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Gary Cooper est de retour !
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Mort de Ben Laden

Gary Cooper est de retour !

L'exécution de Ben Laden s’inscrit dans ce que la tradition américaine a de meilleur. Celle où l’on voit le shérif solitaire venir à bout des tueurs...

Benoît Rayski

Benoît Rayski

Benoît Rayski est historien, écrivain et journaliste. Il vient de publier Le gauchisme, maladie sénile du communisme avec Atlantico Editions et Eyrolles E-books.

Il est également l'auteur de Là où vont les cigognes (Ramsay), L'affiche rouge (Denoël), ou encore de L'homme que vous aimez haïr (Grasset) qui dénonce l' "anti-sarkozysme primaire" ambiant.

Il a travaillé comme journaliste pour France Soir, L'Événement du jeudi, Le Matin de Paris ou Globe.

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Je suis grand amateur de westerns. Et parmi eux, il y en a un que j’affectionne particulièrement : Le Train sifflera trois fois. Dans une petite ville de l’Ouest, un shérif, incarné par Gary Cooper, va, seul, affronter un assassin et ses complices. Il demande qu’on l’aide car il pense ne pas être de taille. La ville terrorisée s’y refuse. Ses habitant se calfeutrent dans leurs maisons en attendant de voir qui sera le vainqueur ? Une très belle chanson accompagne cet exemple de lâcheté collective : “Si toi aussi tu m’abandonnes”... Finalement, Gary Cooper éliminera le tueur. Et, évidemment, la ville toute entière accoure pour l'acclamer. Écœuré, il arrachera son étoile de shérif et la jettera par terre.

Bien sûr qu’Obama n’est pas Gary Cooper. Bien sûr que l’Amérique est puissante. Bien sûr que les forces spéciales américaines sont un peu mieux équipées que le shérif du Train sifflera trois fois. Mais il n'empêche que ce que l’Amérique a fait en tuant Ben Laden, elle l’a fait seule. Elle n’a rien demandé à ses alliés européens. Elle n’a pas cherché le feu vert de l’ONU. Elle n’a pas quémandé la bénédiction de la Ligue arabe. Elle n’a pas supplié la Conférence islamique de lui accorder son aval. Elle a tué. Elle a bien fait.

L'Amérique n'a pas jeté son étoile par terre

J’entends bien que la mort du chef d’Al Qaïda ne mettra pas fin au terrorisme islamique. J’entends aussi qu’on parle de vengance. Et j’entends également des voix qui s’élèvent pour regretter que Ben Laden n’ait pas eu droit à ce qu’on appelle un “procès équitable”. Il n’y a là que des niaiseries paresseuses. L’Amérique a fait ce qu’il fallait. Ni pour éradiquer le terrorisme, ni par vengeance. Quand Obama l'Américain dit “Justice est faite”, il pense aux victimes, aux parents des victimes et à son pays, abominablement frappé en plein coeur. Avant lui, les Israéliens avaient procédé de la même façon après le massacre de leurs athlètes aux Jeux olympiques de Munich en 1973. Ils avaient identifié les assassins. Et, un par un, les avaient traqué partout dans le monde. Ça a pris des années. Et tous, sans exception, ont été abattus. Par vengeance ? Pour en finir avec le terrorisme palestinien ? Mais non. Comme l’a fait Obama, pour que les assassins sachent qu’ils ne sont pas les plus forts. Pour que les victimes soient honorées. Pour redonner de la fierté à leurs parents, à leurs proches et à leur peuple. On aurait bien tort d'oublier que le guerre est cruelle. Et à la guerre, on tue. Qui lèvera le glaive, périra par le glaive ! C’est dans la Bible, qui n’est pas un si mauvais livre.

A ce propos, une petite histoire arrivée à une amie proche. Prof dans un lycée de Sarcelles, elle avait, dans la cour de récréation, admonesté un gamin qui portait un t-shirt à l'effigie de Ben Laden (on a les héros qu’on mérite... ). Ses camarades l’avaient aussitôt entouré : “De quel droit vous l’engueulez !”. Elle avait répondu : “Je suis prof”. “”Et prof de quoi, madame ?”. “D’hébreu”, avait-elle rétorqué. Des ricanements et des insultes fusèrent. Un peu plus tard, elle fut, sur un ton amical certes, sermonnée par ses collègues enseignants : “Tu comprends, en tant que prof d’hébreu, t’aurais mieux fais de t’abstenir”. Elle en eut la nausée. C’est une petite, toute petite histoire, mais ça n’est pas sans rapport avec la grande. La prof d’hébreu a toutefois continué à donner ses cours. Elle n’a pas jeté son étoile par terre. L’Amérique non plus, donnant une autre fin au Train sifflera trois fois.

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