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Marie-Noëlle Lienemann : 
"Il y a plein de femmes capables 
d’être ministres au PS ! 
Quand on cherche on trouve !"
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Dificile parité ?

Marie-Noëlle Lienemann : "Il y a plein de femmes capables d’être ministres au PS ! Quand on cherche on trouve !"

François Hollande a promis de respecter une certaine parité dans la composition de son prochain gouvernement, ce qui ne semble pas aller sans difficulté. Le nouveau président élu est-il en mesure de respecter sa promesse ?

Marie-Noëlle Lienemann

Marie-Noëlle Lienemann

Marie-Noëlle Lienemann est une femme politique, membre du Parti socialiste et sénateur de Paris.

Elle fut notamment députée européenneministre déléguée au Logement et au Cadre de vie dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy et secrétaire d’État au Logement dans le gouvernement de Lionel Jospin.

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Atlantico : La presse évoque le casse-tête de François Hollande pour constituer son gouvernement, en partie en raison de son attachement à respecter une certaine parité. Pensez-vous que le pouvoir soit si différent, qu'il soit exercé par un homme ou par une femme, vous qui avez eu, justement de très hautes responsabilités dans les gouvernements de Pierre Bérégovoy et Lionel Jospin ?

Marie-Noëlle Lienemann : Il n’y a pas dans les gènes un rapport différent entre le pouvoir vu par un homme ou vu par une femme. Néanmoins, il y a une histoire et une culture qui ont fait que le rapport des femmes au pouvoir est différent. Même si avec le temps, avec la progression de l’égalité, les tendances à cette différenciation vont certainement se combler. Pour l’heure, dès l’instant qu’il y a un prototype du pouvoir féminin, il y a des présupposés culturels sur le travail féminin qui font dans certains cas, que l’approche du pouvoir est différente.

Quand vous êtes une femme d’autorité au pouvoir, on accepte bien ce pouvoir s’il est maternant, s’il cherche à créer du consensus et à faire naître progressivement un accord. C’est une pratique que j’ai toujours privilégiée. Mais quand on est au responsabilité, on doit convaincre avant de trancher.

Si l’on parle du comportement des hommes par rapport au pouvoir des femmes disons que quand un homme tranche, il y a de la part de ses subordonnés, une espèce de  légitimité à son arbitrage. Quand une femme tranche, ses subordonnées ressentent une sorte de brutalité. Du coup, il s’opère une sorte de frustration…

Cela veut dire aussi que dans l’exercice du pouvoir, la femme tient compte de ces réalités-là. Elle va donc trancher moins brutalement et chercher plus facilement sans doute à rester dans la zone de «common agreement ».

On a souvent dit que les femmes étaient plus concrètes que les hommes…

Je crois qu’elles séparent moins les sphères du pouvoir des sphères du reste de la vie. Pour une femme, il n’existe pas de hiérarchie dans le champ du politique. Il n’y a pas de sphères nobles (les Affaires étrangères, etc)  et de sphères qui ne le seraient pas (le logement, les Affaires sociales, l’Education, etc). Ainsi, le rapport à la vie dans sa globalité, apparait plus comme un enjeu de pouvoir que les seuls pouvoirs régaliens et les « pouvoirs dominants ». Elles ont donc une vision plus globale des enjeux de la politique. Du coup, elles attachent beaucoup d’importance à la réalisation de tout ce qu’elles font. Je l’ai observé autant en tant que maire qu’en tant que ministre : les femmes se contentent assez peu des décisions formelles. On peut avoir voté une loi ou délibéré au conseil municipal, etc. : les femmes ne lâcheront pas sans avoir la conviction que cela entre en effet.

La parité s’inscrit dans la volonté d’acter l’indispensable complémentarité des hommes et des femmes. La parité est plus que jamais indispensable. Quand j’ai été candidate à la mairie pour la première fois, en 1988, cela n’apparaissait pas comme un enjeu. Mais dans ma liste municipale élue, j’avais la parité homme-femme. Quand je demandais à un homme d’être sur ma liste, il acceptait toujours. Dès que je demandais à une femme elle me demandait si je les en sentais vraiment capable… Ca a changé grâce aux lois sur la parité.

Vous dîtes à juste titre que la parité favorise la complémentarité homme-femme, mais ne pensez-vous pas que bien souvent, la parité est surtout un argument marketing ?

Non, je ne crois pas. D’abord, c’est la loi. Et quand on fixe la parité comme objectif législatif pour la représentation dans les conseils régionaux, cela me parait assez légitime de le faire au gouvernement ! Ce n’est pas pour moi un effet d’image car les femmes elles-mêmes ne s’en contenteront pas. Ne pas les respecter serait une grave erreur car cela signifierait que les principes sont à géométrie variable selon les périodes. Et qu’on ne me dise pas qu’il n’y a pas de femmes à gauche capables d’être ministre dans ce pays ! Comment voulez-vous faire voter une loi pour que les conseils d’administration s’ouvrent plus aux femmes et ne pas l’appliquer au gouvernement ?

Je me fais l’avocat du diable, mais y-a-t-il vraiment assez de femmes de gauche ministrable pour que François Hollande ait le choix ?

François Hollande a du mal car beaucoup d’hommes ont déjà mis la main sur des ministères et pas forcément parce que les femmes ne sont pas compétentes ! Les leaders politiques restent massivement masculins car ils ambitionnent très vite les postes régaliens. Alors que les femmes, qui qui ne surestiment pas les tâches régaliennes, n’ont peut-être pas postulé avec autant de vigueur que d’autres à ces postes ! il y a plein de femmes capables d’être ministres au PS ! Quand on cherche on trouve ! Quand je cherchais des filles pour être maire-adjointes, dans ma commune, j’en ai trouvées. Et elles sont encore élues alors qu’une partie des hommes s’est fait battre ! Les femmes se révèlent aussi dans leurs responsabilités !

(Propos recueillis par Antoine de Tournemire)


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