François Hollande lance la grande palabre à l’africaine pour les réformes, mais la réduction de la dépense publique est reportée aux calendes grecques | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France
Le déficit public continue de dériver.
Le déficit public continue de dériver.
©Reuters

Éditorial

François Hollande lance la grande palabre à l’africaine pour les réformes, mais la réduction de la dépense publique est reportée aux calendes grecques

François Hollande s’est montré particulièrement flou sur les réformes de structure pour réduire le train de vie de l’Etat dans sa troisième conférence de presse.

Michel Garibal

Michel Garibal

Michel Garibal , journaliste, a fait une grande partie de sa carrière à la radio, sur France Inter, et dans la presse écrite, aux Échos et au Figaro Magazine.

Voir la bio »

On connaît le goût récent de François Hollande pour l’Afrique avec les expéditions au Mali et en Centreafrique. Il y a trouvé aussi un penchant pour une des caractéristiques de ce continent, la palabre. Depuis son interminable conférence de presse, il a lancé une vaste offensive de la parole, multipliant à nouveau les promesses et annonçant une concertation générale tous azimuths pour restaurer la confiance disparue et retrouver le goût du travailler ensemble dans un pays où se sont les motifs de dissensions qui se multiplient plutôt que ceux de cohésion. Pour tenter de faire remonter les indices de popularité, il n’a pas trouvé d’autres moyens que de multiplier les réunions, les discussions sur tous les sujets, de créer de nouveaux organismes, au nom plus ou moins folklorique comme l’observatoire des contreparties qui aurait pour mission de mettre au point une nouvelle régulation de l’économie. Saisi par une sorte d’euphorie engendrée par la promesse d’une réduction du coût du travail, le patronat s’est dit prêt à créer un million d’emplois. Pour le gouvernement, il s’agit d’une politique du donnant donnant, mais on sait déjà que le patronat attendra que l’Etat tire le premier avec une baisse des charges qui remplace à ses yeux le profit qu’il tirait jadis des dévaluations de la monnaie, impossible depuis la création de l’euro.

Les discussions commencent sur les chapeaux de roues sur tous les sujets sensibles et on va très vite voir surgir les divergences. Ainsi, les grandes entreprises voudraient ramener de 24 mois à 18 mois la durée des indemnités chômage, mais le gouvernement, soutenu par le Medef, entend maintenir des droits élevés en raison du nombre de chômeurs. Autre exemple : le redécoupage du millefeuille territorial ira très vite dans l’impasse, car aucun des élus n’entend se saborder au nom de l’intérêt général et les timides suggestions avancées par Jean-François Ayrault ont été immédiatement suivies d’une levée de boucliers des intéressés.

Très vite, on va se rendre compte que la grande palabre va se révéler stérile, parce qu’on a affaire à un orchestre sans chef où chacun prétend jouer sa partition, en laissant de côté la question essentielle : celle des réformes de structure pour réduire le train de vie de l’Etat. François Hollande s’est montré particulièrement flou sur ce point dans sa conférence de presse. Alors que tous les indicateurs économiques démontrent l’urgence de s’attaquer à cette citadelle du conservatisme.

Le déficit public continue de dériver : l’an dernier, il a augmenté de 2,7 milliards à 74,9 milliards, en raison d’une chute de 3,4 milliards des rentrées fiscales sur les prévisions, justifiant la thèse selon laquelle l’excès d’impôt tue l’impôt. Et ce ne sont pas les prélèvements supplémentaires entrés en vigueur cette année qui vont améliorer la situation. Le nombre de faillites a rattrapé l’an dernier le chiffre désastreux de 2009 et les dépôts de bilan continuent au rythme de 250 par jour. Ce n’est pas le maintien de quelques firmes obsolètes pour des raisons politiques qui va inverser la tendance. Car  pendant que règne la palabre, les entreprises restent l’arme au pied. Et le premier trimestre s’annonce médiocre pour les performances du pays, qui reste à l’écart de la reprise en train de se diffuser chez tous nos voisins. Un nouveau trou d’air guette l’économie française qui pourrait inciter les électeurs à faire entendre une voix discordante lors du renouvellement des conseils municipaux en mars.   

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !