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"Il faut reconnaître le vote blanc pour que les élus cessent de passer l'éponge après de forts taux d'abstention"
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Centre blanc

"Il faut reconnaître le vote blanc pour que les élus cessent de passer l'éponge après de forts taux d'abstention"

François Bayrou a promis ce samedi, s'il était élu président de la République, d'organiser un référendum de "moralisation" de la vie publique. Parmi les propositions qu'il souhaite soumettre au Français, on retrouve la reconnaissance du vote blanc à toutes les élections.

Yann  Wehrling

Yann Wehrling

Yann Wehrling est conseiller régional IDF, Fondateur du Parti de la Nature et ancien Secrétaire national des Verts. 

 

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Atlantico : François Bayrou propose de mettre en place, s’il était élu en mai prochain, la reconnaissance du vote blanc. En quoi cela serait-il une avancée démocratique ?

Yann Wehrling : C’est une avancée démocratique dans le sens où jusqu’à présent beaucoup d’électeurs ont choisi ce mode d’expression sans que l’on en tienne compte. C’est une démarche qui est une expression d’insatisfaction de l’offre politique. Les gens se déplacent, font une démarche claire. Ce n’est pas un bulletin nul, avec une erreur.

Nous souhaitons qu’il y ait un distinguo entre les bulletins nuls et les bulletins blancs. C’est une reconnaissance d’une expression qui en vaut une autre.

Un score de 10, 15 voire même 20% pour le vote blanc est autrement plus significatif qu’un taux d’abstention équivalent. Cela inquièterait largement la classe politique. L’abstention est inquiétante mais on ne sait pas si cela vient d’un désintérêt de la vie politique, d’un message de ras-le-bol. Le vote blanc est clairement un message d’insatisfaction.

N’est-ce pas aussi une manière de contrer les votes d’extrême gauche et droite qui émanent souvent aussi d’un rejet des « grands partis » ?

Les gens qui votent extrême droite ou extrême gauche pourront toujours continuer de faire ce choix-là. Pour ceux qui par ailleurs ne sont pas des extrémistes mais qui simplement estiment que l’offre politique ne leur convient pas, il faut leur offrir la possibilité d’exprimer  leur insatisfaction par ce vote blanc.

N’a-t-on pas tendance à considérer le vote blanc de manière homogène ? N’y a-t-il pas autant de votes blancs que de raisons de voter blanc ?

Les raisons d’un vote blanc ne sont vraisemblablement pas homogènes. Et nous ne sommes pas dans la tête des électeurs qui expriment un tel vote.

Cela sera à la classe politique, après l’élection, d’essayer de comprendre, de questionner les électeurs. 3-4% à l’occasion d’une élection cela ne relève pas d’un problème très important. Au lendemain d’une élection avec 20% de votes blanc, il faudra qu’il y ait un examen de conscience de ceux qui seront élus pour essayer de comprendre ce qui s’est passé et de solliciter l’avis des électeurs, d’une manière ou d’une autre, sur cette insatisfaction.

Aujourd’hui ce que l’on voit, à chaque fois qu’il y a une élection à fort taux d’abstention, c’est que les élus issus de cette élection sont finalement très contents d’être élus et oublient très vite, passent l’éponge. Si vous êtes élu avec un fort taux de vote blanc, vous n’avez pas la même légitimité…

Voter, c’est avant tout choisir, très souvent, entre le « moins mauvais des candidats ». Refuser de choisir n’est-il pas immature ?

Le message que nous adressons avec cette proposition n’est pas d’inviter les gens à voter blanc. Nous les invitons à faire un choix politique. C’est un message de démocrate, dans la même veine que François Bayrou quand il déclara qu’il trouverait anormal que Marine Le Pen ne puisse pas se présenter.

Nous n’approuvons pas le vote blanc, nous demandons simplement qu’il soit reconnu comme un vote à part entière. Il est évident que ne pas s’exprimer, ne pas faire un choix, c’est laisser à d’autres l’occasion de le faire à votre place.

N’est-ce-pas aussi contreproductif pour le Modem ? En d’autres termes, les votes François Bayrou émanant d’un rejet de l'UMP et du PS ne vont-ils pas préférer le vote blanc à un vote Modem par défaut ?

Je ne crois pas un seul instant que ceux qui avaient décidé de voter pour un candidat, tout à coup, iraient vers le vote blanc si ce dernier était reconnu.

Je conteste d’ailleurs l’a priori qui consiste à penser que le vote François Bayrou serait en majorité un vote de contestation. Dans tous les votes, il y a une part d’adhésion et une part de rejet. C’est vrai pour nous, mais c’est aussi vrai pour tous les autres.

Imaginons que le vote blanc, une fois reconnu, devienne majoritaire à une élection. Que se passerait-il alors ?

Cela montrerait déjà qu’il était utile de le faire. Si une majorité d’électeurs votait blanc, cela signifierait une remise en cause claire de la classe politique. Cela serait un réel électrochoc qui inviterait à une vraie réforme du fonctionnement de nos institutions.

L’expression des votes non blancs permettrait tout de même une élection. Néanmoins, les élus issus de ce vote minoritaire devraient impérativement ouvrir un vaste débat national pour voir quelles seraient les réformes d’ampleur à mettre en place.

Propos recueillis par Jean-Benoît Raynaud

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