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Il faudrait mettre la Grèce 
sous tutelle, mais on ne peut pas
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Dernière chance ?

Il faudrait mettre la Grèce sous tutelle, mais on ne peut pas

"La dette grecque est maintenant hors de contrôle", c'est le constat accablant d'une commission d'experts nommée par le ministère des Finances grec. Certains envisagent, pour le salut de la zone Euro, de mettre la Grèce sous tutelle. Est-ce seulement possible ?

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou

Nicolas Bouzou est économiste et essayiste, fondateur du cabinet de conseil Asterès. Il a publié en septembre 2015 Le Grand Refoulement : stop à la démission démocratique, chez Plon. Il enseigne à l'Université de Paris II Assas et est le fondateur du Cercle de Bélem qui regroupe des intellectuels progressistes et libéraux européens

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Atlantico : Comment expliquer que la Grèce, même avec l’appui du Fonds de soutien européen, ne puisse toujours pas restaurer l’état de ses finances ? 

Nicolas Bouzou : Les Grecs connaissent une forte récession. L’arithmétique d’une dette est assez simple : on ne peut la rembourser que lorsque les recettes fiscales (taux de croissance économique plus inflation) sont supérieures aux taux d’intérêts.

En France, on a une croissance économique d’une moyenne d’1,5% et une inflation de 2%, cela fait des recettes fiscales qui augmentent de 3,5% par an. Les taux d’intérêts sur la dette étant autour de 3%, nous sommes à la limite mais cela reste supportable. La Grèce connait aujourd’hui une récession de 5%. Cela veut dire que même si on leur prêtait de l’argent à un taux d’intérêt zéro, ce qui n’est bien sûr pas le cas, sa dette continuerait d’augmenter mécaniquement. Or, la Grèce, si elle s’endette aujourd’hui sur les marchés, s’endette à 15 ou 20% et quand elle s’endette auprès du Fond de soutien européen, c’est à un taux moyen de 5%.

Le comité d’experts a raison. A l’heure actuelle, la dette de la Grèce est insoutenable. Au minimum, si l’on était sérieux, il faudrait que le Fonds de soutien prête à la Grèce sans intérêts.

 

En quoi le fait que la dette grecque soit "hors de contrôle" est-il une menace pour l’Union européenne ?

C’est une menace pour l’Union européenne parce que les banques ont passé des dépréciations d’actifs sur la Grèce qui, je crois, ne sont pas assez suffisantes. C’est d’ailleurs l’idée qui est en train de tourner dans la tête des régulateurs internationaux. A partir du moment où la dette grecque est hors de contrôle, cela veut dire que l’on va avoir un défaut, sur une partie de la dette grecque, supérieure a ce qui a été provisionné, déprécié par les banques. Pour les créanciers de la Grèce, c’est quand même un vrai sujet d’inquiétude.

Dès le début de cette affaire, il aurait fallu prêter à la Grèce des sommes extrêmement importantes à des taux d’intérêts nuls. Plus on attend, plus cela sera compliqué à faire.

 

La dernière solution serait-elle de mettre la Grèce sous tutelle ?

Idéalement, oui, il faudrait mettre la Grèce sous tutelle. Mais on ne peut pas car les traités ne le prévoient pas. Théoriquement, on pourrait procéder de la même manière qu'en France où les collectivités locales peuvent être mises sous tutelle de l’Etat. L’Etat les financerait et les gèrerait totalement. En théorie, cela pourrait se passer comme cela mais comme l’intégration européenne en termes économique et financier n’est pas allée très loin, on a de grosses difficultés à intervenir sur le budget grec.

Là où il faut agir aujourd’hui, c’est plus sur la question de la croissance que sur celle du budget. Les Grecs, contrairement à ce que l’on peut dire, ont fait énormément d’efforts. Il est difficile de leur demander aujourd’hui d’aller plus loin en termes d’austérité. On voit bien que cela a, en plus, des effets négatifs sur la croissance.

 

Existe-t-il, selon vous, une solution efficace et rapide à prendre pour venir en aide à la Grèce ?

La Banque centrale européenne pourrait intervenir sur le marché des changes de manière à faire baisser l’Euro. Si vous faites baisser l’Euro de 20%, il est sûr que la croissance en Grèce, très assise sur le secteur touristique, repartira. Il faut jouer là-dessus pour faire repartir les recettes fiscales.

Politiquement, c’est très compliqué, des pays comme l'Allemagne s'y opposerait fortement. En Europe, Il y a une partie des pays qui a du mal à exporter avec une monnaie forte (les pays méditerranéens, dont la France) et une autre partie (Allemagne, Pays-Bas, Autriche) qui y arrive et qui, par conséquent, peuvent importer des biens de consommation et des matières premières, dans des monnaies qui ont dévaluées. Il faut faire comprendre à nos amis allemands que la survie de la zone Euro passe par un redémarrage de la croissance dans les pays qui sont aujourd’hui en perte de compétitivité.


Les décisions prises, jusqu'à présent, par les gouvernement européens vous paraissent-elles suffisantes ?

On est allé de déceptions en déceptions. On a toujours l’impression que les gouvernants n’ont pas pris la mesure de la crise. La dernière réunion Sarkozy-Merkel en est la preuve. Il aurait fallu des mesures techniques à prendre rapidement comme les euro-obligations ou comme l’expansion du Fonds de soutien européen. Au lieu de cela, des mesures extrêmement « cosmétiques » sont sorties des différents sommets organisés, comme la création d’un conseil d’un conseil des ministres des finances européens, qui, au passage, existe déjà.

Je souhaite que les gouvernants européens prennent enfin des décisions précises que l’on puisse appliquer rapidement.  Le contraire équivaudrait à renforcer le mal.

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