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François Mitterrand et François Hollande ont pour point commun d'avoir débuté leur présidence en commettant bon nombre de bourdes économiques et d'erreurs de diagnostic
François Mitterrand et François Hollande ont pour point commun d'avoir débuté leur présidence en commettant bon nombre de bourdes économiques et d'erreurs de diagnostic
©REUTERS/Stephane Mahe

D’un virage, l’autre

François Hollande se prend pour François Mitterrand mais il en est loin

François Mitterrand et François Hollande ont pour point commun d'avoir débuté leur présidence en commettant bon nombre de bourdes économiques et d'erreurs de diagnostic. Mais la ressemblance s'arrête là, car si le premier a su rebondir par pragmatisme, le second peine à la tâche.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Pour beaucoup de ses amis politiques, le virage social-démocrate de François Hollande qui traduit pour certains une sorte de métamorphose  ressemblerait  à s’y  méprendre à celui de François Mitterrand en 1982-83…

Les même amis, la garde rapprochée, promotion Voltaire pour la plupart, ajoutent que ce virage ne les étonne pas car François Hollande a toujours voué une admiration sans borne pour la méthode et la personnalité de François Mitterrand. Mais de là à penser qu’il remet ses pas aujourd’hui dans ceux de François Mitterrand, il y a un gouffre énorme dans lequel François Hollande est en  train de tomber.

A priori, il y a, c’est vrai, beaucoup de points communs entre le virage « libéral » de François Mitterrand et le virage « social-démocrate » de Françoise Hollande..

Tous les deux se retrouvent, deux ans après leur élection dans une situation économique  intenable. La croissance est faible, les finances de l’État sont catastrophiques, la dette ne cesse de croître, le chômage grimpe en flèche. Tous les deux vont, chacun à leur manière, comprendre qu' il leur faut assainir les finances publiques et s’appuyer sur les chefs d’entreprise pour relancer la machine sans augmenter les impôts.

Leur cheminement aussi est identique, les deux François vont faire chacun une campagne surréaliste, promettant un monde meilleur, une société différente, et en multipliant les promesses les plus démagogiques qui soient. Les deux François vont nier l’existence d’une crise structurelle profonde. François Mitterrand ne veut pas reconnaître, comme VGE avant lui, que le quadruplement du prix du pétrole a changé tous les modèles économiques  mondiaux et les rapports de force internationaux. François Hollande, lui, va nier la gravité de la crise  financière qui a dévasté l’Occident.

Pour terminer, les deux François gagneront en négociant des alliances politiques improbables  qui les obligent à supporter une idéologie impraticable. François Mitterrand va se marier avec le parti communiste et François hollande va se pacser avec les écologistes, le front de gauche de jean Luc Mélenchon et les derniers communistes qui restent sur le marché.

Enfin tous deux gagneront parce que la droite est incapable de s’organiser et que leur prédécesseurs (Giscard d’un côté et Sarkozy de l’autre se sont rendus insupportables.

Au lendemain de l’élection présidentielle, la météo est identique, il pleut des trombes d’eau, mais c’est un détail. L’important est que François Mitterrand et François Hollande vont chacun à leur époque payer leur élection en essayant de tenir quelques-unes des promesses qu'ils ont généreusement faites. Et ils vont les payer très chères en terme de dépenses  publiques : la retraite a 60 ans, le relèvement du SMIC, la politique familiale, les nationalisations pour le premier.

Le second va très vite augmenter les impôts, y compris les 75 % pour les très hauts revenus, allonger la durée d’indemnisation chômage, l’élargissement des avantages sociaux aux couples homosexuel mariés, etc. etc. Dans les deux cas on justifiera cette générosité en expliquant qu'outre le fait que ça correspond aux engagements de campagne, ça permet de soutenir la demande de consommation. Donc c’est bon pour la production de richesse.

Cette période d’euphorie sociale va dans les deux cas durer près de 2 ans, au terme desquels il n'y a aura plus un sou dans les caisses de l’État . Les déficits qui ont déjà augmenté (sous Giscard pour l’un et sous Sarkozy pour l’autre) deviennent abyssaux. la croissance n’est pas au rendez-vous. L’argent distribué s’est retrouvé en épargne ou en produits importés de Chine et d’ailleurs. Preuve que lorsque l'on soutient une conjoncture dans une économie développée, on soutient surtout les usines de Shanghai et les emplois chinois. Peu importe, François Mitterrand comme François hollande rendent hommage chaque jour à ce vieux J. M. Keynes, le coach historique des socio-démocrates évadés du socialisme.

