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Arnaud Montebourg et Cécile Duflot ont relancé la polémique autour du gaz de schiste.
Arnaud Montebourg et Cécile Duflot ont relancé la polémique autour du gaz de schiste.
©Reuters

Les bonnes vieilles méthodes

Gaz de schiste : la parabole de la réussite de l'exploitation du gaz de Lacq dans les années 1960

La polémique autour du gaz de schiste en France connaît un souffle nouveau : Arnaud Montebourg aimerait que des techniques d'exploitation plus respectueuses soient explorées, alors que Cécile Duflot oppose un "non" catégorique.

Florent Detroy

Florent Detroy

"Florent Detroy est journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles. Voir son site."
 
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Atlantico : Arnaud Montebourg et Cécile Duflot ont relancé la polémique autour du gaz de schiste (voir ici), l'un soutenant que des techniques d'exploitation "propres" devaient être explorées, l'autre s'y opposant. Cette opposition fait écho à la prise de position de Michel Rocard, selon lequel une telle exploitation ne poserait pas de problème au niveau environnemental au vu de l'expérience su "gaz de Lacq" (voir ici). Quel était le gaz en question, et quelle était la part de  vérité dans l'affirmation de l'ancien Premier ministre (et la part d'erreur) ?

Florent Detroy : Le gaz de Lacq reste d’abord dans les mémoires parce qu’il a assuré entre 40 et 50% de la consommation française dans les années 1950 et 1960. Mais les ingénieurs gardent à l’esprit  l’exploit technique que son exploitation a représenté. Le gisement était d’abord très profond, à 3000 mètres de profondeur, sous haute pression et sous haute température. Surtout, le gaz de Lacq était très toxique, chargé en hydrogène sulfuré qui attaquait l’acier des tuyaux. Cette dernière caractéristique a contraint la Société nationale des pétroles d’Aquitaine (SNPA), qui voulait exploiter le gisement, à demander à un sidérurgiste de créer un acier résistant. Le seul point commun avec les méthodes d’exploitation de gaz de schiste, c’est l’utilisation à l’époque d’un forage horizontal. C’est ce type de forage qui permet aujourd’hui d’exploiter les gaz de schiste. Par contre il est peu probable que l’autre technique phare des gaz de schiste, la fracturation hydraulique, ait été utilisée. A l’époque, les américains en sont encore à rechercher des technologies pour exploiter ces gaz de schiste. Et si la recherche va s’accélérer dans les années 1970 avec le choc pétrolier, la fracturation hydraulique ne va véritablement être au point qu’au milieu des années 2000.

Les avancées techniques effectuées grâce à cette exploitation du gaz de Lacq ont-elles permis à la France de s'assurer une avancée technologique, comme le dit Monsieur Rocard ? De même, les sociétés pétrolières françaises risquent-elles de se fermer des portes si elles font l'impasse sur le gaz de schiste ?

Outre la mise au point d’un métal résistant au gaz de Lacq, la SNPA a innové en créant une usine de désulfuration du gaz. Cette technique n’a pas engendré de bouleversement sur le marché du gaz à l’image aujourd’hui de ce qu’a provoqué la fracturation hydraulique, mais elle a témoigné des compétences techniques du groupe français. Aujourd’hui, la donne est différente. Total est un groupe privé, qui n’a pas besoin de l’aval de l’Etat pour conduire des recherches sur de nouvelles technologies de fracturation. La SNPA elle était publique. D’ailleurs, Total est bien positionné dans le monde pour exploiter les gaz de schiste, aux Etats-Unis et tout récemment en Angleterre notamment. Le gaz de schiste est un problème pour la France, mais pas pour les groupes français.

Des technologies respectueuses de l'environnement peuvent-elles être développées, comme le dit le ministre du redressement productif ? L'exploitation de gaz de schiste par Total en au Royaume-Uni permettra-t-elle à la société d'innover en la matière ?

Plusieurs technologies sont effectivement en train d’être étudiée, comme la stimulation au propane pur ou la fracturation électrique. Lafracturation par explosion et la fracturation par approche thermique en sont encore au stade expérimental. Le problème est que le gaz reste de toute façon emprisonné dans la roche, et qu’il faut créer un choc pour le libérer. Pour l’instant la recherche de Total a plus tendance à privilégier la réduction de la consommation d’eau ou de produits chimiques dans l’exploitation, plutôt qu’une technique alternative à la fracturation. Le Royaume-Unis peut être un bon test puisque le pays a suivi de très près les séismes provoqués par l’utilisation de la fracturation. Aussi, on constate que des pays comme l’Allemagne, s’ils ne sont pas opposés aux gaz de schiste, s’inquiète de la consommation en eau lors de l’exploitation. Des innovations technologiques plus vertes pourraient être bien accueillies en Allemagne, et peut être un jour en France.

Quelle est la quantité de gaz de schiste exploitable recelée par la France ? Selon les estimations, le pays pourrait-il accéder à l'indépendance énergétique ?

L’agence de l’énergie américain (EIA) a estimé l’année dernière que la France possédait desréserves potentielles de 3 900 milliards de m3 (contre 5 100 milliards estimées en 2011). Ces estimations laissent sceptiques beaucoup d’acteurs de l’énergie. La plupart répondent qu’on ne peut pas savoir tant qu’on a pas foré.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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