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"Depuis l’élection de François Hollande, qui voulait faire oublier le « Merkozysme », on pratique des deux cotés du Rhin une sorte de stratégie de la tension."
"Depuis l’élection  de François Hollande, qui voulait faire oublier le « Merkozysme », on pratique des deux cotés du Rhin une sorte de stratégie de la tension."
©Armin_Vogel

Thérapie de couple

François Hollande et Angela Merkel peuvent-ils réussir à rallumer la flamme du couple franco-allemand ?

François Hollande et Angela Merkel doivent se rencontrer jeudi 30 mai à Paris pour se voir remettre le rapport sur la compétitivité rédigé par le Français Jean-Louis Beffa et l’Allemand Gerhard Cromme.

Henri de Bresson

Henri de Bresson

Henri de Bresson a été chef-adjoint du service France-Europe du Monde. Il est aujourd'hui rédacteur en chef du magazine Paris-Berlin.

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Atlantico : François Hollande et Angela Merkel doivent se rencontrer jeudi 30 mai à Paris. Leur sera remis à cette occasion le rapport sur la compétitivité rédigé par le Français Jean-Louis Beffa et l’Allemand Gerhard Cromme, en guise de travail préparatoire du sommet européen du 22 juin. La réunion de jeudi a-t-elle vocation à rassurer les esprits sur l’état de santé de l’axe franco-allemand ? Quel est-il ?

Henri de Bresson : François Hollande voudrait bien qu’on le prenne au sérieux, au moins en Allemagne, sur sa volonté de mener le redressement des finances françaises, la relance de l’économie, les réformes nécessaires pour y parvenir. C’est à ce prix qu’il pourra convaincre le gouvernement d’Angela Merkel de donner du temps à la France, à l’Italie socialistes pour rentrer dans les clous du pacte budgétaire, de faire plus pour aider à relancer la croissance européenne et  accroitre la solidarité envers les pays en crise pour maitriser leur chômage massif. Depuis sa conférence de presse du début mai, le chef de l’Etat ne cesse de donner des gages. Le 23 mai à Leipzig, lors des cérémonies pour les 150 ans de la social-démocratie allemande, il avait enfoncé le clou en saluant « les réformes courageuses » de l’ancien chancelier social-démocrate Gerhard Schröder, la bête noire de l’aile gauche du PS,  message qui a fait la une de la presse allemande. Prévu de longue date, son rendez-vous du 30 mai à Paris avec Angela Merkel pour la remise du rapport Beffa-Cromme sur la compétitivité, en présence des dirigeants du patronat allemand et français, participe de la même stratégie. Berlin continue pour sa part d’alterner le chaud et le froid pour maintenir la pression. Dans les allées du pouvoir, qu’elles passent par le parti libéral ou les couloirs de la Bundesbank, on se refuse à prendre ces promesses pour argent comptant en s’inquiétant de l’impact d’une France « laxiste avec les règles ». Mais cela n’empêche pas la chancelière et son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, de cultiver parallèlement leur proximité d’action avec les dirigeants français pour tourner la page de la crise.

Pierre Moscovici a multiplié les rencontres avec les responsables allemands, notamment pour préparer le plan franco-allemand sur l’emploi des jeunes. Faut-il y voir une volonté de « rattraper » le climat d’hostilité créé par le Parti socialiste ? Si oui, cela peut-il fonctionner ? A quelles conditions ?

Depuis l’élection  de François Hollande, qui voulait faire oublier le « Merkozysme », on pratique des deux cotés du Rhin une sorte de stratégie de la tension qui n’exclue pas des avancées communes pour consolider la zone euro. Cette stratégie n’est pas sans danger quand des dirigeants de premier plan, comme le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, ou le ministre Arnaud Montebourg jouent délibérément sur les vieux fantasmes de la « confrontation » avec l’Allemagne. Mais les Allemands ne sont pas non plus des enfants de cœur. A quelques semaines des élections de septembre, il est aussi de bon ton outre-Rhin de ne pas prendre trop de gants pour défendre l’argent public et les intérêts du pays. C’est ce que vient de montrer le véto de Berlin aux velléités de la Commission de Bruxelles de taxer les importations chinoises de cellules solaires pour protéger l’industrie européenne, décision dont s’est ému le nouveau premier ministre chinois auprès de la chancelière lors de sa toute récente visite en Allemagne. Celle-ci est le premier partenaire commercial de la Chine en Europe.  

A l’approche des élections européennes de mai 2014, les gouvernements, mais aussi les partis d’opposition, cherchent-ils à communiquer davantage sur l’utilité de l’Europe ? Peut-on parler de prise de conscience de la nécessité de renforcer les liens franco-allemands ?

La polémique suscitée par les attaques d’une partie des socialistes contre la politique européenne d’Angela Merkel, accusées par l’UMP et les Centristes de mettre en péril  la relation franco-allemande, montre bien combien celle-ci reste plus que jamais centrale dans le débat français. Elle a conduit le président français et son premier ministre à réaffirmer aussitôt leur attachement à cette relation. Dirigeants allemands et français savent bien qu’ils ne peuvent aller trop loin dans leurs désaccords sans renforcer  le doute qui, à la faveur des plans anti-crise, s’est emparé des opinions publiques sur la capacité de l’Europe à répondre à leurs peurs. Ces doutes commencent à préoccuper sérieusement ceux des dirigeants européens, à gauche et à droite, qui s’inquiètent d’un  affaiblissement du projet européen. Dans une interview que vient de publier le magazine ParisBerlin, l’ancien premier ministre Alain Juppé met en garde les leaders des partis de gouvernement, en France, contre le danger, par « électoralisme », de sous-estimer l’enjeu des prochaines élections européennes de 2014 et le risque d’un vote populiste. Ce danger va obliger Paris et Berlin, au delà de leurs divergences, à s’entendre sur des initiatives qui redonnent de la visibilité au projet européen. C’est l’objet de leur mobilisation actuelle commune pour obliger les institutions européennes à lancer une véritable offensive contre le chômage des jeunes, qui prend des proportions tragiques dans nombre de pays, à commencer par ceux du sud de l’Europe.

Propos recueillis par Gilles Boutin

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