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Le risque "financier" impose une révolution de la pensée
économique et politique
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Talon d'Achille

Le risque "financier" impose une révolution de la pensée économique et politique

Désormais accordés sur les moyens d'une sortie de crise, les regards des pays membres de la zone Euro se tournent vers la Présidence française du G20. Y aura-t-il assez de volonté politique pour répondre à la nécessité d'une régulation économique et financière ?

Hubert Rodarie

Hubert Rodarie

Hubert Rodarie est Directeur Général Délégué d'un groupe de compagnies d'assurance (SMABTP), en charge des finances et de l’activité d’assurance de personnes.

Son dernier ouvrage est paru aux éditions Salvator, Dettes et monnaies de singe, un système économique à renouveler (2011).

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Les évènements se succèdent, à un rythme rapide. Les annonces des uns et des autres au sujet des banques, ou des États entretiennent une inquiétude maximale.

Où va-t-on ? « Est-ce  une émeute ? Non, Sire, une révolution ».

Ainsi le propre des crises est de briser les certitudes. Le futur est incertain. Le temps est nécessaire. Il faut attendre, malgré l’angoisse, pour voir ce qui va se dessiner, une fois le brouillard dissipé. Temps et incertitude avec la crise ont été ainsi réintroduits de force dans le système économique mondial. Et pourtant, maîtriser les risques, c'est-à-dire éliminer le facteur temps, était et est encore le but prométhéen que se sont donnés les designers des systèmes internationaux, bancaires, financiers, de changes, et du commerce. Il leur faut tout contrôler et s’assurer qu’aucun retournement conjoncturel ne viendra remettre en cause la croissance et la prospérité du « doux commerce ».

Doit-on vivre cette crise comme une anomalie qui finira bien par se corriger ?

Ce serait fort dommage, car c’est une occasion de faire un point sérieux sur ce qui a conduit le système mondial à une pareille situation. Il y a à dire car des diagnostics pertinents ont été portés ici et là. Il faut lire, par exemple pour l’Europe, le rapport du groupe d’experts présidé par Jacques de Larosière (2009). Mais l’inertie est grande et les décisions prises restent limitées.

Tous les acteurs de la crise de 2008 sont encore là, et les avancées réglementaires, réelles certes, n’ont pas entamé les principes directeurs des organisations actuellement en déroute.

Il est trop facile aujourd’hui de concentrer les critiques sur les politiques, trois ans après les avoir sollicités. L’endettement est général et tous, ménages, entreprises, banques et États y ont cédé. 

Or, la désorientation est réelle car les outils intellectuels largement utilisés sont apparus insuffisants. Avec des scientifiques de diverses disciplines, depuis 2008, nous avons pu le mettre en évidence. Ces montagnes de dettes ont été jugées gérables par l’introduction, comme ADN des dispositifs, d’une conception de l’incertitude trop simpliste, structurant un futur lisse et sans rupture, qui permet de mesurer le risque.

Que reste-t-il de la crédibilité des solutions scientifiques apportées à la crise ?

Aujourd’hui, pas grand-chose face à la demande de stress tests, c’est à dire de l’évaluation des effets de ruptures sur les banques. Il serait donc inquiétant qu’après la tempête on en revienne aux habitudes antérieures.

Ce n’est pas qu’un débat de scientifiques. Les politiques et les citoyens demandent aux experts des certitudes scientifiquement établies sur la qualité de leurs dispositifs.

Or la façon actuelle de concevoir l’incertitude fonde, par exemple, la légitimité du Marché comme dispositif de valorisation. Aujourd’hui, peut-on soutenir sans rougir que les prix des actions observés en janvier 2007 intégraient les Krach de septembre 2008 et 2009, comme le dit la théorie ?

De même, cette représentation a justifié la révolution des normes "prudentielles" bancaires. Avec Bâle 2, on a reconnu que chacun pouvait mesurer son risque. De fait, la sécurité du système financier n’a plus été pensée globalement mais comme l’addition de celle de chaque établissement. Conséquences directes : la normalisation et la concentration. En effet, le contrôle dans un tel cadre impose d’aligner les comportements. Le conformisme arrive par le jeu de la préconisation des best practices ou de la règle dite « de la personne prudente », vite assimilée à la moyenne. Il n’y a plus de frein alors à la concentration au sein d’ensembles de plus en plus grands.

Les aléas financiers actuels doivent permettre l'établissement de nouvelles normes

Au total le système financier, aux acteurs concentrés et synchronisés, cumule les deux caractéristiques majeures des systèmes fragiles. Tout est alors en place pour faciliter l’amplification des chocs qui surviennent régulièrement, et imposer aux états d’intervenir pour encaisser les pertes.

Reconnaître que les aléas financiers ne sont pas des processus continus même en période calme, et admettre que les ruptures sont « normales », imposent un renouvellement profond des concepts fondateurs des organisations et des pratiques auquel il est urgent de s’atteler vraiment.

 

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