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L'ancien ministre de l'Education, Gilles de Robien, le 22 mars 2007, à son ministère à Paris, lors d'une conférence de presse.
L'ancien ministre de l'Education, Gilles de Robien, le 22 mars 2007, à son ministère à Paris, lors d'une conférence de presse.
©JACK GUEZ / AFP

Violence dans les écoles

Gilles de Robien : « Les syndicats de l’Education nationale ont souvent l’impression que l’autorité est contraire aux valeurs de la gauche »

Suite à l’agression d’une enseignante à Combs-la-Ville, entretien avec l’ancien ministre de l’Education nationale.

Gilles de Robien

Gilles de Robien

Gilles de Robien est un homme politique français.

Gilles de Robien a été ministre de l'Éducation nationale dans le gouvernement de Dominique de Villepin (de 2005 à 2007) et ministre de l'Équipement et des Transports dans les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin (de 2002 à 2005). 

Il a également été député de la Somme, de 1986 à 2002 et maire d'Amiens, de 1989 à 2002 et de 2007 à 2008.

 

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Atlantico : Une enseignante a été bousculée dans un lycée à Combs-la-Ville en Seine-et-Marne, parce qu’elle ne voulait pas laisser un élève quitter sa classe. En tant qu’ancien ministre de l’Éducation nationale, quel regard portez-vous sur cette situation ?

Gilles de Robien : Cette enseignante est une victime et il faut sanctionner l’auteur de cette bousculade. C’est inadmissible et cela doit être sanctionné sévèrement. Je suis de tout cœur avec cette enseignante. Certains enseignants vont donner cours avec une certaine appréhension des problèmes qu’ils pourraient rencontrer et ce ne sont certainement pas les meilleures conditions pour enseigner. Pour elle et pour tous les professeurs, il faut donner une meilleure qualité de travail. Ce genre de phénomène de société ne peut pas ne pas avoir de réponse.

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Cette situation m’en rappelle une autre. Lorsque j’étais ministre de l’Education nationale, une jeune enseignante, Karen Montet-Toutain, avait reçu plusieurs coups de couteau par un de ses élèves. A l’époque, j’avais dit que ce n’était pas seulement un acte isolé, mais un phénomène de société, auquel il fallait répondre par des mesures supérieures à celles qui existaient. Je proposais notamment des portiques de sécurité pour les armes ou de la la présence policière dans certains établissements… et en civil comme au Royaume-Uni. Cela a suscité une levée de boucliers chez les partenaires sociaux et cela a été refusé par le gouvernement auquel j’appartenais. J’avais aussi demandé que dans certains établissements, il y ait des réunions de concertations entre les autorités judiciaires ou policières et l’établissement, cela a été mis en place. Nous en sommes arrivés là, car nous avons trop hésité et trop tardé à prendre des mesures d’autorité. L’autorité ce n’est pas l’autoritarisme. L’une des premières conditions pour être instruit, c’est d’avoir un milieu pacifié pour le faire. J’estimais que la sécurité était l’une des conditions impératives à remplir pour que l’acte puisse avoir lieu.

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Y-a-t-il, au sein de l’Education nationale, un problème d’autorité et de respect de l’autorité, à la fois de la part des élèves mais aussi des enseignants ?

Il y a un problème d’autorité dans l’Education nationale et dans le pays. La notion de respect devient, pour certains, complètement désuète. Il faut réinventer les règles du respect. Les formations des enseignants sous-estiment l’apprentissage de cette autorité, qui doit être enseignée au même titre que les matières que l’on va transmettre. Avoir de l’autorité, c’est inspirer le respect et en avoir pour autrui, savoir établir des règles entre le maître et l’apprenant. Certains enseignants et syndicats ont du mal à admettre que c’est une condition nécessaire, même si elle n’est pas suffisante.

Il y a beaucoup de démagogie, au moins en public, sur ces questions. Les syndicats ont souvent l’impression que l’autorité est contraire aux valeurs de la gauche, dans un certain angélisme qui était hostile à toute notion d’autorité. Pourtant, ce n’est pas un principe ringard. Depuis très longtemps, nous ne savons plus concilier la libération du rapport à autrui avec la nécessaire autorité pour un professeur.

Quels chantiers devraient être prioritairement entrepris pour améliorer la situation ?

Depuis des décennies, on constate la dégradation des notions d’autorité, de respect, et une tendance à mettre la poussière sous le tapis. Mais à la base de cela il y a, avant tout, la formation des maîtres. Elle ne s’est pas adaptée à l’évolution de la société. Ce n’est pas la qualité du diplôme qui permet de transmettre et d’éduquer, ce sont des qualités qui s’apprennent. Lorsque l’on parle des « maitres », des « hussards de la République » on véhicule quelque chose de fort. Au moment de la délivrance du diplôme devraient être testées l’expression orale, la maîtrise de soi, la pédagogie, etc. Ce n’est pas simplement du savoir. Aujourd’hui on titularise trop exclusivement sur des connaissances académiques et insuffisamment sur la capacité à savoir transmettre, éveiller, intéresser.

Il y a aussi, bien sûr, une question de recrutement. On peut décider jeune de devenir enseignant, mais a-t-on les aptitudes ? Peut-on les acquérir ? Cela doit être contrôlé, pour le bien des enseignants et des élèves.

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