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A Athênes, "l'ambiance est globalement assez calme, mais il y a eu quelques violences autour du Parlement, probablement le fait de groupes anarchistes ou d'extrême-droite tentant de profiter de la situation".
A Athênes, "l'ambiance est globalement assez calme, mais il y a eu quelques violences autour du Parlement, probablement le fait de groupes anarchistes ou d'extrême-droite tentant de profiter de la situation".
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Indignez-vous, qu'ils disaient !

Grèce : "Le peuple a le sentiment d'être pris au piège"

En Grèce, alors que le nouveau plan d'austérité doit être adopté par les députés d'ici jeudi, les syndicats ont lancé ce mardi une grève générale de 48 heures. L'écrivain Yorgos Archimandritis nous raconte la situation vue de l'intérieur.

Yorgos Archimandritis

Yorgos Archimandritis

Yorgos Archimandritis est écrivain et journaliste.

Il est l’auteur de Mikis Théodorakis par lui-même (Actes Sud, 2011) et co-auteur, avec Danielle Mitterrand, de Mot à Mot (Le Cherche Midi, 2010).

En 2008, il a été nommé Ambassadeur Culturel pour la Présidence Française de l’Union Européenne, et a été promu en 2010 Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. 

 

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Atlantico : Quelle est la situation aujourd'hui à Athènes ?

Yorgos Archimandritis : Depuis mardi matin, des forces de l'ordre ont encerclé le Parlement pour contrer les manifestants, qui voulaient empêcher les députés d'y accéder pour voter le plan d'austérité. Toutes les rues du centre-ville sont fermées, tout est vide. Les coupures de courant sont fréquentes, plusieurs vols sont annulés... La seule chose qui marche, c'est le métro, pour que les manifestants se déplacent.

L'ambiance est globalement assez calme, mais il y a eu des violences autour du Parlement, probablement le fait de groupes anarchistes ou d'extrême-droite tentant de profiter de la situation. La police a répondu avec des gaz lacrymogènes, et l'atmosphère de la ville en est encore emplie. 

Que demandent ces "indignés" et ces grévistes ?

Il s'agit d'une opposition au plan d'austérité. Leur seul mot d'ordre, c'est de montrer la souffrance du peuple et de faire reculer le gouvernement, mais ça me paraît illusoire.

C'est la première fois que le peuple proteste aussi massivement contre quelque chose, que la citoyenneté prime sur les appartenances politiques : aucun parti n'est aujourd'hui en mesure de capitaliser sur le mouvement, à droite comme à gauche. C'est une situation inédite pour la Grèce : en temps normal, les gens espéreraient la chute du gouvernement. Mais là, on sent qu'il n'y a pas d'autre solution possible.

Ce qui domine, c'est la peur. Le peuple a le sentiment d'être pris au piège, et il s'agite pour se libérer sans vraiment savoir où aller. Tout le monde ne parle que de ça, et le climat d'incertitude et de panique est entretenu par les médias.

Que se passera-t-il, si le plan est finalement voté ? L'hypothèse d'un coup d’État militaire est-elle farfelue ?

Oui, totalement ! Même si l'on assiste aujourd'hui à l'un des plus grands rassemblements populaires depuis la chute de la dictature, en 1974, on n'a pas le droit de comparer les deux situations ! Nous sommes aujourd'hui dans une vraie démocratie.

Quant à l'avenir du mouvement des indignés c'est difficile à dire. Il dure depuis quatre semaines, mais que pourront faire les indignés une fois le texte voté ? Peut-être espèrent-ils des infléchissements de dernière minute de la part des députés...

Je pense que le peuple veut avoir le sentiment de s'être battu jusqu'à la fin. On assiste dans cette crise à l'émergence d'une nouvelle conscience citoyenne qui va changer la donne à l'avenir. Il manquait une cause commune à la Grèce, et ce mouvement, même s'il est sans issue immédiate, est l'occasion de poser les fondements d'une nouvelle société plus unie, d'inculquer de nouvelles valeurs à la jeunesse, qui n'est pas responsable de la situation actuelle.

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