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François Hollande, le Président qui ne se ressemblait pas
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François Hollande, le Président qui ne se ressemblait pas

François Hollande est devenu ce dimanche le nouveau Président de la République. L'écrivain Denis Tillinac, qui le connaît depuis 30 ans, observe aujourd'hui avec circonspection un homme métamorphosé qu'il ne reconnaît plus. Pour lui, l'ancien Hollande "sonnait plus juste", mais Nicolas Sarkozy a eu tort de le sous-estimer.

Denis  Tillinac

Denis Tillinac

Denis Tillinac est écrivain, éditeur  et journaliste.

Il a dirigé la maison d'édition La Table Ronde de 1992 à 2007. Il est membre de l'Institut Thomas-More. Il fait partie, aux côtés de Claude Michelet, Michel Peyramaure et tant d'autres, de ce qu'il est convenu d'appeler l'École de Brive. Il a publié en 2011 Dictionnaire amoureux du catholicisme.

 

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On l'a vu débarquer en Corrèze dans le bagage de Delors qui venait voir sa mère mais ne voulait pas ferrailler avec Chirac. Énarque à lunettes, poupin, mal fagoté, rigolard. Deloriste donc, puis  « trans-courant », ce qui déjà était tout un programme. Pas idéologue, rien du soixante-huitard, aboyant comme un fox-terrier aux basques de Chirac, pour s'amuser semblait-t-il

À chaque élection il était le candidat de service : Ussel, Bort-les-Orgues, Tulle. Tout le monde le trouvait sympa, sauf Chirac qu'il agaçait avec son ironie. Sympa et anodin : quand Ségolène se pointait en Corrèze avec leur progéniture, c'est elle qu'on voulait voir ; lui, il portait les valises. En vérité il était souvent à Paris et, l'air de rien, fomentait une carrière d'apparatchik qui culmina lorsque Jospin en fit son premier secrétaire. Parce qu'il ne gênait personne. Parce qu'il n'avait pas d'attache précise dans tel ou tel courant. Parce qu'il était sympa. Malin, disaient les plus lucides. Cynique, ajoutaient certains.

Avec moi, nonobstant ma réputation de réac' au long cours et de soutien de Chirac, toujours très cordial. En sorte qu'à la longue une manière de complicité nous a rapprochés – hors les périodes électorales, car j'ai aidé mon ami Aubert à le rétamer par deux fois : législatives de 1993, municipales de 1995, dans la foulée des présidentielles. Il s'est demandé alors s'il ne valait pas mieux décamper ; Jospin paraît-il lui proposait des parachutages plus commodes. Ségolène et Teulade, le régional de l'étape, avaient étés ministres de Mitterrand, pas lui. Il s'est accroché, pratiquant un clientélisme à la mode chiraquienne, imposant à la longue cette bonhomie narquoise derrière laquelle se dissimulait une ambition encore imprécise.

"Tueur"

La roue a tourné, Juppé s'est planté (dissolution de 1997), Hollande a pris sa revanche sur Aubert.  D'abord la députation, puis la mairie de Tulle et en guise d'apothéose la présidence du Conseil Général. Entre-temps il avait étranglé insidieusement les communistes locaux, prépondérants à gauche depuis la Libération. Il sait tuer. Il sait faire oublier ses crimes en arrosant ici et là.

Sa connivence  avec Chirac est peut-être sincère –entre disciples du père Queuille, ils ont fini par s'avouer leur parenté – mais enfin, elle parachève opportunément l'image du rassembleur pas sectaire, enraciné de surcroît. Avant, il bastonnait Chirac avec une violence aggravée d'ironie, quitte à convenir en privé qu'il avait un peu forcé la dose, car il sait analyser ses fautes. Pas prétentieux, accessible au tout venant, charmeur et toujours affable, mais ne cédant jamais rien à ses adversaires politiques. Il peut même trouver des mots cinglants pour leur clouer le bec. Enclin autant que Chirac à l'arrangement plutôt qu'au conflit, il sait sentir les vents, et les prendre comme une girouette.

Très pudique sur la zizanie avec la mère de ses quatre enfants : jamais, fût-ce dans nos tête-à-tête où il ose se livrer, il n'a égratigné Ségolène. Dieu sait que durant la campagne de 2007, il avait des raisons, privées et politiques, d'être mal dans ses pompes. Il a pris sur lui de tirer le rideau sur ses états d'âme.

Au fond du trou

Un souvenir me revient. C'était le soir du second tour, en 2007. Je l'ai aperçu marchant dans une rue de Tulle, tout seul, et je suis allé lui serrer la louche en copain, sachant qu'il vivait un sale moment. Il a rebondi depuis et, comme d'autres, il s'est vu escaladant les marches du palais. Pourquoi pas ? Nul ne sait où il en serait sans les prouesses érotiques de Strauss-Kahn dans un hôtel de Manhattan.

Il a dû changer à la hâte de stratégie pour éreinter Aubry, sans renoncer à l' « image » inédite – minceur, gravité, intonations et gestuelle plus ou moins mitterrandesques. Fut-ce une trouvaille de communicants ? La résultante d'une métamorphose intime ? Le Hollande des primaires, pour moi qui tout de même le connait depuis trente ans, c'est une énigme. Il ne se ressemble pas.

Évidemment, je préfère celui avec qui j'avais noué une aimable connivence ; il me semble qu'il sonnait plus juste. Je peux me tromper, sa vie a changé, son dilettantisme, ses prises de recul, la texture de son ironie ne seraient plus de mise à présent qu'il convoite un destin. Chirac aussi avait changé, juste avant la prise de l'Élysée, mais ça se voyait moins. Cet homme qu'au fond j'aime bien, je vais le combattre, à mon modeste niveau, car il sera le candidat du PS, des Verts, du Front de gauche et la France paierait cher sa victoire. Il est talentueux, roué, opportuniste en diable. Sarko a eu tort de le mésestimer sur la foi de sondages ponctuels. Il n'est cependant pas inexpugnable car il y a dans son caractère un fond d'irrésolution et les ténors du PS n'ont pas très envie qu'il les toise au printemps prochain du haut de l'Élysée.

Précision : Cet article de Denis Tillinac a été publié initialement le 17 octobre dernier.

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