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Le G8 qui s'ouvre ce lundi à Lough Erne a pour thèmes principaux le commerce, la transparence internationale et la lutte contre les paradis fiscaux.
Le G8 qui s'ouvre ce lundi à Lough Erne a pour thèmes principaux le commerce, la transparence internationale et la lutte contre les paradis fiscaux.
©Reuters

Quand c'est flou, y a un loup

G8 : pourquoi les tensions sur les taux de change devraient jouer les invités mystères à Lough Erne (mais pourquoi on ne nous en dira rien)

Le G8 s'ouvre aujourd'hui en Irlande du Nord. Au menu de ce sommet : commerce, transparence et lutte contre les paradis fiscaux.

Dominique  Carreau

Dominique Carreau

Dominique Carreau est professeur émérite de droit international économique.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Le Fonds monétaire international : FMI (Pedone, 2009).

 

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Atlantico : Le G8 qui s'ouvre ce lundi à Lough Erne a pour thèmes principaux le commerce, la transparence internationale et la lutte contre les paradis fiscaux. Pourquoi ces thèmes se sont ils imposés cette année ? Était-ce justifié ? 

Dominique Carreau : Ce sont des thèmes qui ne sont pas nouveaux, car c'est l'administration Kennedy en 1960 qui avait soulevé pour la première fois le problème des paradis fiscaux, qui a ensuite été repris par l'OCDE. Lors du sommet du G8 en 2009, il y avait eu une décision de déclarer la guerre aux paradis fiscaux, qui s'était d'ailleurs arrêté lorsque la Chine – dont de nombreux citoyens sont "utilisateurs" – avait froncé les sourcils.

Quant à la question du retour de ces thèmes cette année, il y a d'une part la crise qui a laissé de nombreux Etats endettés et qui ne sont pas contre récupérer un peu d'argent ; il y a également les fuites de listes de clients de paradis fiscaux qui ont récemment été étalées sur la place publique. On a pu voir aussi que le Royaume-Uni s'était ému du fait que de grandes sociétés comme Starbucks ou Microsoft arrivaient à ne pas payer d'impôts dans le pays grâce à l'optimisation fiscale.

Quels en seront les enjeux "cachés" de ce sommet ?

Je crois qu'il y aura le problème de l'instabilité monétaire qui va être posé. La manière dont le yuan et le dollar sont sous-évalués et l'euro surévalué est une question majeure pour tous les circuits économiques. Il y aura des discussions dont on ne voudra cependant pas faire un étalage public, et il n'y aura probablement pas de communiqué commun.

Les G8 accouchent souvent de décisions consensuelles aux réalités concrètes décevantes. Qu'en sera-t-il cette fois ? Pourquoi le G8 ne parvient pas à être un événement majeur pour lancer de grandes réformes internationales ? Que faudrait-il changer ? 

Moi qui suis un vieux normand qui a déjà assisté à la reproduction des chevaux, je dirais que le G8 c'est un boute-en-train qui est là pour exciter la jument avant de laisser la place à l'étalon. Et l'étalon, clairement, c'est le G20. Depuis 2009 on a voulu élargir à vingt pays les grandes réunions internationales car on avait bien vu avec la crise que le seul G8 n'était pas assez représentatif. Maintenant, le G8 ne peut pas faire grand chose d'autre que d'émettre des propositions qui seront ensuite éventuellement validées par le G20. Le G8 reste, en gros, le sommet des "riches" et ne peut donc pas représenter la totalité du monde

Cela n'a donc plus de sens dans un monde de plus en plus multipolaire de faire des réunions à huit, surtout sur le thème de la transparence internationale ? L’aspect "petit comité" voue-t-il le sommet à l'échec ? 

On peut toujours se réunir en petit comité, rien ne l'empêche. Mais le G8 ne doit pas apparaître comme une sorte de "conseil de sécurité" économique et financier. Cette vision est terminée. Si le G8 émet des idées qui ne sont pas reprises par le G20, c'est l'échec certain. C'est une différence majeure avec les grands sommets économiques tels qu'ils existaient depuis trente ou quarante ans. Aujourd'hui il n'est plus accepté – et plus seulement par les Chinois – qu'un petit groupe de pays, même représentatif, puisse imposer sa position aux autres. On l'a bien vu en 2009 avec les questions fiscales, lorsque la Chine – qui ne fait pas à la base partie du G8 – a élevé un peu le ton, c'était fini.

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