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Greta Thunberg science monde d'après pandémie covid-19 coronavirus environnement planète
Greta Thunberg science monde d'après pandémie covid-19 coronavirus environnement planète
©Odd ANDERSEN / AFP

Bonnes feuilles

Greta Thunberg au pays de l’après-Covid

Jean-Paul Oury publie « Greta a tué Einstein : La science sacrifiée sur l’autel de l’écologisme » chez VA Editions. À la faveur de l’urgence climatique, une jeune prophétesse incarnant l’idée universelle du Bien propage la vision messianique d’un avenir sombre. Ce totalitarisme mou, teinté d’anticapitalisme de combat, est érigé en système de pensée politique et morale au mépris des fondements de la raison cartésienne. Extrait 2/2.

Jean-Paul Oury

Jean-Paul Oury, Docteur en histoire des sciences et technologies, auteur de La querelle des OGM (PUF)

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Au moment où nous écrivons cette conclusion, des médias, de nombreux politiques et des idéologues ont commencé à s’interroger sur le concept du monde de l’après-Covid-19. Cette notion a émergé comme une évidence, après le séisme ressenti dans notre société chamboulée par la pandémie. Certains n’hésitent pas à faire de cette crise un jalon historique et on comprend pourquoi. D’aucun sont persuadés en effet que rien ne sera plus jamais comme avant.

Bien évidemment, chacun y va de sa théorie explicative et veut y voir une confirmation de ses thèses. Dans le chapitre sur la collapsologie, nous avons vu que les écologistes extrêmes utilisent cette crise qui a tous les signaux d’une forme d’« effondrement » pour confirmer leurs prédictions et semblent accueillir bien volontiers le chaos causé par l’épidémie, posant comme principe ce qu’ils affirmaient déjà et qui est – pour résumer – « on ne pourra plus faire comme avant ».

Notons également l’apparition de thèses loufoques, telles que « c’est la dégradation de la biodiversité qui serait à l’origine de la pandémie ». Une idée qui est sévèrement critiquée par l’écologue Christian Lévèque : après avoir rappelé que depuis toujours l’homme est en compétition permanente avec la nature pour déjouer les virus en perpétuelle mutation, il souligne qu’il y a un véritable danger à vouloir protéger la biodiversité et notamment une espèce comme la chauve-souris porteuse de nombreux virus : « On y a découvert des dizaines d’espèces de paramyxovirus sous des formes génétiquement très proches de paramyxovirus que l’on pensait spécifiques à l’homme, ce qui, disent-ils, compromet les espoirs d’éradication de certaines maladies humaines comme la rougeole, mais aussi la rage… Bref, protéger les chauves-souris c’est en quelque sorte entretenir une bombe à retardement ! » Aussi, selon, l’auteur de l’ouvrage La Biodiversité, avec ou sans l’homme, les conservationnistes manquent parfois de cohérence et devraient répondre clairement à la question « Comment gérer la conservation de la biodiversité tout en protégeant la santé des hommes, des animaux domestiques et des plantes cultivées ? » Quant au message subliminal qu’ils diffusent selon lequel c’est parce que les hommes détruisent la biodiversité « que nous libérons ces forces obscures que sont les virus… donc il faut protéger les régions encore sauvages que nous détruisons de manière irresponsable ! Ne nous y trompons pas, c’est une manière d’occulter le rôle de la biodiversité dans cette pandémie, en reprenant la litanie bien connue de la culpabilité de l’homme ! Sauf que… il n’y a aucune démonstration convaincante de ces affirmations qui relèvent de la spéculation. » Alors que la véritable raison relève donc de la promiscuité entre l’homme et certains animaux sauvages ; si on observe une recrudescence des endémies, cela est dû « au fait que les échanges internationaux qui se sont accentués pour les hommes et la biodiversité permettent la circulation rapide de pathogènes qui restaient autrefois localisés. »

