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L’opération comm’ de François Hollande est une nouvelle fois vouée à l’échec.
L’opération comm’ de François Hollande est une nouvelle fois vouée à l’échec.
©Reuters

Media training

Hollande sur TF1 : l’opération comm’ une nouvelle fois vouée à l’échec

A l'occasion de son mi-mandat, François Hollande paraîtra dans l'émission "en direct avec les Français" jeudi 6 novembre. Et bien qu'il excelle aux conférences de presse, le président est également connu pour son manque d'aisance sur les plateaux télévisés. D'autant que le résultat de sa politique sur le front socio-économique reste nul et que les Français exigent de lui une vision.

Joseph Daniel

Joseph Daniel

Joseph Daniel a consacré une grande partie de sa carrière à la communication politique, notamment comme dirigeant du SID (actuel SIG, Service d'information du Gouvernement) de 1981 à 1986, puis responsable de la Communication de la Présidence de l'Assemblée Nationale de 1988 à 1992. Membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de 1999 à 2005, il a enseigné à Sciences Po Paris. Il est également l'auteur de La Parole Présidentielle, paru en octobre 2014 aux éditions du Seuil.

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Jean-Noël Dibie pour Culture-Tops

Jean-Noël Dibie pour Culture-Tops

Docteur en droit, Jean-Noël Dibie a une très longue expérience de l'audiovisuel et des médias : directeur de la SFP (Société française de production), responsable des affaires européennes à France Télévision, conseiller du directeur général de l'UER (Union européenne de radio-télévision). 

Aujourd’hui consultant, il s’investit dans les activités de recherche, notamment au sein d’EUROVISIONI, et d’enseignement (président du conseil pédagogique de l’EICAR, l’Ecole des métiers du cinéma de l’audiovisuel et des nouveaux médias, et chargé de cours à l’EDHEC).

Jean-Noël Dibie est l'auteur d'un A-book en six parties paru en 2014 sur Atlantico éditions : Communication politique, le plus vieux métier du monde

 

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Atlantico : Depuis Pompidou, le fait pour un président de partager son intimité avec les Français s'est toujours apparenté à une pause dans l'exercice présidentiel, et un moyen de montrer une humanité sous la stature présidentielle. Dans le contexte actuel difficile, mélanger les aspects politique et personnel peut-il au contraire desservir François Hollande ?

Joseph Daniel : Hollande est très loin d’être le premier dirigeant à livrer dans les mêmes émissions une part de sa personnalité en même temps que des messages politiques, sans que cela corresponde à des "pauses". Ce fut notamment, sur TF1, le cas de la plupart de ceux qui passèrent au "7 sur 7" d’Anne Sinclair, Mitterrand compris. Gageons que Hollande, infiniment plus pudique que beaucoup de ses prédécesseurs, et particulièrement que Sarkozy (on ne l’imagine pas proclamer devant la presse "avec Julie, c’est du sérieux !") , dévoilera plus sa dimension humaine que sa dimension intime. Quant à Thierry Demaizière, sa palette ne se réduit pas aux "entretiens intimistes" : il fut correspondant à Bagdad pendant la première guerre du Golfe !

Jean-Noël Dibie : La télévision, en tant que vecteur de communication politique, est un média dont l'impact est à la hauteur de la cruauté. Les exercices de la déclaration solennelle, du discours ou de l'interview, sont périlleux, comme a pu en juger le Président Hollande, dont les interventions télévisées n'ont pas toutes contribué à valoriser sa politique et/ ou son image. Qu'en sera-t-il d'un entretien "intime", alors que les français attendent du Président de la République qu'il gouverne la France.

Selon un sondage exclusif pour Atlantico du début du mois de septembre (voir ici), la critique du président de la République se retrouve également dans ses traits personnels. Ainsi, sa "sincérité" et sa "sympathie" sont autant remis en doute que sa "compétence" ou son "autorité". Une exposition de sa personnalité, alors que les récents chiffres du front socio-économique, principale priorité des Français, montrent toujours une aggravation (-0,6%), est-elle actuellement indiquée ? Les Français attendent-ils réellement quelque chose sur ce front ?

Joseph Daniel : Il est vrai que la sympathie naturelle que suscitait naturellement Hollande à ses débuts (il est très comparable sur ce point à Chirac) s’est perdue et, pire, retournée dans l’opinion. Aujourd’hui, cette sympathie passe au mieux pour de la gentillesse, qui n’est certes pas une vertu présidentielle, au pire pour de la duplicité, selon le procès que lui fait son ancienne compagne. Il est clair que ce qu’attendent les Français d’un président qu’ils portent aujourd’hui en piètre estime, ce n’est pas de plus belles images, c’est d’abord des résultats concrets, et ceux-ci tardent. Cela dit, je crois qu’il a raison d’entrer dans la fosse aux lions de la confrontation avec des Français exaspérés et désespérés par les difficultés et les blocages d’une crise interminable : face à de "vraies gens", selon l’expression bateau des communicants, on peut découvrir davantage un vrai président.