Au bout de deux ans ou presque, le réveil sera donc terrible pour l’un comme pour l’autre. Ce qui permet à beaucoup d’expliquer que l’un comme l’autre vont réagir de la même façon. Apparemment, oui. Ils vont parler rigueur, entreprise, productivité, compétitivité, mais dans le fond comme dans la méthode, les deux expériences ne se correspondent pas.

Si François Hollande pensait faire un virage comme Mitterrand, il se trompe et a trompé ses amis politiques. Plus grave, contrairement à François Mitterrand qui a beaucoup modernisé le pays, François Hollande est peut-être en train de le planter.

1er point. François Mitterrand avait des architectes et un chef d’orchestre. François Hollande n’en a pas et improvise en permanence selon les contraintes et les opportunités.

En 1983, contrairement à la légende mitterrandienne, ce n’est pas lui qui a eu l’idée et qui a pris l’initiative de négocier un changement radical de politique économique, c’est son premier ministre pierre Mauroy , entouré de socio-démocrates plus experts que politiques : Jean Peyrelevade , Jacques Delors , Pascal Lamy… Selon Jean Peyrelevade, Pierre Mauroy avait compris que la France allait à la faillite. Il savait aussi que quelques grands patrons comme jean Riboud (le frère d’Antoine), Pierre Rousselet , Pierre Berger militait pour un plan de relance massif , et une dévaluation du Franc (un peu comme De Gaulle en 1958). Pierre Mauroy a donc fait peur au président en lui expliquant que de toute façon, avant deux mois il serait, lui François Mitterrand, obligé de partir à Washington demander de l’argent au FMI. Humiliation suprême, à laquelle n’avaient pas songé les visiteurs du soir.

François Mitterrand acceptera le plan Mauroy en lui demandant de le gérer, ce qu’il fit . Un plan en trois actes : l’assainissement des dépenses publiques, le soutien à l’investissement dans le cadre d’une politique industrielle nationale, et l'engagement européen, qui sera finalement moteur avec l’Allemagne d’Helmut Kohl. Jacques Delors et Pierre Bérégovoy vont préparer des privatisations, et surtout la dérégulation de l’industrie financière.

François Hollande est seul, il n’a pas de chef d’orchestre. Jean marc Ayrault n'a rien initié qui aille dans le sens d’une politique d’offre. ce qu' il a fait doit être aujourd’hui zappé complètement. Ce n’est pas d’une réforme fiscale dont on a besoin, c’est d’une remise à plat des finances publiques . Le Premier ministre va sans doute reprendre ce dossier, mais il est illisible et inaudible.

En fait, François Hollande ne peut compter dans l’application de son pacte de responsabilité que sur deux ministres loyaux et compétents : Michel Sapin et Bernard Cazeneuve. Ce qui est peu pour convaincre la totalité des socialistes du changement de stratégie.

2e point : François Mitterrand avait gardé son Premier ministre (véritable auteur du plan de réforme ) mais il avait aussi clarifié sa majorité et son gouvernement. Les communistes avait quitté l’attelage gouvernemental (la rupture) et prévenu tout le monde qu’il allait fonctionner avec un logiciel social-démocrate sous la baguette du maire de Lille. François Hollande continue de cohabiter au gouvernement avec le noyau dur des écologistes et au Parlement avec la gauche de la gauche . Officiellement il n’y a pas de rupture, mais l’extrême gauche et les écologistes font tout pour se démarquer de la politique portée désormais par François Hollande.

3e point : François Mitterrand avait clairement pris des engagements européens. Il avait relancé la construction européennes et mis l’euro en phase préparatoire, ainsi que la BCE, la banque centrale européenne. Le projet se voulait carrément fédéraliste.

François Hollande est a cent lieues de relancer la construction et la consolidation de la zone euro. Or son projet d’ouverture économique sur la logique d’offre, sur une meilleure compétitivité, etc., ne peut fonctionner à terme que si nous avons une Banque centrale coopérative. C’est-à-dire une banque centrale qui apporte les liquidités dont on a besoin. Sauf que cette Europe-là doit être solidaire, harmonisée. Elle doit être capable d’appliquer un règlement de copropriété cohérent et fort, et surtout, le respecter. François hollande a bien murmuré le projet d’une Europe plus solide, mais personne n’a compris que son ambition allait vers un pouvoir politique fédéral. On en est loin. Les opinions publiques y sont sans doute hostiles. Et le président français ne prendra pas de risques. En bon corrézien, il applique à la politique le sacro-saint principe de précaution.

Ce qui veut dire qu'après avoir expliqué ce qu’il voulait faire, il ne le fera pas. Il ne pourra pas le faire, car contrairement a Mitterrand il n’a pas d’architecte ou de chef d’orchestre, il n’a pas de majorité, et si l’opinion publique n’est pas opposée à des réformes libérales, elle ne croit pas possible que François hollande puisse les entreprendre.

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