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Gabriel Cohn-Bendit :
"Il est temps d'exploser Les Verts
qui ont tué l'écologie"
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Règlement de comptes

Gabriel Cohn-Bendit : "Il est temps d'exploser Les Verts qui ont tué l'écologie"

"Aujourd'hui, nous incarnons souvent l'insoutenable légèreté de l'arrivisme", a lâché Daniel Cohn-Bendit dans un entretien à Libération en forme de réquisitoire contre la direction des écologistes et plus particulièrement Cécile Duflot. Un regard critique partagé par son frère Gabriel Cohn-Bendit.

Gabriel Cohn-Bendit

Gabriel Cohn-Bendit

Militant de l'éducation alternative.

Fondateur du Lycée expérimental de Saint-Nazaire.

Fondateur du Groupement des Retraités et Educateurs sans Frontières (GREF) et du Réseau Education Pour Tous en Afrique (REPTA).

Ancien militant du Parti Communiste Français et du Parti Social Unifié.

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Atlantico : A la veille du changement à la tête d'Europe Écologie-Les Verts (EELV), Daniel Cohn-Bendit déplore la baisse d’influence du parti qu’il attribue à l’ « arrivisme » de Cécile Duflot. Son bilan à la tête d'EELV est-il si négatif ?

Gabriel Cohn-Bendit : Je partage le point de vue de Daniel Cohn-Bendit. Aux élections européennes de 2009, Europe Ecologie, je dis bien Europe Ecologie et non Europe-Ecologie-Les Verts, avait réussi une percée historique en obtenant plus de 16% des voix. Un succès qui a entraîné toute une part de la société civile. Et puis, au moment des élections régionales de 2010, il y a eu une reprise en main du mouvement par l’appareil des Verts. Les résultats électoraux ont été très bons. Les écologistes sont arrivés devant le PS sur Paris. Dès lors, les dirigeants du parti ont pris « la grosse tête ». Cécile Duflot s’est vue maire de Paris et Jean-Vincent Placé a commencé à distribuer les places.

Pour la première fois les écologistes disposent d’un groupe à  l’Assemblée nationale et de deux ministres au gouvernement. Peut-on réellement parler de perte d’influence ?

L’accord qui a été signé avec le Parti socialiste était un bon accord. Mais il aurait fallu signer cet accord sans se présenter à l’élection présidentielle. Les résultats des législatives ne sont pas mauvais. Pour autant, il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas un mouvement d’adhésion. Les écologistes ont remporté des sièges parce que le PS a bien voulu faire place nette. Dans les circonscriptions où les Verts ne sont pas seuls, leur score est médiocre. Les écologistes ont des députés, des sénateurs et même des ministres, mais ils n’existent plus dans la société civile et dans l'opinion. Cécile Duflot peut toujours se gargariser d’avoir obtenu un groupe à l’Assemblée nationale, la vérité c’est que l’écologie politique est affaiblie. La décision qu’a prise l'ancienne ministre de l'Environnement, Nicole Bricq, d’arrêter les forages au large de la Guyane lui a coûté son poste. Les écologistes ont protesté, mais nous n’avons plus les moyens de nous faire entendre. C’est bien d’avoir des élus. Mais pour quoi faire ?

L’ambition d’EELV était de faire de la politique autrement. Aujourd’hui c’est la guerre des clans. Finalement EELV est-il en train de devenir un appareil politique comme les autres ?  

Exactement, Europe Ecologie représentait une force nouvelle ouverte sur l’extérieur. Les Verts par leur reprise en main ont sclérosé le mouvement. On ne peut pas faire de la politique autrement en se repliant sur soi-même, en revenant aux petites luttes de parti. Europe Ecologie Les-Verts est devenu un parti comme les autres. Comme le PS, qui a été dévoré pendant des années par ses luttes intestines. Pour un poste de député ou de Sénateur, les gens sont prêts à faire beaucoup de choses. Et Jean-Vincent Placé est très doué pour vendre des postes. Au moment de la composition du gouvernement Hollande, Les Verts étaient au moins 25 à revendiquer un poste de ministre ! C’est tout juste s’ils acceptaient qu'il reste quelques places pour le PS.

Il faut faire naître une force qui ne soit pas partisane et qui aille de José Bové à NKM. Il y a un vrai problème avec l’écologie politique. L’écologie ne dit rien sur l’école, sur la sécurité ou la retraite à 60 ans. Sur tous ces sujets, les écologistes ne sont pas forcément d’accord entre eux. Les Verts réduisent l’écologie à la gauche ou à l’extrême gauche et excluent donc beaucoup trop de monde. Il existe des écologistes de droite et de gauche. Il y a peut-être même des écologistes favorables à la peine de mort… C’est pourquoi il est difficile de créer un parti écologiste. Il faut créer une force politique qui soit transversale, qui dépasse les appareils. Un groupe de pression très puissant qui fédère les différentes associations. Mon rêve est de réunir sur la même tribune André Chassaigne, José Bové, NKM, et Chantal Jouanno

Durant l’élection présidentielle, Eva Joly a-t-elle été soutenue comme la corde soutien le pendu ?

L’immense majorité des écologistes n’ont plus envie de voter écologiste à la présidentielle depuis 2002 et l’élimination de Lionel Jospin au premier tour. La qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour a été un traumatisme pour ces électeurs. Ils ne veulent plus se retrouver dans cette situation quel que soit le candidat. Même si elle avait été mieux soutenue et meilleure candidate, Eva Joly n’aurait pas réalisé un bon score. Ce n’est pas un hasard si Jean-Luc Mélenchon a fait un moins bon score que prévu. Lorsqu’il est monté autour de 16%, les électeurs de gauche ont pris conscience qu’il pouvait représenter un danger pour François Hollande. Il est vrai qu’Eva Joly, par son tempérament agressif, n’a pas arrangé les choses. Mais il faut relativiser, tout le monde a trouvé Philippe Poutou ultra-sympathique, et personne n’a voté pour lui.

Daniel Cohn-Bendit était le candidat naturel du mouvement. N’a-t-il pas une part de responsabilité dans cet échec ?

Daniel Cohn-Bendit a  raté l’occasion de se présenter aux primaires du PS. Il aurait fait un bon score qui aurait permis de peser d’avantage. Cela aurait été une rupture totale avec l’appareil. Sans doute Daniel Cohn-Bendit n’en avait-il pas envie. Il ne voulait pas de la bagarre et la présidentielle n’est pas son « truc ».

Pascal Durand devrait succéder à Cécile Duflot. Est-ce un bon choix ?

Le bon choix pour succéder à Cécile Duflot, c’est celui qui cassera cette machine à perdre qu’est le parti. S’il veut casser cette machine, il ne sera pas élu. Et s’il est élu, c’est qu’il ne veut pas casser cette machine. Si on avait une force capable d’interpeller le Premier ministre sur le renvoi de Nicole Bricq du ministère de l’environnement, ce serait peut-être aussi utile que d’avoir 6000 élus.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

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