Jean-Noël Dibie : L'on peut légitimement s'interroger sur l'opportunité et le bien fondé de la participation du Président Hollande à une émission de télévision abordant tant son image personnelle, que son image politique. Votre sondage de septembre montre que seuls quelques 13% des français considèrent que le Président de la République "sait ou il va". Alors que l'image personnelle du président et sa sincérité politique sont également mises en cause, est-il opportun d'user d'un support de communication politique risquant d'accentuer le ressenti de délitement qu'a aujourd'hui la majorité des français de cette présidence.

Les Français sont-ils avant tout en demande de gestes politiques ? Est-il en position de les leur offrir ?

Joseph Daniel : Je ne crois pas qu’ils soient avant tout en demande de gestes politiques, ils sont en demande de résultats et, pour y parvenir, d’annonces crédibles (tout le contraire de la fameuse formule sur "l’inversion de la courbe du chômage"). Ils ont besoin aussi de mesurer le chemin parcouru et de le comprendre. Ils ont besoin de ne plus entendre les choses dites au futur (comme "les réformes sont sur le point d’être engagées"), mais au présent.

Comment expliquer les difficultés de François Hollande à mettre en place une communication efficace ? Tiennent-elles à son entourage ou à des inclinaisons / réticences personnelles sur le sujet ?

Joseph Daniel : À ceux qui l’ont approché sur ce sujet, il a parfois expliqué qu’il était son propre conseiller en communication, en même temps que son propre porte-parole. On dit que, de la campagne de Lionel Jospin en 2002, il a gardé une certaine aversion pour les communicants qui lui semblaient prendre le pas sur les politiques et imposer leurs propres schémas mentaux.  Quant aux entourages, il est toujours facile de les accabler, mais ils sont ceux que l’on a choisis et ils jouent le rôle qu’on leur demande de remplir, ou bien qu’on les laisse remplir.

Pour ma part, je crois que les problèmes de communication du chef de l’État sont partis d’erreurs politiques, et non l’inverse, intervenues pendant les premiers mois de son quinquennat, et qui ont entraîné sa bascule très rapide dans l’opinion. Avoir choisi un premier Premier ministre trop proche de lui alors que ces couples exigent, pour fonctionner, une grande complémentarité. Avoir laissé au sein de son équipe coexister des positions antagonistes, comme sur le dossier Florange. Ne pas avoir tenu aux Français un discours de vérité sur la dureté des temps, ce qui fait que, de son discours fondateur du Bourget, on n’a retenu qu’un symbole ("mon adversaire, c’est le monde de la finance"), mais considéré comme accessoire ce qui était l’essentiel : la priorité absolue devant être donnée au redressement du pays.

Jean-Noël Dibie : La communication politique n'est pas une fin en soi. C'est un outil au service du politique, qui doit en user à bon escient et avec modération. Trop de visibilité ne peut que nuire ne convient pas à l'exercice du pouvoir.

On se souvient de la performance de François Hollande face à Nicolas Sarkozy lors des élections présidentielles de 2012, alors qu'il était en tête dans les sondages Pensez-vous que le président soit effectivement plus convainquant lorsqu'il est porté par une situation favorable ?

Joseph Daniel : Ayons un peu de mémoire. Beaucoup – Sarkozy le premier – pensaient que, dans le débat présidentiel, Hollande pouvait s’effondrer face à la bête de télévision à la puissante rhétorique qu’il affrontait : le moins qu’on puisse dire, c’est que ce ne fut pas le cas. Je m’étonne encore que Sarkozy n’ait pas interrompu son interminable anaphore : ça n’aurait peut-être pas paru très poli, mais cela lui aurait évité de recevoir des coups aussi violents comme un boxeur dans les cordes.

La difficulté de Hollande tient plutôt au fait qu’il maîtrise inégalement les différents supports de communication – ce que, dans "La Parole présidentielle", j’appelle la "boîte à outils" dans laquelle peuvent puiser les présidents. Il est, de l’avis de tous les journalistes, excellent en conférence de presse, mais c’est le support qui créé et entretient le moins de liens avec les Français : l’immense majorité d’entre eux n’en voient au mieux que quelques minutes, choisies par les rédactions. Dans le registre des allocutions, il a su se montrer exceptionnel dans l’annonce de l’intervention au Mali (c’était clair, court, fort, inattendu et d’un niveau présidentiel), très moyen dans sa première réaction à l’affaire Cahuzac, désastreux dans sa déclaration sur Léonarda. Ses interviews par des journalistes sur les plateaux de télévisions laissent rarement un sentiment de clarté, de netteté, de décision – d’où la formule qui a fait florès selon laquelle il "n’imprimait pas". Pour ma part, je ne serais pas étonné que, face à des Français déçus et en colère, il puisse se montrer meilleur que face à des vedettes du petit écran.

Jean-Noël Dibie : Il est toujours plus aisé de communiquer lorsque l'on est en position de force. Pour autant une bonne communication peut permettre à un outsider d’émerger et même de renverser une tendance qui lui est défavorable.

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