Étonnamment, on n’a pas entendu Greta Thunberg donner son analyse au début de la pandémie. Mais c’était pour mieux se rattraper par la suite, puisqu’à la fin du mois d’avril 2020, elle a lancé avec son mouvement Fridays for future une grève virtuelle pour dénoncer « les failles sociales, économiques, environnementales et sanitaires de notre système ». Cette initiative lancée en partenariat avec Greenpeace réclame des mesures « pour qu’aucun soutien ne soit accordé aux entreprises et aux activités qui vont à l’encontre de l’accord de Paris sur le climat et des plans européens et internationaux pour la préservation de la biodiversité ».

La question qu’on aimerait poser à la jeune fille ou tout du moins à l’équipe de communicants qui la manipule et aux groupes d’intérêts qu’elle représente, c’est : quelle place donnerez-vous à la science dans ce monde de demain ? Faudra-t-il continuer de faire l’école buissonnière pour montrer qu’on n’a pas besoin de davantage de savoir, ou, au contraire, faudra-t-il changer d’attitude et faire un geste fort en invitant les jeunes à être plus assidus sur les bancs de l’école – et non pas faire la grève – pour relever les défis permanents qui attendent l’humanité au tournant ?

Ayant vu que « le mouvement Greta » instrumentalise nos angoisses et incarne l’éthique Jonassienne qui nous commande d’avoir peur de l’innovation scientifique et technologique et de ses conséquences irréversibles sur l’environnement, on n’est pas trop en peine pour deviner qu’elle risque de camper sur son injonction : « Je vous avais prévenu, il fallait avoir peur ! Vous n’avez pas eu suffisamment peur, vous en payez désormais les conséquences. » Le fait qu’elle saisisse la première opportunité pour relancer son mouvement en visioconférence et appeler à une grève virtuelle en est la preuve.

Or pour revenir à la philosophie de Jonas, rappelons que cette éthique pose en principe la toute-puissance de l’humanité sur la biosphère, du fait de la capacité démiurgique de la science. Or, il suffit de voir avec quelle force la pandémie a fait des ravages dans les populations pour se persuader que la science et la technologie sont bien faibles et que cette pétition de principe n’a pas grande valeur. À un tel point que la thèse de l’homme maître et possesseur de la nature semble avoir pris du plomb dans l’aile.

Pour se persuader que la croyance de la toute-puissance sur la nature est exagérée, il suffit d’ouvrir les yeux et de regarder le déroulement de la pandémie et comment un événement que nous ne contrôlons pas a cloué par terre la civilisation, en l’espace de quelques semaines. Et il ne s’agit pas simplement de la problématique de trouver rapidement des solutions pour contrôler l’épidémie et soigner les malades. Les pays ont développé des stratégies diverses et variées avec plus ou moins de succès. Mais d’une manière générale on a vu l’importance de l’innovation technologique dans la résolution des problèmes. Si on s’interroge sur les pays qui ont le mieux résisté face à la crise on s’aperçoit que le respect de certaines mesures essentielles et parfois évidentes telles que l’hygiène, le port du masque, anticiper la crise au bon moment… des mesures sociales et politiques qui se révèlent parfois très efficaces ; mais d’autres mesures impliquent davantage de technologie tels que la pratique massive de tests pour pouvoir se distancier socialement et méthodiquement.

