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Les épines du rosier 15)
La gauche, l'armée française
et l'Afrique
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Pamphlet

Les épines du rosier 15) La gauche, l'armée française et l'Afrique

Dans un pamphlet qu'Atlantico publie en feuilleton et alors que François Hollande fait figure de favori des sondages, Roland Hureaux a souhaité faire le point sur les grandes lignes des politiques passées et à venir des socialistes. 15ème épisode : La gauche et l' Afrique

Roland Hureaux

Roland Hureaux

Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local, et plus récemment à la Cour des comptes.

Il est l'auteur de La grande démolition : La France cassée par les réformes ainsi que de L'actualité du Gaullisme, Les hauteurs béantes de l'Europe, Les nouveaux féodaux, Gnose et gnostiques des origines à nos jours.

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On a, bien à tort, reproché à François Mitterrand sa politique africaine. Pour l’essentiel, il sut maintenir les liens privilégiés que la France avait gardés avec la plupart de ses anciennes colonies africaines, comme d’ailleurs, après lui, Jacques Chirac. Il renoua même utilement avec la Guinée. Pierre Messmer fait remarquer à juste titre que les interventions militaires françaises furent deux fois plus nombreuses sous Georges Pompidou et Valéry Giscard d'Estaing, que sous Charles De Gaulle, puis sous François Mitterrand que sous Giscard[1]. Vieux comportement de la gauche qui, comme pour faire oublier son héritage antimilitariste, est, une fois aux affaires, portée à en faire trop.

Parmi ces interventions contestées, celles du Rwanda. Peut-être était –il prudent d’aventurer la France dans un territoire qui ne faisait pas partie de son ancien domaine colonial ? On peut se le demander, mais contrairement à ce qu’une campagne d’opinion internationale répand, il y a peu de choses à reprocher à François Mitterrand. À aucun moment les soldats français n’y ont pris part à des crimes contre l’humanité, au contraire.

Il n’était pas illogique de soutenir à partir de 1990 un régime hutu majoritaire et francophile contre une entreprise de subversion menée par un petit groupe d’exilés tutsis minoritaires, partant d’un pays anglophone et soutenus en sous-main par les Anglo-Saxons. On peut seulement reprocher au chef d’État français d’avoir retiré son soutien à ses protégés à la suite des accords d’Arusha d’août 1993 que l’adversaire n’avait à l’évidence aucune intention de respecter, et de ne pas être intervenue immédiatement après l’attentat du 6 avril 1994 qui coûta la vie aux présidents du Rwanda et du Burundi et déclencha les massacres que l’on sait. Une intervention française à ce moment-là aurait limité les horreurs. Mais en temps de cohabitation, la liberté de manœuvre du président socialiste était bridée. L’opération Turquoise de l’été 1994 vint trop tard ; cependant , non seulement elle ne déshonora pas la France, mais même elle sauva l’honneur.

Dans ces affrontements que l’opinion a du mal à suivre, les Français, appuyant une des factions, se trouvaient confrontés à une autre faction directement appuyée par des conseillers américains et anglais. Une des ultimes confidences de François Mitterrand fut de dire à Georges-Marc Benamou : « Les Français sont en guerre, mais ils ne le savent pas. » Il s’en est fallu de peu que Français et Anglo-Saxons se combattent directement. Pour ne pas en arriver là, la France recula.

Confronté à une situation analogue au Kivu (Congo), en 1996, Jacques Chirac n’agit pas autrement.

À la différence de François Mitterrand, Lionel Jospin tourna le dos ostensiblement à l’Afrique pour laquelle il n’avait aucun commencement de sensibilité.

L’alignement atlantiste du parti socialiste est inséparable de ses réticences à maintenir l’appareil militaire hérité des deux premières décennies de la Ve République. Violemment hostile à la force de dissuasion, comme les Américains l’étaient aussi, dans les années soixante, François Mitterrand, ne remit pas cependant en cause cet instrument de l’indépendance nationale.

Si les crédits militaires furent à peu près maintenus par le président socialiste, le gouvernement Jospin se signala par un recul significatif qui, comme la constitution du consortium franco-allemand EADS, marquait une indifférence profonde aux conceptions classiques de l’intérêt national. La partie patriote de la gauche se retrouva en 2002 dans la candidature de Jean-Pierre Chevènement et Lionel Jospin fut ainsi légitimement écarté du second tour de l’élection présidentielle. On peut se demander ce qu’il restera encore de l’armée française si la gauche revenait au pouvoir.

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[1] Pierre Messmer, Après tant de batailles… Albin Michel 1998.

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