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Hadopi tient-elle ses promesses ?
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Culture numérique

Hadopi tient-elle ses promesses ?

Selon une enquête de la Hadopi dévoilée mardi 10 mai par Le Figaro, la riposte graduée mise en place produit déjà ses effets. Un succès ? Pas si simple...

Jean-Baptiste Soufron

Jean-Baptiste Soufron

Ancien Secrétaire Général du Conseil National du Numérique et Directeur du Think Tank de Cap Digital, Jean-Baptiste Soufron est aujourd'hui avocat chez FWPA Avocats

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Une récente enquête diligentée par l’Hadopi indique que la moitié des internautes français consomment plus souvent des œuvres culturelles légalement. Le raisonnement serait que la riposte graduée mise en œuvre par la Haute Autorité tiendrait ses promesses. Avertis par email ou par courrier, les sauvageons de l’Internet se transformeraient en gentils citoyens et accepteraient – enfin – de payer pour voir des films, écouter de la musique, regarder des séries télévisées, etc.

On est jamais assez fort pour ce calcul, mais pour ceux qui aiment les chiffres et les sondages, les résultats de cette étude sont disponibles ici.

On est donc très heureux pour les patrons de majors qui viennent de voir leur modèle économique relancé par l’action de l’Etat. On avait peur de se retrouver face à un nouveau « bouzin » numérique, mais tout est désormais fait pour nous rassurer. Nos voisins américains, anglais, italiens, allemands, japonais et autres nous regardent avec envie. Et Google qui s’apprête à lancer son lecteur MP3 virtuel serait sur le point de revoir sa copie.

Un sondage discutable

Nicolas Sarkozy lui-même avait reconnu « les maladresses » de l’Hadopi devant le Conseil National Numérique. La logique même du sondage commandité par l’Hadopi conduit à douter de ses résultats. Comment des internautes seraient-ils prêts à avouer leur téléchargement auprès de ceux-là même qui seraient susceptibles de les punir – qui serait assez bête pour tendre le bâton ?

Même si sa création était une demande forte de l’ensemble des acteurs culturels, l’Hadopi n’arrive pas encore à répondre à la question majeure : comment consommer la culture simplement, de façon moderne et à un prix raisonnable ? Il faut se rendre compte que même Le Monde consacre l'un de ses blogs les plus importants aux séries télé disponibles en téléchargement – parce que c’est la seule façon de les voir le lendemain du jour de leur diffusion aux Etats-Unis.

Quel arbitre entre l'industrie culturelle et le monde de l'innovation ?

Heureusement, de nombreuses startups s’attachent encore à innover. Mais pour un Deezer ou un Dailymotion qui réussissent à se faire une place, combien d’autres entrepreneurs innovants ont renoncé – et combien d’autres n’essaieront jamais ?

Et pourtant, selon les chiffres même de l’Elysée, Internet c’est 70 milliards d'euros, soit plus de 3,5% du PIB – plus que des secteurs clés comme l'énergie ou les transports ; 25% de croissance ; plus d'un million d'emplois directs ou indirects. 

Il y a donc certainement besoin d’un arbitre entre l’industrie culturelle traditionnelle et le monde de l’innovation. Reste à savoir si ce rôle est celui de l’Hadopi ou s’il ne relève pas plutôt d’autres instances existantes ou à venir, gouvernementales ou auto-régulées.

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