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En réclamant une ponction de 10% des avoirs des déposants chypriotes, l'Eurogroupe a totalement paralysé le système bancaire de l'île.
©Reuters

Age de pierre

Gestion de la crise chypriote : comment faire basculer un pays 50 ans en arrière... et peut-être pour de bon

En réclamant une ponction de 10% des avoirs des déposants chypriotes, l'Eurogroupe a totalement paralysé le système bancaire de l'île, voire provoqué sa ruine. Les autres pays de la zone euro en paieront aussi les conséquences.

Joseph Leddet

Joseph Leddet

Joseph Leddet est économiste et consultant financier indépendant. Il intervient par ailleurs régulièrement dans les médias (presse écrite, radios, télévisions…), et il publie le bimensuel la « Gazette des Changes » depuis une douzaine d’années.

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En l'espace de quelques jours, l'Eurogroupe aura réussi un triple exploit : braquer contre lui la totalité de l'opinion publique chypriote (en décrétant une ponction immédiate, brutale et arbitraire de près de 10% des avoirs des déposants), paralyser l'ensemble des services bancaires du pays (retraits en liquide, paiements par carte bancaire, virements internationaux) et précipiter la ruine du secteur bancaire (cotation rétrogradée, méfiance généralisée, retraits massifs à venir) et par la-même celle des épargnants.

L'Eurogroupe aura ainsi révélé son vrai visage : celui d'un aréopage de pompiers pyromanes, capables de provoquer les pires catastrophes au nom de l'intérêt collectif. Incendiaire en chef, M. Mario Draghi, président de la BCE, qui aurait pu d'une pichenette, d'une simple déclaration officielle, régler la minuscule question des 6 milliards d'euros à trouver pour Chypre ; il n'a pas voulu le faire, et il a mis au contraire de l'huile sur le feu, en menaçant l'île de lui couper les vivres si elle ne se soumettait pas aux fourches caudines des eurocrates ; chef-adjointe, Christine Lagarde, directrice générale du FMI, institution toujours prête, quand elle le peut, à enfoncer les petits pays pour les tenir à sa botte, sous prétexte d'orthodoxie monétaire et budgétaire ; puis le reste de la bande, les dix-sept ministres des finances de la zone "euro", avec à leur tête l'allemand Schäuble suivi comme son ombre par le français Moscovici, tous deux désireux de "donner une bonne leçon à ce pays de voyous".

Conséquence probable de cette coupable inconséquence : dans les jours qui viennent, Chypre risque de retourner à l'âge de pierre en matière de moyens de paiement, avec une pénurie totale d'argent liquide et l'impossibilité de régler les achats par chèque ou par carte bancaire (il restera quand même encore le troc...) ; tout cela a de forte chances de déboucher sur des manifestations de rue, et aussi de dégénérer en émeutes violentes.

Et la contagion s'étendra forcément aux pays voisins, dans la mesure où les banques chypriotes, dont le total de bilan atteint 150 milliards, viennent - comme le pays - d'être drastiquement décotées par les agences de notation, et sont donc absolument incapables de se refinancer sur les marchés ; leur faillite provoquera par effet-domino celle de plusieurs banques contreparties, européennes ou internationales.

Le seul rempart contre un tel danger serait que la BCE accorde à l'Etat et au secteur bancaire chypriotes une ligne de crédit illimitée ; cette libéralité, contraire à ses grands principes, risque de lui revenir un peu cher, beaucoup plus en tout cas que si dès la semaine dernière elle avait prêté ou donné sa garantie pour 6 milliards d'euros à Nicosie, ce qui aurait immédiatement calmé le jeu.

Affaire à suivre donc dans les jours qui viennent, sachant qu'aux dernières nouvelles, l'orientation retenue pour trouver cet argent serait cette fois-ci de ponctionner de 15% tous les comptes de dépôt supérieurs à 100 000 euros ; ce véritable racket légal mafieux signera à coup sûr, s'il se confirme, la mort de l'économie et de la finance chypriote, et précipitera encore davantage le phénomène de contagion européen.

Deux remarques à cet égard : d'une part, il est dommage qu'il n'existe pas de Tribunal pénal international de la finance, pour y traduire sur le champ tous les membres de l'Eurogroupe, Draghi, Lagarde, Schäuble et Moscovici en tête ; d'autre art, cette crise illustre cruellement l'excès de pouvoir accordé à une BCE qui refuse de défendre l'Europe unie ; bien utilisé, il aurait permis de régler le problème en deux coups de cuillère à pot ; mais mal utilisé comme dans le cas présent de saignée financière punitive, cet excès de pouvoir risque d'entraîner la décadence de tout un pays, voire même de tout son voisinage...

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