La Chine n’a pas eu un comportement vertueux en cachant l’épidémie plus longtemps que de mesure, mais il est indéniable que le recours à des technologies de pointe par ce pays a joué un rôle fondamental dans la lutte contre la pandémie et la recherche d’une voie de sortie. Toute une panoplie a été déployée pour détecter et surveiller les individus contaminés par le virus. « La société de reconnaissance faciale Megvii a installé un prototype de mesure de la température en utilisant la reconnaissance faciale dans un quartier de Pékin : caméras infrarouges pour mesurer la température corporelle dans les lieux publics, assistants à reconnaissance vocale capables de traiter 200 appels téléphoniques en cinq minutes et pouvant assister les hôpitaux dans leurs tâches de dépistage, applications pour vérifier si vous avez été en contact d’un malade, reconnaissance faciale… et d’autres » nous explique Eric Van Vaerenberg, un expert belge des questions asiatiques. À cela s’ajoute que la Chine dispose d’équipement de médecine de pointe. On sera bluffé par le projet de Health Code, un QR code de couleur verte, orange ou rouge, selon le degré de danger qui fait office de laissez-passer pour toutes les tâches de la vie quotidienne : faire ses courses, aller au travail, prendre les transports : « Le code vert autorise tout accès, l’orange une quarantaine préventive de sept jours, et le rouge oblige à un confinement total de 14 jours, correspondant à la durée d’incubation du virus. L’application qui compte 900 millions d’utilisateurs, se présente comme un module d’Alipay et est le fruit d’une collaboration entre groupe privé et autorités gouvernementales. »

Il est inutile d’insister sur le fait que la science et la technologie sont impliquées dans la course aux vaccins et au traitement adéquat. Même si, comme nous l’avons vu au travers de l’épisode Didier Raoult, la science n’englobe pas la médecine qui garde sa spécificité, dans ce sens qu’elle est une pratique dans laquelle le médecin a affaire à une « pathologie subjective ». De fait on comprend que tous les experts se soient trompés dans leurs analyses du Covid qui est une nouvelle maladie. Mais on perçoit aussi la nécessité pour la science de grignoter toujours un peu davantage les prébendes du médical. Les débats autour de Didier Raoult reflètent cette tension permanente entre la volonté hégémonique d’une science toute puissante et les points faibles d’une médecine qui s’améliore de jour en jour, mais ne possède aucune garantie face à l’imprévisibilité du vivant et sa virulente capacité à générer des pathologies, qui, au regard de demain, restent définitivement subjectives et inconnues.

Partant de ces considérations, c’est donc bien une fois de plus le recours à la science et à la technologie qui est la solution et pas l’inverse, même si elles ne peuvent pas tout. Ceux qui ne le font pas, en revanche, encourent de graves problèmes et se mettent dans une situation plus compliquée que les autres. Ainsi la solution ultime qui est le confinement généralisé, abrupt et indifférencié peut entraîner d’autres externalités négatives, telles que, par exemple, une crise économique, la rupture de la chaîne alimentaire et même des black out électriques.

C’est ainsi que l’OMS, la FAO et l’ONU ont fait part de leurs craintes dans une déclaration commune, ils ont affirmé : « L’incertitude sur la disponibilité des aliments peut déclencher une vague de restrictions à l’exportation, créant une pénurie sur le marché mondial. (…) Au milieu des blocages du COVID-19, tous les efforts doivent être faits pour garantir que les échanges commerciaux circulent aussi librement que possible, en particulier pour éviter les pénuries alimentaires. » Cela devrait faire réfléchir une fois de plus les apôtres de la décroissance. Nous rappelions comment l’idéologie soviétique avait pu être à l’origine des famines en Ukraine au travers du Lysenkisme, nous voyons ici qu’on peut vider les rayons des commerces de bien d’autres manières. Le système agro-industriel est très fragile. Et tout imparfait qu’il soit, la logique voudrait que l’agriculture s’investisse encore davantage dans les solutions qui nous permettent de manger à notre faim et n’ait pas à subir sans cesse les affres de l’agri-bashing. Ces arguments qui sonnaient creux à nos oreilles il y a encore quelques mois risquent désormais d’avoir toute l’attention de nos ventres quand ceux-ci seront vides. Comment ne pas prendre au sérieux des solutions qui permettent d’accroître les rendements et d’assurer les besoins de la chaîne alimentaire (NBT) tout en respectant le cadre environnemental qui permet de garantir la durabilité (Smart Agro) ?

