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Faire un nouveau régime : l’échec en est assuré.
Faire un nouveau régime : l’échec en est assuré.
©Reuters

Dure réalité

Hyperprotéiné, dissocié, végétarien... Arrêtez tout : le régime miracle n'existe pas !

Pour vous débarrasser de vos kilos en trop et autres poignées d'amour, oubliez les régimes : ils sont inefficaces. Le professeur Jean-Daniel Lalau explique pourquoi la perte de poids ne peut résulter que d'un changement alimentaire profond. Extraits de "En finir avec les régimes" (1/2).

Jean-Daniel Lalau

Jean-Daniel Lalau

Jean-Daniel Lalau est médecin, professeur de nutrition au CHU d'Amiens, docteur en sciences et en philosophie.

Il est l'auteur des livres En finir avec les régimes (éditions François Bourin) et Hospitalité - Je crie ton nom (éditions Chronique sociale). 

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"Oui, je les ai déjà tous faits [les régimes] ! »

C’est moi qui souligne, parce que je crois qu’ici la totalité est présentée à bon escient. Il est vrai que les consultants qui viennent à la rencontre d’un spécialiste, de surcroît hospita­lier, ont généralement déjà fait des tentatives de réduction pondérale diverses et variées, et sont par la force des choses en situation difficile, le plus souvent en position d’échec. Mais je n’en souligne pas moins ce « tous » : si « beaucoup » est une dimension, « tous » en est une autre. Ce n’est pas « n-1 », à savoir « presque tous », mais bien « tous » : tous les régimes possibles et imaginables.

Pour ma part, je ne parlerai pas de « régime » au fil de la consultation, sinon pour un travail de déconstruction. Ma consultation s’achèvera encore moins par la prescription d’un « régime ». Je ne l’ai jamais fait, je ne vais pas commencer aujourd’hui. Je m’exprimerai plutôt en termes de « rééqui­librage alimentaire ». Je suis toutefois conscient que mon propos sera, malgré tout, reformulé, traduit quasi automa­tiquement par le consultant en ses propres termes : « faire un nouveau régime ». Or, « faire un nouveau régime » est tout simplement inenvisageable, puisque l’échec en est assuré.

Analysons ce propos : les régimes, « je les ai déjà tous faits ». Je dois comprendre que le « tous » est mis en avant par le consultant pour faire opposition à toute proposition de ma part. N’essayez pas, tente-t-il de me dire plus ou moins explicitement, il n’y a rien qui marche ! Est-ce à dire, à ce stade, que nous devons nous diriger tout droit vers la chirur­gie de l’obésité, parce qu’il n’y a aucune alternative ?

« Je voudrais que ce soit “mon corps qui me dise ce que je dois manger” », dit Valérie.

Comme les choses seraient simples ainsi ! Comme s’il était possible de faire référence aux seules exigences de la physiologie ! Je pourrais dire à sa place de la même façon : que ce soit mon corps qui me dicte. J’imagine la dictée faite par le corps pour l’établissement de la liste des courses de la semaine : « Ça, oui, tu peux ; ça, tu dois, tu n’as pas le choix ; mais alors ça, surtout pas ! »

Ce qui est recherché par cette femme – et cela peut se comprendre d’ailleurs – c’est la radicalité, l’éradication, à l’ins­tar de la lutte contre les maladies infectieuses. Si seulement on pouvait faire un « bon régime » une fois pour toutes ! Si seulement l’excès pondéral pouvait être éradiqué comme l’on procède à une ablation dentaire ! Si seulement ce fichu bourrelet pouvait disparaître définitivement ! Si, au moins, je pouvais être guidé dans mon choix alimentaire sans trop me poser de questions au quotidien !

Et Valérie de feuilleter, de feuilleter encore en rêvant les magazines féminins, de pianoter sur son clavier d’ordinateur à la recherche de solutions miracle. Elle n’expose plus ses diffi­cultés à ses amies ou à ses collègues de travail, tout au moins directement, car elle en est échaudée. Un jour, le sujet, c’est le cas de le dire, a été mis sur la table lors d’une pause café. Deux collègues de taille pourtant fine ont exprimé devant elle leur préoccupation d’avoir pris un ou deux kilos. Que c’était agaçant ! On dit que les enfants sont méchants entre eux à l’école, ils se lancent à la figure des choses terribles. Que dire de ces deux collègues indélicates et irréfléchies ?

Valérie tourne les pages de son magazine, tantôt évasive­ment, tantôt avec une attention soutenue. Là, entre les deux régimes (à gauche, « tout ce qu’il faut manger pour perdre une taille en 7 jours » ; à droite, les produits d’une « gamme équili­brée », qui paraissent tentants – mais il faudra tout de même « 4 semaines pour retrouver la ligne »), elle hésite. Elle a, comme dit Coluche, philosophe à sa façon, le choix et l’embarras du choix. J’insiste : elle a dès les premières pages de son magazine et le choix et l’embarras, ce qui est assurément plus complexe que le choix tout court.

Un autre philosophe – patenté cette fois –, Kierkegaard, thématise le choix en disant : « Ou bien… ou bien… » Cette formulation est simple, et elle exprime bien l’alternative, la balance pourrais-je dire, l’aspect dynamique qu’implique un choix. Elle illustre bien le déplacement en amont du choix tout court. Le choix, c’est un singulier ; mais le « ou bien, ou bien » fait passer à deux dimensions. Et encore, s’il y a deux dimensions comme une balance a deux plateaux (laquelle penche systématiquement soit à gauche soit à droite car, curieusement, elle n’indique jamais un même poids !), pour les régimes, à l’inverse, c’est n fois : n propositions, et n tentatives. Le choix et l’embarras du choix, vous dis-je. C’est autrement plus complexe que « le beurre et l’argent du beurre » ! Ce n’est pas ici une affaire de degré seulement – enten­dez un régime à 1 500 calories, ou bien à 1 200 calories, ou bien à… –, mais bien de nature. Car entre la soupe aux choux et le citron détox, en passant par la diète protéinée, reconnaissons que nous ne parlons effectivement pas de la même chose.

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Extrait de "En finir avec les régimes", François Bourin Editeur (4 mai 2012)

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