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On refait l’émission : 
La "continuité" affichée 
par Hollande est-elle adaptée 
à une campagne qui change ?
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Place aux mots

On refait l’émission : La "continuité" affichée par Hollande est-elle adaptée à une campagne qui change ?

Le candidat socialiste était ce jeudi l'invité de l’émission politique de France 2 "Des paroles et des actes". Analyse de la rhétorique "hollandienne".

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.
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Règle première de la rhétorique : tout bon discours est de circonstance ! L’émission de France 2 « des paroles et des actes » de ce jeudi devait être l’occasion pour François Hollande d’adapter sa rhétorique à la nouvelle situation provoquée par l’égalité des scores de premier tour avec Nicolas Sarkozy. Exercice réussi ?

La guerre des valeurs continue !

Le premier point frappant qui a occupé tout le début du discours et a fait l’objet de « piqûres de rappel » tout au long de l’émission est resté dans la continuité du discours tenu jusqu’ici par François Hollande : la « guerre de l’ethos », c'est-à-dire du caractère et des valeurs qui oppose les deux principaux candidats.

Hollande n’a cessé de tracer un autoportrait en miroir inversé par apport à Sarkozy : « humilité », « sérénité » , « mesure », « rassemblement », « justice », et enfin empathie à l’égard de la « souffrance des Français », face à un rival présenté explicitement ou non, comme son contraire sur tous ces points.

François Hollande a raison d’insister sur l’ethos, car sa personnalité est considérée comme plus représentative et plus sympathique que celle de Nicolas Sarkozy. Mais son ethos pose encore un sérieux problème, autour duquel l’essentiel du débat a tourné : la « crédibilité du chef » chez un homme qui n’a jusqu’ici pas tranché des questions essentielles.

Rhétorique défensive sur le fond...

Or, interrogé sur ces questions qui font mal (fiscalité, nucléaire, Europe) François Hollande a déployé les grands stratagèmes défensifs de la rhétorique : la contextualisation (« il faut replacer les 75% dans l’ensemble de la réforme fiscale » ; « il faut replacer le nucléaire dans l’ensemble de la politique énergétique ») et surtout la substitution, c’est –à dire le changement de sujet- dont on il a usé et abusé : interrogé sur les alourdissements fiscaux, il répond par la croissance ; sur la fiscalité des grandes entreprises, par celle des petites ; sur le coût du travail, par l’impôt sur les bénéfices ; sur les économies budgétaires, par une nouvelle décentralisation ; et sur l’OTAN, par l’Afghanistan !

On pourrait multiplier les exemples qui montrent la poursuite de la stratégie d’évitement du candidat socialiste. Certes, on aura eu au final –et au forceps- des précisions, partielles au demeurant, sur la tranche à 75% et les renégociations européenne et atlantique ; mais rien sur les questions capitales de la charge fiscale et des économies budgétaires, au cœur de l’agenda électoral.

… Et offensive contre Nicolas Sarkozy

A moins que le recours, plus intense que d’habitude, à l’attaque ad hominem ne soit parvenu à masquer les tours de passe-passe sur le fond. Attaque visant à la disqualification de l’adversaire interpellé longuement sur le thème : « vous qui avez augmenté la dette et le déficit,  comment osez-vous me faire la leçon ? »

Adversaire renvoyé à ses propres contradictions : « puisque vous voulez renégocier Schengen et les conventions fiscales, pourquoi ne pourrais-je pas renégocier le pacte de stabilité ?

Et enfin le sarcasme, version agressive de l’humour bien connu –et jusqu’ici masqué -de François Hollande, utilisé à l’égard de Jean-François Copé, « qui ne prend pas les grandes décisions et se bat pour 2017 ! » bref qui ne joue pas dans la cour de grands de 2012…  Il est vrai que ses adversaires ont prêté le flanc à cette contre-attaque. Nicolas Sarkozy en se montrant « eurocritique » à Villepinte et Jean-François Coppé en étant trop « invasif » dans le débat de jeudi soir.

Finalement, la rhétorique de François Hollande, à ce stade, est plutôt marquée par la continuité que par la rupture, avec les semaines précédentes, sarcasme en plus.  On le mesure à ce véritable « tic » qui est la signature rhétorique de François Hollande : le rythme ternaire (« redressement, justice   jeunesse »). En tout cas, l’effet recherché est clair : « moi, je suis dans la continuité et la fidélité avec moi-même ». Continuité qu’il faudrait démontrer sur le fond et qui est peut-être risquée dans une campagne qui, elle, change !

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