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François Hollande (enfin) au chevet de l’industrie française : qu’est-il vraiment possible de faire et d’espérer pour réindustrialiser l'hexagone ?
©Reuters

Au-delà des incantations

François Hollande (enfin) au chevet de l’industrie française : qu’est-il vraiment possible de faire et d’espérer pour réindustrialiser l'hexagone ?

L'industrie française décroit depuis maintenant des dizaines d'années. La politique du gouvernement à ce sujet n'a pas été particulièrement satisfaisante bien que les autres pays européens soient dans la même situation que nous. Voici comment aider ce secteur d'avenir.

Sarah Guillou

Sarah Guillou

Sarah Guillou est économiste à l’OFCE dans le domaine de l’économie internationale et des politiques publiques affectant la compétitivité des entreprises. Son travail mobilise l’exploitation statistique de bases de données d’entreprises et de salariés ainsi que les données de commerce international par pays. Une partie de ses recherches porte sur les politiques industrielles et les politiques commerciales.

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Thierry Weil

Thierry Weil

Thierry Weil est un universitaire Il est notamment professeur de management de l'innovation à Mines ParisTech et délégué général de La Fabrique de l'industrie.

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François Hollande est en visite vendredi 20 janvier dans les Ardennes et les Vosges sur le thème de l’industrie. Concrètement, que devrait-faire le Président pour aider à la réindustrialisation de la France ? Son action en tant que Président de la République depuis 2012 s'avère-t-elle positive ?

Thierry Weil : Le Président, à la suite du rapport Gallois, a mis en place plusieurs mesures favorables à l’industrie, comme le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi. Ceci a permis aux entreprises de reconstituer leurs marges et de retrouver la capacité de financer leurs investissements dans les outils de productions (automatismes, robots…) et dans la formation de leurs salariés. Il a également lancé ce qui est devenu l’alliance pour l’industrie du futur, un vaste programme pour diffuser les technologies de production les plus modernes dans le tissu industriel. Notre industrie peut ainsi monter en gamme pour produire plus efficacement ou vendre des produits plus innovants ou plus élaborés que ceux que proposent les pays à bas salaires.

Sarah Guillou : Sur la question de la désindustrialisation, les mesures du gouvernement n’auront pas inversé la pente de la courbe des emplois industriels. Les pertes d’emplois s’inscrivent dans une tendance baissière amorcée depuis plus de 15 ans. De 2000 à 2014, l’industrie manufacturière s’est réduite de plus d’un cinquième de sa masse de salariés. La grande crise a intensifié les destructions d’emplois : de 2009 à 2012, près de 190 000 emplois perdus. Mais le mouvement ne s’est pas arrêté depuis : de 2012 à 2015 s’ajoutent plus de 129 000 emplois perdus.

Malgré une stratégie de politique économique favorable à l'offre dans la deuxième partie de la mandature, la présidence Hollande n’aura pas été celle de l’arrêt de la destruction des emplois industriels. C’est d’une part parce que les mesures favorables à la vitalité du tissu productif, comme le CICE, ne porteront leurs fruits sans doute qu’en 2017. C’est aussi parce qu’aucune politique économique ne peut contrer le progrès technique qui réduit les emplois par unité de valeur ajoutée et que l’insertion dans la globalisation implique une intensité de concurrence qui exige une adaptation des entreprises et des qualifications qui a tardé à se mettre en place en France.

En quoi un secteur industriel est-il important aujourd'hui pour une économie comme celle de la France ? Quels sont ses liens avec les autres secteurs, quel rôle joue-t-elle dans l'économie de manière générale ?

L’industrie réalise l’essentiel de l’innovation et des exportations de la France. Elle tire l’ensemble de l’économie par les emplois qu’elle induit, parfois dans d’autres secteurs, et par les richesses qu’elle crée dans l’ensemble du territoire. Les pays qui ont trop délaissé leur industrie, comme le Royaume-Uni ou les Etats-Unis, se sont spécialisés dans des services à haute valeur ajoutée procurant des hauts revenus à une petite partie de la population, tandis que beaucoup de leurs citoyens ont vu leur situation se détériorer. Leur vote a montré leur insatisfaction.

Si la crise économique a une certaine responsabilité dans l'état du secteur, les études montrent que cette tendance baissière en termes d'emplois a été amorcée depuis plus de 15 ans. Ainsi, de 2000 à 2014, l'industrie manufacturière se serait réduite de plus d'un cinquième de sa masse de salariés. Compétitivité par rapport aux autres pays, demande intérieure trop faible, investissements.... Aujourd'hui, quels sont selon vous les principaux obstacles au développement du secteur manufacturier en France ? A quoi devrait s'atteler en priorité François Hollande pour réindustrialiser réellement la France ?

La priorité est la compétitivité de notre industrie. C’est elle qui fait que le consommateur national préfère des produits fabriqués en grande partie en France et que le consommateur étranger achète nos produits. En gagnant des parts de marché, les entreprises augmentent leur activité et les emplois directs et indirects qui en résultent.

Aujourd’hui le financement de notre protection sociale repose plus que chez nos concurrents sur les salaires (à travers des charges élevées). Financer l’assurance maladie ou les allocations familiales par l’impôt rendrait moins coûteux d’employer des salariés en France.

Par ailleurs nous souhaitons conserver ou promouvoir en Europe des normes sociales et environnementales exigeantes. C’est parfaitement légitime, mais il faut dans ce cas taxer aux frontières de l’Europe les produits fabriqués à moindre coût par des concurrents moins soucieux du sort de leurs salariés ou de l’environnement. C’est compatible avec les règles de l’OMC (au moins pour l’environnement et pour les fabricants qui ne respectent pas les standards de l’Organisation internationale du travail). De même, il faut des règles de réciprocité : les entreprises des pays qui ferment leur marché aux étrangers ne devraient pas pouvoir répondre à des appels d’offres chez nous. Il y a des alternatives entre un protectionnisme suicidaire et une dérégulation totale naïve. L’Europe peut être ouverte sans être offerte.

L'Italie du Nord et l'Allemagne par exemple avaient opté pour une stratégie industrielle fondée sur des entreprises de taille intermédiaires, stratégie qui semble leur réussir aujourd'hui. La France devrait-elle envisager cette option ?

Permettre aux entreprises de toutes tailles de se développer, pour que les PME deviennent des entreprises de taille intermédiaires et certaines de celles-ci des grandes entreprises est une priorité. La France a pris des mesures efficaces pour rendre plus facile la création d’entreprises, mis en place des incitations efficaces à pour la recherche. Il reste à encourager les investisseurs qui financent les entreprises, en acceptant d’immobiliser leur argent longtemps et de prendre des risques. La fiscalité pourrait être plus clémente pour eux que pour ceux qui investissent dans des placements sans risque et disponibles à tout moment.

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