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Hiver arabe : frileux s’abstenir
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Zone franche

En Égypte, les islamistes remportent 65% des suffrages. Après la Tunisie et le Maroc, on a beau être optimiste, ça finit par refroidir un peu tout de même…

Hugues Serraf

Hugues Serraf

Hugues Serraf est écrivain et journaliste. Son dernier roman : La vie, au fond, Intervalles, 2022

 

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Commencer à parler d’un "hiver arabe", c’est évidemment un peu facile au plan conceptuel. Mais le printemps du même nom n’ayant duré que ce que durent les roses, il faut bien faire évoluer les métaphores saisonnières…

Élections après élections, les aspirants à la liberté d’hier semblent déterminés à remplacer leurs tyrans laïques par des barbus aux objectifs flous. C’est la démocratie et l’on fait ce que l’on veut du bulletin de vote pour lequel on a parfois risqué sa vie, mais la déception est grande.

Et pas seulement pour le progressiste occidental ayant longtemps refusé cette idée de "l’autocrate comme seul rempart contre le fondamentalisme religieux bla bla bla" : en Tunisie, en Égypte ou même au Maroc ― qui n’aura même pas eu besoin d’en passer par un joli mois de mai un peu agité pour se retrouver propulsé directement en décembre ―, les démocrates locaux ont eux aussi une sacrée gueule de bois.

L’observateur optimiste, parce qu’il sait bien qu’une révolution est rarement une fin en soi et qu’une dose de Terreur fait souvent partie du processus, veut pourtant prendre son mal en patience. Tout va plus vite désormais, nous serine-t-on constamment, et le gros siècle qu’il nous a nous-mêmes fallu pour transformer l’essai de 1789 sera peut-être compacté en une petite décennie.

Et puis, le fameux modèle turc de "démocratie-musulmane", au sens de la placide démocratie-chrétienne de chez nous, c’est toujours une option, non ? En tout cas, il reste encore à prouver que les Frères musulmans feront pire qu’un Bachar al-Assad ou un Kadhafi…

Pour le pessimiste indécrottable, en revanche, celui qui perçoit mal le potentiel d’ouverture des salafistes égyptiens suggérant d’interdire les romans de Naguib Mahfouz parce qu’ils "encouragent le vice et la prostitution", c’est plus délicat. Dix petites années de ce régime, c’est court à l’échelle de l’histoire humaine, mais les coptes pourraient trouver le temps long.

Le printemps arabe, ça faisait chaud au cœur ; l’hiver ferait plutôt froid dans le dos. Mais bon, la frilosité, c’est juste un état d’esprit.

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