Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
France

Chroniques du pot aux roses

François Hollande fait-il le lit d'un futur thatchérisme à la française?

Cette semaine, Serge Federbusch revient aussi sur l'éventuel rachat du journal Libération par Matthieu Pigasse, le mariage homosexuel, le droit de vote des étrangers...

1 - Pigasse-toi pauvre con !

De toutes les roses que nous plantons chaque semaine dans ce pot, Arnaud Montebourg est l’une des plus exubérantes. Un mélange désuet d’arrivisme, de planisme et de gauchisme compose un personnage qu’on croirait sorti d’un film brejnévien projeté en ouverture d’un festival organisé par l’école des cadres du parti au début des années 1970. Un vrai régal.

Vous comprendrez donc que, soucieux de nos plates-bandes, nous dénoncions vigoureusement les conclusions hâtives tirées de sa rencontre à Bercy avec Pigasse, deux semaines avant que Lazard n’obtienne un mandat de banquier conseil pour la création de la Banque publique d’investissement. Piège peut-être, hasard sans doute, mais ce malencontreux échange avec l’employeur de la douce Audrey ne saurait en rien procéder d’un quelconque arrangement avec la loi ou la morale.

Nous serons moins enclin à la mansuétude pour ce fameux Pigasse qui, après avoir jeté dans son escarcelle les Inrocks et Le Monde et donné un coup de main à Rue 89, négocie, selon la rumeur médiatique, le rachat des actions de Libération possédées par Rothschild. Ce penchant glouton pour le caviar médiatique de la gauche va certainement indigner la rédaction du quotidien fondé par Jean-Paul Sartre. Libération jumelé avec Le Monde… Marx nous en préserve ! Pour manifester notre soutien à ces journalistes menacés par l’appétit insatiable de ce ploutocrate, nous leur donnons bien volontiers le droit d’utiliser l’injonction qui ouvre cette chronique et espérons la voir bientôt en « une ».

2 – Mariage homo et droit de vote des étrangers : quand les diversions se télescopent

Pour faire oublier la dure réalité de la crise économique qui nous frappe et caresser des communautés dans le sens du poil électoral, la gauche qui nous gouverne a sorti du placard de la bien-pensance ces deux épouvantails à « réacs ». C’est trop d’un coup. Les 75 députés PS qui veulent contraindre Hollande à ouvrir la boîte de Pandore du vote étranger sont-ils des aubrystes malveillants, des élus soucieux de développer leurs clientèles ou les deux à la fois ? L’amateurisme qui prévaut dans cette opération démontre s’il en était besoin que le binôme président/premier ministre ne contrôle pas ses troupes. D’où la question suivante…

3 – François Hollande fait-il le lit du futur thatchérisme à la française ?

Il y a de cela trente-six ans, le gouvernement de James Callaghan, Premier ministre de sa gracieuse majesté, succédait à celui d’Harold Wilson. Un travailliste remplaçait un autre travailliste pour enfoncer la Grande-Bretagne dans la crise économique et accélérer un processus de déclin qui inquiétait non seulement les Britanniques mais le monde entier. Callaghan était affable, oh ça oui : un physique de nounours dispensateur de bisous. Mais il était comme perdu face à la crise, éthéré ; se laissait aller au fil de l’eau, n’osant pas revenir sur les règles absurdes qui paralysaient l’économie anglaise, le poids excessif de la bureaucratie, les règlements, les syndicats, etc. Les banlieues grondaient.

Les choix difficiles étaient toujours différés, seule s’imposait une pression fiscale accrue sur les classes moyennes qui finissaient par ne plus pouvoir payer. Albion était la femme malade de l’Europe, un pays sclérosé en voie de sous-développement, disait-on à l’époque. Le gouvernement britannique en vint à solliciter l’aide du FMI, à la grande honte de son peuple fier.

Toute ressemblance avec des événements en train de se dérouler en France en 2012 est purement accidentelle… On sait comment cela se termina : Margaret Thatcher apparut et donna un coup de pied dans la fourmilière. Avec un peu de chance (le gaz de la mer du Nord et la guerre des Malouines), plus de souplesse qu’on ne le dit (acceptation de la dévaluation) et beaucoup de courage (face aux syndicats notamment), elle redressa la situation.

Le discours de Sarkozy, lors de la dernière campagne présidentielle, avait déjà un petit côté thatchérien, notamment dans sa dénonciation des corps intermédiaires, un vocabulaire employé mot pour mot par la Dame de fer à l’époque. Mais c’est un Callaghan de chez nous qui l’a emporté. Simple partie remise ?

Si la France continue sur sa lancée actuelle, avec son cortège de déficits en tout genre et son incapacité à réformer réellement son système corporatiste, il paraîtra difficile, dans deux ou trois ans, d’éviter, sinon l’arrivée du FMI, du moins celle d’une Troïka européenne qui ne viendra pas nous jouer de la balalaïka. Reste une différence : nous ne voyons pas beaucoup de fer dans l’organisme ou même le discours des principaux opposants actuels. Mais cela peut changer.

4 – Président : un emploi d’avenir ?

