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Le 29 mai, la Commission européenne rendra publiques les réformes de structure qu’elle attend de plusieurs pays, dont la France.
Le 29 mai, la Commission européenne rendra publiques les réformes de structure qu’elle attend de plusieurs pays, dont la France.
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Rencontre au sommet

Grand oral à Bruxelles : ce que Hollande devrait dire à Barroso pour vraiment le rassurer

François Hollande face à la Commission européenne au complet. Une rencontre exceptionnelle a lieu ce mercredi à Bruxelles afin de discuter des réformes structurelles réclamées aux Français par l'Union européenne qui, de son côté, devrait alléger les contraintes budgétaires.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico : François Hollande doit rencontrer le président de la Commission européenne Manuel Barroso, en préalable au sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne du 22 mai. Quels thèmes principaux devraient être abordés entre les deux hommes ?

Jean-Paul Betbèze : Selon moi, le sujet majeur est la situation globale de la zone euro, qui est à la traine de la reprise mondiale d’un côté, et victime des politiques économiques des régions qui sortent de la crise de l’autre. Les Etats-Unis, et plus encore le Japon, se lancent ainsi dans des politiques monétaires agressives pour faire baisser le dollar et le Yen, tandis que la Chine freine la montée du Yuan. Moralité, c’est l’euro qui est fort, avec une économie en récession ! La coopération internationale doit aller en outre au-delà des tensions sur les changes, pour lutter contre les autres distorsions de concurrence, au premier rang desquelles figurent les conditions de travail et la protection des brevets et des marques.

Ensuite, dans le cadre européen, il s’agit de voir comment mettre en place une politique de croissance, avec un soutien aux PME et à l’emploi des jeunes, autrement dit avec des financements spéciaux de la BCE et de la BEI. Ceci devant être mis en relation avec une politique de réduction graduelle du déficit public ! Cette politique doit être ainsi mieux coordonnée, entre pays d’une part, entre secteur privé à dynamiser et secteur public à moderniser de l’autre, au niveau européen les deux. Pas facile, pas d’autre voie.

Enfin, il est nécessaire de faire un point sur les tensions intra-européennes, sur les fiscalités, les brevets, l’union bancaire, et d’aider à valoriser la proposition franco-allemande en faveur des PME et des jeunes.

Le 29 mai, la Commission européenne rendra publiques les réformes de structure qu’elle attend de plusieurs pays, dont la France. L’objectif principal de François Hollande, à l’occasion de cette rencontre et du sommet du 22 mai, n’est-il pas surtout de rassurer ses partenaires européens ? Quels propos devrait-il tenir à Manuel Barroso pour rassurer Bruxelles sur la bonne marche des réformes françaises ?

Les réformes de structure, en France et ailleurs, sont surtout la flexibilisation du marché du travail et le renforcement du système de retraite. En même temps, il s’agit partout de renforcer les PME et d’homogénéiser les systèmes de concurrence, notamment fiscaux et sociaux. Le terrain de jeu homogénéisé du marché unique n’est pas encore là, ce qui affecte la France.

Pour ce qui concerne le fait de rassurer les partenaires européens, il est assez clair qu’une politique économique à l’Espagnole, avec baisse des salaires et récession, outre ses aspects sociaux, pourrait économiquement déstabiliser la zone euro dans son ensemble. On a vu, avec l’Italie, les limites de ce type de politique pour les gros pays. Ceci doit être compris. La France doit faire des efforts bien sûr, mais sa taille même rend dangereux un rythme d’ajustement trop important. Ceci ne veut pas dire qu’il s’agit d’un traitement spécifique, mais qu’il faut trouver une politique monétaire PME, couplée avec des formations adaptées pour les jeunes.

Quel est le plus grand défi de François Hollande : rassurer la Commission européenne ou convaincre une majorité de Français de la nécessité de ces réformes ? Quelle est pour lui la marche à suivre ?

Attention à ne pas défigurer la situation : la France n’est pas accusée de tous les maux, et Bruxelles n’est pas l’accusateur ! La France doit ainsi demander à Bruxelles de jouer un rôle plus net dans les débats actuels sur la concurrence mondiale, notamment dans la cadre de l’OMC. Il faudra donc accepter des tensions dans le débat sur la fiscalité internationale ou les droits de propriété.

Au fond, il est évidemment de l’intérêt de la France d’avoir plus de croissance. L’Allemagne a des marges de manœuvre, et son geste pour les PME et les jeunes va dans le bon sens : c’est ainsi qu’il faut avancer. On comprend bien que la croissance sera très faible cette année et l’année qui vient, il ne peut y avoir de miracle. Dans ce contexte, le risque est toujours la désunion, au sein de la zone euro, au sein du G20. Comment faire passer le message des réformes, sans la crainte de l’apocalypse (comme en Grèce) et dans la durée, sachant que le résultat met plusieurs années à se révéler ? C’est une question dont la solution passe par des actions et des messages coopératifs, bien plus coopératifs qu’aujourd’hui.

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