Autre secteur stratégique qui risque d’être impacté et qui joue un rôle essentiel pour le bon développement de notre société : celui de l’approvisionnement en énergie. On est surpris de voir qu’en pleine période de crise, la priorité du gouvernement français est de maintenir ardemment son soutien à l’ensemble des projets d’énergies renouvelables. Élisabeth Borne, Ministre de la Transition écologique et solidaire, a réuni par audioconférence les acteurs de la filière des énergies renouvelables électriques pour leur annoncer que des délais supplémentaires seront prévus pour les projets et le maintien des tarifs d’achat. Plus de 288 nouveaux projets dans le secteur des ENR ont été désignés. Dans une période de pandémie, quelle urgence y a-t-il à subventionner des sources qui ne sont pas rentables et ne peuvent répondre à la demande ? On voit d’ailleurs que les fournisseurs d’énergie ont compris où se trouvait leur intérêt. C’est ainsi que Total, fournisseur d’énergie et concurrent d’EDF, a réclamé l’activation de la force majeure sur l’électricité nucléaire. « Ce dispositif d’accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh) permet aux fournisseurs dits alternatifs de s’approvisionner en électricité nucléaire auprès d’EDF à un prix préalablement fixé. » Ainsi alors que les marchés se sont effondrés ce dispositif permet aux concurrents d’EDF de rester compétitifs. Bref un exemple qui montre bien qu’avec la pandémie qui frappe, nous touchons du doigt la réalité et des problèmes qui nous paraissaient secondaires deviennent prioritaires. Autre sujet beaucoup plus grave : le black-out électrique. Ainsi au cœur de la crise du Covid, Fatih Birol, Directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Énergie a évoqué le risque accru de black-out en période de faible consommation électrique. Et ce, pour une raison qui est que « la part d’énergies intermittentes est augmentée du fait de leur priorité sur le réseau et qu’on peut d’autant moins compter sur la flexibilité de la consommation industrielle pour rétablir l’équilibre que cette consommation est réduite ». Fin novembre 2020, Barbara Pompili, Ministre de la transition énergétique, a elle-même évoqué la possibilité de blackout en France.

Ces quelques observations laissent à penser que le bon sens voudrait que la pandémie soit l’occasion pour les scientifiques de redorer leur blason auprès de l’opinion. À la suite des actions répétées des mouvements antiscience sur des totems, tels que les OGM, le nucléaire, les antennes relais et le glyphosate, la réputation prométhéenne de la science a été ternie. C’était d’autant plus évident, que les cibles visées n’apportaient pas une utilité directe et visible au public et que celui-ci n’avait aucun moyen de vérifier les énoncées à charge portant sur l’infiniment petit (gènes, atome, ondes et molécule) ; qui plus est, les « scientifiques qui sont censés avoir réponse à tout » ont été mis dans l’embarras par une interprétation absolutiste du principe de précaution.... Ne répondant pas à la question qu’on leur posait, ils ont laissé la porte grande ouverte à l’idéologie.

Un nouveau paradigme a alors vu le jour avec la transition écologique et ce label ultime que nous avons appelé le « made in Nature », sorte d’étiquette qui, lorsqu’elle est apposée à un produit ou un service, suffit à générer spontanément de la confiance et évacuer tous les doutes. Mais cette « ruse » marketing montre parfois ses limites… et la confrontation à la réalité de la pandémie renforce encore davantage ce sentiment : le bio n’est pas au-dessus de tout soupçon et, en période de disette, sa rareté qui se double souvent d’un prix élevé risque d’être encore plus en compétition avec le prix de la vie renchérie et que dire des pénuries alimentaires à venir si un confinement revenait de manière épisodique ? Les énergies renouvelables ne faciliteront en rien la vie des citoyens déjà durement impactée par la crise économique concomitante à la pandémie : seront-ils partant pour continuer de sponsoriser la transition énergétique alors qu’on sait qu’une énergie abondante et accessible est la condition de possibilité pour une sortie de crise rapide et qu’à défaut de celle-ci, le risque de black-out s’en trouve accru… un raisonnement qui vaut pour le véhicule électrique ; quant aux « placebos », dans un tweet qui a fait le tour du monde, la firme US de Boiron a annoncé que l’homéopathie n’avait aucune vertu thérapeutique contre le Coronavirus et a déconseillé son usage ! Les temps risquent donc de devenir difficiles pour les gourous de la transition made in Nature .... Et on peut se douter qu’ils ne manqueront pas d’appeler l’idéologie à leur secours.

