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Gilles de Robien : "On attend beaucoup plus de l'école, peut-être beaucoup trop, mais les critiques à son égard sont malheureusement justifiées"
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Rentrée scolaire

Gilles de Robien : "On attend beaucoup plus de l'école, peut-être beaucoup trop, mais les critiques à son égard sont malheureusement justifiées"

En exclusivité pour Atlantico, Gilles de Robien, ancien ministre de l'Education nationale, s'exprime sur la rentrée scolaire 2019 et sur la réforme de Jean-Michel Blanquer.

Gilles de Robien

Gilles de Robien

Gilles de Robien est un homme politique français.

Gilles de Robien a été ministre de l'Éducation nationale dans le gouvernement de Dominique de Villepin (de 2005 à 2007) et ministre de l'Équipement et des Transports dans les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin (de 2002 à 2005). 

Il a également été député de la Somme, de 1986 à 2002 et maire d'Amiens, de 1989 à 2002 et de 2007 à 2008.

 

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Atlantico.fr : En ce jour de rentrée scolaire 2019, quel état des lieux faîtes-vous de l'École ? Quelles sont les grandes difficultés qu'elle traverse et que la réforme de Jean-Michel Blanquer s'efforce de résoudre ?

Gilles de Robien : Globalement, l’école de la République dans  ses missions essentielles,  s’est  fortement dégradée depuis une cinquantaine d’années. Ceci n’empêche pas de saluer l’énorme travail qui s’y fait et le dévouement des acteurs. Mais c’est un constat : on attend beaucoup plus (trop ?) de l’école et les critiques, parfois injustes, sont malheureusement plus souvent justifiées : insuffisante maîtrise des savoirs, les savoirs fondamentaux sont ignorés par une trop grande partie des élèves, la maîtrise de la langue, la lecture, l’écriture, le calcul,  l’accès à la culture ne touchent qu’une partie de notre jeunesse ! Et l’autre partie sera livrée à l’isolement dans un monde qui évolue sans eux. Ceci creuse les inégalités sociales, la mixité sociale devient vœux pieux, les établissements sensibles connaissent des difficultés croissantes au détriment de tous. C’est une source de découragement pour les  équipes généreuses mais dépassées par un environnement qui rend très difficile, voire impossible, l’exercice de leurs missions. C’est une crise de la confiance dans l’école.

Jean-Michel Blanquer veut donc substituer à ce déclin, «  l’école de la confiance », ce qui représente un défi majeur : la société doit retrouver la confiance en ses enseignants et enseignements, avec la nécessité de retisser des liens entre le monde enseignant et la société, les dirigeants et les enseignants, les enseignants et les parents, bref, en restaurant un dialogue fécond pour redonner ou renforcer la foi des enseignants en leur mission. Ceci ne se décrète pas et les mesures vont dans ce sens, notamment la formation des enseignants, l’âge de la scolarité, la réduction des effectifs dans certaines classes etc…  Ce sont, dans l’ensemble, de bonnes mesures mais seuls les résultats nous diront si elles ont été suffisantes…

Dans le lent naufrage de l’école, quelle est la part qui revient au pédagogisme et aux méthodes qui ont été mises en œuvre bien souvent au nom de la lutte contre les inégalités et les discriminations et quelle est la part qui revient à la société elle-même (dilution de l’autorité, faible rémunération des profs etc...) ?

S’il y a tangage, il est très exagéré de parler de naufrage ! Evitons d’accabler l’école, de décourager ses acteurs et de contribuer à ses difficultés.

Oui, le pédagogisme ou Education (dite) « nouvelle », a fait et fait encore des dégâts dans l’Institution tellement ses auteurs ont réussi à imprégner ses rouages alors que tous les  pays avaient vu clair et abandonné ce dogme « symbole de l’égarement intellectuel » selon le professeur Dodin. (lire le livre de Carole Barjon : « mais qui sont les assassins de l’école ? »).

Quant à la vraie pédagogie, celle de la transmission des savoirs et des savoirs-être,  elle est au cœur du métier de l’enseignant, d’où la nécessité de FORMER davantage les enseignants à la fois dans la maîtrise de leur(s) discipline(s) mais aussi et surtout dans leur pratique pédagogique : la bienveillance n’exclut pas une véritable exigence.

Les méthodes actuelles sont en effet à réajuster ou à réinventer : elles pourraient être plus structurantes pour les professeurs comme pour les élèves.

Quant à la société, elle doit être l’alliée de l’école, redonner une vraie place à l’enseignant, lui accorder sa confiance, revaloriser son travail et lui donner les moyens de sa mission (par l’autorité, notamment). Même s’il ne choisit pas ce métier pour le salaire, le niveau de rémunération actuel est indécent de la part d’une société qui est exigeante ; de même l’évolution des carrières doit récompenser l’effort. La comparaison avec nos voisins nous fait honte. Enfin, la présence des enseignants dans l’établissement, les durées d’enseignement pourraient être une contrepartie, là aussi, comme chez nos voisins européens.

Etre alliée de l’école, c’est aussi revaloriser les diplômes, les enseignements techniques et professionnels tout en instaurant davantage de souplesse dans les choix des élèves car une erreur d’orientation à 15 ans doit se rattraper.

Etre alliée de l’école, c’est aussi offrir aux élèves des rencontres avec des professionnels à l’école et avoir des interlocuteurs compétents pour orienter ; ce sont souvent les professeurs qui s’en chargent et non formés à cette mission….

Dans une interview accordée à France Culture ce samedi, Jean-Michel Blanquer a déclaré qu'une des missions de l'Éducation nationale consistait à "lutter contre les injustices sociales, élever le niveau général de la population et donc de notre pays". Une part importante des difficultés que connaît l'École aujourd'hui ne réside-t-elle dans la surestimation de son pouvoir et la sous-estimation de celui d'autres institutions et acteurs (les parents en particulier) ?

Il faut d’abord savoir ce qu’on attend de l’école ? J’aime bien le terme – certains le  jugeront ringard- de Ministère de « l’Instruction Publique ». Voilà la mission de la République : instruire, transmettre, ouvrir le champ des curiosités, donner envie, affirmer et inculquer des principes. 

Eduquer, l’Institution n’en a pas le monopole : OUI, les parents ont un rôle essentiel. Et ils doivent assumer ce rôle sans se contenter de « confier » leurs enfants à l’école pour tout. L’Education Nationale n’est pas un sous-traitant. Notre société serait décadente si les familles oubliaient leur part d’éducation.

Mais on ne peut ignorer la détresse de certaines familles pour qui l’école est leur seule chance de voir leurs enfants s’en sortir. Alors l’école devient un acteur de lutte contre les inégalités, d’atténuation des injustices, de formation citoyenne avec des capacités d’adapter des offres d’enseignement à des publics divers, avec des classe allégées, des enseignements particuliers comme des ateliers-théâtre là où les élèves ont des difficultés à maîtriser la langue.

Nous sommes dans une période où notre société doit faire des choix cruciaux, exigeants et courageux pour son avenir. Ils passent tous par une plus grande responsabilisation de ses Institutions et de ses membres envers la mission d’éduquer.

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