Des colleurs de timbres dans les associations plutôt que des investissements dans la High-Tech… c’est curieux mais le coût estimé des emplois d’avenir, main d’œuvre bon marché provisoirement à disposition de collectivités locales pléthoriques et d’associations vivant déjà de subventions, correspond à peu près au produit espéré de l’alourdissement de la fiscalité sur les placements financiers. 2, 3 milliards d’euros dans un cas, 3 milliards dans l’autre.

La logique est claire : prendre de l’argent qui pourrait servir à l’investissement dans le secteur marchand pour le redistribuer au fonctionnement du secteur non-marchand. C’est ce qu’on appelle la croissance durable.

5 - Anastasie et Valérie

La Première Twitteuse de France, i.e. Valérie Compagne-Première, a obtenu gain de cause : VSD est condamné pour l’avoir montrée en bikini. Il fallait que justice soit faite pour cette intolérable atteinte au respect de la vie balnéaire. Motus les tabloïds !

Toujours journaliste à Paris Match, Valérie sait de quoi elle parle. N’est-ce pas, en effet, cette publication prestigieuse qui fit paraître tant de « unes » quelque peu intrusives, la moins mémorable n’étant pas celle où feu le président Mitterrand fut présenté sur son lit mortuaire, sans consentement aucun de sa famille ? La justice fit alors son pénible ouvrage et condamna l’hebdomadaire. Valérie y travaillait déjà et vient de nous montrer qu’elle a retenu la leçon.

6 – L’Association Internationale des Fabricants d’Illusion Monétaire (AIFIM) est née !

Aux Etats-Unis, la Fed se dit prête à financer sans limite de temps ou de montant le redémarrage de l’activité économique. En Europe, la BCE est disposée à racheter des titres d’Etat à court terme « de manière illimitée ». C’est merveilleux : puisque, dans le même temps, les Chinois ne déverrouillent le change du yuan/renminbi qu’à une vitesse d’escargot, les épargnants du monde entier sont collés avec des monnaies lancées sur la route glissante de l’émission à tout-va. Et pendant ce temps, aucun des facteurs de déséquilibre économique international n’est corrigé : les emplois filent toujours vers l’Orient et les termes monétaires des échanges, figés dans des taux inadaptés, ne peuvent qu’accélérer le processus.

Bah, notre président normal et notre gouvernement sérieux ont peut-être, sans qu’ils y soient pour rien, gagné grâce à cette nouvelle association quelques mois de répit ; c’était indispensable à leur popularité frappée de déflation.

7 - La presse mondiale au secours d’Obama

Les conseillers conjugaux et autres sites de rencontre, qui pullulent sur Internet et dont le nom s’incruste en haut et à droite de vos écrans, le savent bien : lorsqu’on est déçu à domicile, on va voir à l’extérieur ce qui s’y passe. Rapidement désenchantée du président normal qu’elle avait chaperonné alors qu’il courtisait l’électorat, la presse française cherche au loin un motif de satisfaction. Cela tombe bien : il y a des élections en Amérique et le bel Obama brigue un nouveau mandat. Yes he is back ! Puisque Hollande est insipide, la voilà donc partie brouter l’herbe plus verte qui pousse Outre-Atlantique.

Hélas, un certain Romney, le genre d’affreux milliardaire qu’on a tôt fait, en nos contrées, d’expédier en Belgique, s’est mis inexplicablement sur la route de cet ultime flambeau du progressisme globalisé. Ce misérable ose même se demander méchamment comment il se fait qu’un ambassadeur américain ait pu être dessoudé aussi aisément dans un pays où, pourtant, la plus extrême prudence aurait dû le voir hermétiquement protégé. Quelle honteuse question !

Voilà donc la presse française révoltée par l’attitude de Romney et se réjouissant des canonnades que son homologue américaine de la côte envoie à ce sénateur scandaleux. Le Monde daté du 13 septembre se félicite notamment de la réaction du New-York Times : "Mitt Romney, qui veut faire croire aux Américains qu'il peut être président, a montré un manque total d'envergure présidentielle en utilisant le meurtre des Américains en Libye comme un moyen non seulement d’attaquer M. Obama, mais surtout de le faire d'une manière qui dénote une ignorance complète des faits ou une volonté de transformer la réalité pour répondre à des objectifs partisans."

D’Obama à Hollande, l’esprit sinistro-partisan des journalistes est un phénomène international désormais établi. Pourquoi ? Il y a certes des explications socio-économiques : une profession souvent précarisée, parfois maltraitée. Il y a surtout la commodité de l’analyse : la gauche offre un ready-made idéologique plus simple à utiliser face à la complexité du monde. Comment fustiger, par exemple, la volonté des « riches » de s’établir où ils veulent tout en dénonçant les restrictions faites par les Etats à l’immigration ?

Comment vanter la libre circulation des hommes et dénoncer celle des marchandises, qui serait responsable de tous nos maux sous le nom d’ultralibéralisme ?

Le kit de gauche est merveilleux car il simplifie cet exercice délicat en se plaçant sur le terrain des intentions, qualifiées de bonnes ou de mauvaises, en se contentant de pure morale. Comme il y a les bons et les méchants, la lecture du monde est plus simple, ce qui rend les analyses du « Monde » plus aisées à formuler. Décidément, si Obama n’est pas réélu, c’est à désespérer les médias. Rien que pour cela, ce serait une bonne nouvelle.

Commentaires
Nos articles sont fermés aux commentaires.