On peut comprendre qu’en période de croissance, alors que les consommateurs sont repus et disposent à satiété de gadgets, les technophobes et collapsologues réunis peuvent facilement créer l’illusion en vantant les vertus de leurs offres qui viennent combler le manque de valeurs spirituelles ambiant de la société de consommation… Une illusion qui risque vite de s’évanouir en période de disette… et les petites imperfections que nous avons révélées (absence de qualités justifiant un rapport qualité-prix médiocre, énergie non pilotable, recours à des matériaux rares, absence d’effet démontrable…) risquent de faire surface au grand jour. Les consommateurs demanderont peut-être alors des comptes.

Mais si les solutions « made in Nature » semblent bien mal parties pour répondre aux nouveaux défis qui attendent la société de l’après Covid-19, cela n’empêche pas les idéologues du « Nature Uber Ales », les prophètes de malheur et autres apôtres de la décroissance, de venir déjà prêcher par avance, pour leur paroisse et alors que les corps fument encore, de crier dans les micros qui leur sont tendus, qu’ils l’avaient bien dit et que la vengeance de Gaïa a été terrible, mais que nous l’avions bien cherché.

Preuve, s’il en est, du caractère idéologique de leurs affirmations : alors qu’à l’évidence, la réalité nous montre qu’il faut encore davantage de connaissances pour améliorer notre rapport à la nature, comprendre les maladies, améliorer notre système de production agroalimentaire et notre système énergétique, eux, campent sur leurs points de vue ; et fait très paradoxal, « appellent à soigner la décroissance causée par la pandémie » par… encore plus de décroissance ! Ou autrement dit de répondre à la « décroissance subie » avec des solutions qui seraient, elles, labellisées par une « décroissance voulue » .... Est-on certain que les Français soient prêts à abandonner leur confort ? Ont-ils bien toutes les cartes en main pour répondre à cette question ? Certaines anecdotes du confinement laissent à penser que non. En effet, pour faire face à la pénurie de travailleurs saisonniers venus de l’étranger à la suite du Covid-19, les agriculteurs ont recruté plus de 200 000 volontaires. Or on a rapporté de nombreux abandons de ces personnes qui ne s’attendaient pas à une telle difficulté en allant travailler aux champs… Il ne s’agit ici que d’un travail de saison. Que serait-ce, alors, s’ils devaient y travailler pour de bon ?

Or si les fruits de la croissance nous ont permis de vivre dans une bulle où ont vu le jour une quantité d’idéologies – dont la plupart sont nées comme une forte réaction teintée de romantisme à la société de consommation – la pandémie a sonné le retour de la réalité et nous a mis face à une vérité ultime : seules la méthode scientifique et l’innovation technologique qui en découle sont susceptibles de nous apporter des solutions.

La crise générée par le Covid-19 est une occasion supplémentaire de vérifier que certains voudraient instrumentaliser notre rapport à la nature pour prendre le pouvoir. Certains qui revendiquent avoir un rapport particulier à la nature et qui prétendent connaître son plan et voudraient de ce fait qu’on les suive comme des guides ! C’est l’écologisme (écologie politique opposée à l’écologie scientifique) qui veut imposer une définition monopolistique du made in Nature.

