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Pierre Bérégovoy.
Pierre Bérégovoy.
©Reuters

De profundis

Génération obscène (suite) : le dernier homme de gauche s'appelait Pierre Bérégovoy…

Et c'est en raison de ses convictions qu'il s'est donné la mort. On n'en demande pas tant aux escrocs "de gauche" d'aujourd'hui. Mais un peu de pudeur de leur part serait la bienvenue.

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Le premier mai 1993, près de Nevers, Pierre Bérégovoy se tira une balle dans la tête. Il appartenait, selon l'heureuse formule du sociologue Sansot, aux "gens de peu". Les humbles. Les modestes. Les plébéiens. Non, il n'avait fait ni Sciences Po, ni l'ENA, ni HEC. Il avait commencé sa vie professionnelle comme postier. Il était de gauche et c'est peut-être pour ça qu'il avait choisi un premier mai pour mettre fin à ses jours.

Devenu Premier ministre de François Mitterrand, Pierre Bérégovoy eut à connaitre les splendeurs et les misères de la puissance. Il fréquenta les riches et n'en sortit pas indemne. Il bénéficia des largesses d'un douteux financier libanais, Samir Traboulsi. Et le prêt (un cadeau plutôt) d'un million de francs que lui accorda Roger-Patrice Pelat, un millionnaire proche de François Mitterrand, acheva de ruiner sa réputation. Il se retira chez lui dans le Nivernais et là-bas se tira une balle dans la tête. Pierre Bérégovoy était de gauche, il savait ce que les mots "mauvaise conscience" veulent dire.

Les arrogants petits marquis poudrés qui lui ont succédé n'ont pas, eux, d'états d'âme. Tout au plus s'en veulent-ils de s'être fait prendre. Jérôme Cahuzac, Aquilino Morelle, Sylvie Andrieux, Jean-Noël Guérini, Thomas Thévenoud ne rasent pas les murs. Ils plastronnent, parlent et se battent non pas pour sauver leur honneur, mais ce qu'il reste de leur carrière. Une génération obscène comme le dit si bien Michel Maffesoli…

Mais il n'y a que des noms de socialistes dans ma liste ? Et à droite alors rien ? Bien sûr que si, bien sûr que si… Mais il y a une différence fondamentale entre la droite et la gauche. La droite ne se prétend pas morale. La droite ne psalmodie pas tous les jours une prière larmoyante bénissant les pauvres qui sont au ciel. La droite ne dit pas sans cesse qu'il faut faire payer les riches. La droite n'est pas vertueuse. La gauche non plus, mais elle soutient contre toute vraisemblance qu'elle l'est

Il y a des milliardaires dits de gauche. Pierre Bergé en est un. Il passe pour être un des mécènes du parti socialiste (à gauche on dit "mécène", c'est plus chic et plus artistique). La loi sur le mariage gay est venue le remercier de sa générosité. Il est, entre autres obscénités, l'auteur d'une phrase mémorable : "les ouvrières louent bien leurs bras, alors les femmes peuvent bien louer leur ventre". A gauche, on a les milliardaires qu'on mérite…

Pierre Bergé est propriétaire d'une très luxueuse résidence à Marrakech. Jamais on n'y a vu François Hollande en vacances. Les apparences sont sauves. A gauche en effet, on ne déteste pas l'argent, mais on répugne à son spectacle : le vœu de chasteté n'est bien sûr pas respecté, mais ça se fait en catimini. Contrairement à la droite décomplexée dans ce domaine comme l'a montré Sarkozy en invitant les siens au Fouquet's.

La pureté affichée de la gauche, enfin de cette gauche-là, qui n'est pas celle de Pierre Bérégovoy, ne vaut pas mieux qu'un éphémère déguisement de carnaval. Mais il parait que François Hollande n'a jamais qualifié les pauvres de "sans-dents". On veut bien essayer de le croire. Mais là où on ne le croit plus, mais plus du tout, c'est quand il narre ses blessures au Nouvel observateur : "toute ma vie, je n'ai vécu qu'au service des humbles" !! Houlà, c'est un peu too much. Président de pacotille, lyrisme de pacotille… Chef d'Etat d'opérette, trémolos d'opérette… Mais reconnaissons au président de la République un amour certain pour les pauvres. Il s'acharne en effet à les multiplier depuis qu'il est au pouvoir.

Et n'oubliez pas : le A-book de Benoît Rayski, Le gauchisme, cette maladie sénile du communisme, est toujours disponible à la vente sur Atlantico éditions : 

Le gauchisme, cette maladie sénile du communisme

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