoup à la traite négrière. La belle Cunégonde de Candide était fière de ses quartiers de noblesse. Eux se pavanent avec leurs quartiers de bêtise. 

Ils ne lisent pas de livres. Il s’agit là pour eux d’un objet inconnu et suspect. Ils se contentent de recharger leurs provisions de haine sur des sites anti-négrophobie. Ils n’ont pas lu non plus Victor Hugo. Ils ne savent donc pas que dans Les Misérables, Gavroche chantait : « Je suis tombé par terre, / C’est la faute à Voltaire, / Le nez dans le ruisseau, / C’est la faute à Rousseau. » 

Mais il ne faut pas trop leur demander. C’est déjà bien – n’est-ce pas ? – qu’ils ne brûlent pas de livres. Voltaire en son temps croisa le fer contre l’Eglise catholique. Il eut cette phrase archi connue : « Ecrasons l’infâme ». On sait où se trouve l’infâme aujourd’hui.  

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