À un moment où tout le monde s’interroge sur le monde de demain, on pourrait tout à fait imaginer que le combat politique oppose encore plus radicalement pro sciences et déclinistes. Ceux qui s’engagent politiquement pour que l’on continue dans la voie tracée par les Lumières et avant eux encore ceux qui ont toujours cru à l’innovation, et ceux qui veulent, au contraire, freiner le développement de l’humanité. On pourrait alors imaginer une confrontation entre deux mouvements politiques inspirés respectivement de Greta Thunberg et d’un Steven Pinker… Chaque parti disposant d’un programme diamétralement opposé. Les Thunbergistes regroupant sous une même bannière les partisans de la décroissance et de la collapsologie et les Pinkeristes, ceux, du progrès scientifique et technique. Il n’y aurait pas de rapprochement possible entre ces deux camps, pas de conciliation imaginable, puisque le premier ne souhaite pas de manipulations du vivant, de fusion de l’atome, de chimie de synthèse ou encore, pour les plus acharnés, de dispositifs plus sophistiqués pour diffuser les ondes. Ils ne souhaiteraient pas non plus de NBT, d’agriculture intelligente et encore moins d’IA. En fait pour résumer clairement leur argument : ils ne voudraient pas de solutions efficaces sous prétexte que ces solutions permettent à l’humanité de croître davantage et donc seraient nuisibles à la Nature qu’eux seuls prétendent représenter.

À l’inverse, si ce sont les Pinkeristes qui prennent le pouvoir, alors il n’y aura aucun changement par rapport à la direction choisie dans le monde d’aujourd’hui et les recherches et applications entreprises sur les gènes, les atomes, les molécules et les ondes. Ce qui n’empêchera pas, que le bio pourra toujours avoir sa place, on travaillera sur l’amélioration des performances des énergies renouvelables (notamment du stockage de celles-ci), bien évidemment le véhicule électrique, et la médecine autorisera tout ce qui ne viole pas le principe de base primum non nocere (en premier ne pas nuire) et donc l’homéopathie. Tout ce qui comptera pour les Pinkeristes, c’est que la raison soit garante de ces choix technologiques et la durabilité et la sauvegarde de la nature entrent parfaitement dans le cadre des priorités de choix rationnels. De ce fait, on comprendra le recours à une agriculture toujours plus smart, des systèmes de production énergétiques toujours plus efficients et une IA toujours plus utile.

Le monde de l’après-Covid risque de nous plonger plus rapidement que prévu dans cette confrontation idéologique. Car comme on l’a vu, les positions se sont encore davantage radicalisées entre ceux qui tentent de défendre la nécessité d’un progrès scientifique et technique pour lutter contre la pandémie et ceux qui, au contraire, affirment que tout ce qui nous arrive est de sa faute. Le dialogue risque de devenir totalement impossible. Au cœur, de cette querelle qui n’a cessé de s’amplifier depuis des années, de nombreuses questions restées en suspens comme nous l’avons vu et une volonté de reprendre le pouvoir de la part de ceux qui prétendent que la Civilisation des Lumières par sa capacité à changer l’homme, mène celui-ci à sa perte.

Cette lutte entre les Thunbergistes et les Pinkeristes risque d’être terrible. Incontestablement les premiers disposent d’un avantage en matière de communication sur les seconds. Ils savent comment manipuler les foules. Les autres ont beaucoup de retard en la matière. Il leur faudra impérativement pour gagner cette élection, retrouver la confiance du public dans l’aspect démiurgique de la science. C’est bien ce dernier pour finir qui choisira dans quel monde il souhaite vivre en se laissant influencer par le plus convaincant. De fait, il n’a intérêt ni à se tromper ni à se laisser tromper. Voudra-t-il vivre dans une société qui consacre toute son énergie à améliorer les connaissances scientifiques pour combattre les virus ou dans une société qui sacrifie l’humanité sur l’hôtel de la Nature. Et ce n’est pas exagérer que de dire cela, ni même anticiper. Il suffit de se replonger dans une interview de Jacques Yves Cousteau, le commandant préféré des Français, pour s’en persuader :

« L’élimination des virus relève d’une idée noble, mais elle pose à son tour d’énormes problèmes. Entre l’an 1 et l’an 1400, la population n’a pratiquement pas changé. À travers les épidémies la nature compensait les abus de la natalité par des abus de mortalité. J’avais discuté de cette question avec le directeur de l’académie des sciences en Égypte. Il m’a dit que les scientifiques étaient épouvantés à l’idée qu’en l’an 2080 la population puisse atteindre 250 millions en Égypte. Nous voulons éliminer la souffrance les maladies, l’idée est belle, mais n’est peut-être pas tout à fait bénéfique sur le long terme, il est peut-être à craindre que l’on compromette ainsi l’avenir de notre espèce. C’est terrible à dire il faut que la population mondiale se stabilise et pour cela il faut éliminer 350 000 hommes par jour ».

Ceux qui choisiront de vivre dans un monde Thunbergiste ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas. Une dystopie qui augure d’un avenir sombre. Comment sortir de cette impasse ?

Reconnaissons-le, cette opposition a quelque chose de stérile et on se demande combien de temps l’humanité pourra vivre avec ce chiasme idéologique. Il est urgent de se débarrasser de toute forme de pensée destructrice pour revenir au bon sens et rouvrir le dialogue. C’est une remarque que nous nous appliquons à nous-mêmes et au titre provocateur de cet ouvrage. Nous l’avons voulu suffisamment accrocheur pour marquer les esprits. En fait, nous ne supposons pas un seul instant que la jeune Greta veuille faire du mal au vieil Einstein.... Certes, elle sèche les bancs de l’école, mais ne prétend-elle pas sans arrêt s’appuyer sur la science ? Sa grève exprime son refus de la version prométhéenne de notre civilisation avec toutes ses applications technologiques. Ce qui ne l’empêche pas de s’appuyer sur la science – en se référant aux modèles du GIEC – quand elle veut que nous ayons peur, et n’oublions pas qu’elle fait usage de toutes les nouvelles technologies, en matière de transport, de communication, d’énergie, d’alimentation comme chacun d’entre nous. De même nous l’avons vu certains néo-scientistes collapsologues, déclinistes et catastrophistes, affectionnent de s’appuyer également sur ces modèles pour prédire la fin du monde.

Quant au public, nous avons encore plein de bonnes raisons de croire qu’il vénère la science et ses nombreuses applications. Il suffit de voir l’intérêt pris par les foules dans les débats passionnés et passionnels sur le Covid, la Chloroquine, le Remdesivir et les vaccins. À bien y réfléchir, tout le monde attend quelque chose du monde scientifique. Peut-être sommes-nous allés trop vite en disant que le marketing écologiste avait fait tomber la civilisation prométhéenne de son piédestal et que Greta avait tué Einstein. C’est peut-être bien au contraire Einstein qui risque de tuer Greta… Reconnaissons toutefois à la jeune fille une vertu : elle, ainsi que toutes les ONG avant elle, ont permis l’ouverture d’un débat nécessaire et impératif qui est « Qu’est-ce qu’une bonne politique scientifique ? ».

Mais tous ont commis une erreur de jugement en pensant qu’en utilisant la science pour modifier son environnement, l’homme agissait contre la Nature. Au contraire, il ne fait qu’approfondir la connaissance de celle-ci et lorsqu’il la modifie cela n’en reste pas moins dans le cadre de possibles définis par elle et le plus souvent en s’inspirant d’elle.

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Extrait du livre de Jean-Paul Oury, « Greta a tué Einstein: La science sacrifiée sur l’autel de l’écologisme », publié chez VA Editions

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