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Jeannette Bougrab : La visite de Nicolas Sarkozy à Rivesaltes est un geste fort pour apaiser l'une des plaies jamais refermées de l'histoire de France
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Devoir de mémoire

Jeannette Bougrab : La visite de Nicolas Sarkozy à Rivesaltes est un geste fort pour apaiser l'une des plaies jamais refermées de l'histoire de France

Nicolas Sarkozy visitera ce samedi le camp de Rivesaltes, qui a notamment servi à regrouper les harkis après les accords d'Evian. Il est le premier chef d'Etat français à s'y rendre.

Jeannette  Bougrab

Jeannette Bougrab

Jeannette Bougrab, docteur en droit de la Sorbonne, ex-présidente de la Halde et ancienne ministre, est aujourd'hui membre du Conseil d'État. Elle est l'auteur de Ma République se meurt, Maudites et Lettre d'exil qui ont rencontré un grand succès en librairie.

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Atlantico : Nicolas Sarkozy sera ce samedi en visite dans l’ancien camp de harkis de Rivesaltes. Pourquoi une repentance est-elle nécessaire, selon vous qui êtes fille de harki ?

Jeannette Bougrab : C’est un moment historique. Nous avons mobilisé le chef de l’Etat depuis plusieurs mois déjà sur la nécessité d’avoir ce geste très fort à l’égard des Harkis, car aucun chef de l’Etat n’était jusque-là venu visiter ces camps de la honte. On a regroupé ces familles de soldats musulmans qui se sont battus pour la France et qu’elle a abandonnés en Algérie. Et quand ils sont arrivés en France, on a très mal accueillis ces frères d’armes qui se sont battus pour la France et qui ont tout perdu. Plusieurs dizaines de milliers de harkis ont été massacrés au lendemain des Accords d’Evian…

Un anniversaire que vous ne fêtez d'ailleurs pas.

Non, car pour moi le 19 mars 1962 fut le début d’un drame oublié et ignoré. J’ajoute qu’aujourd’hui encore, les harkis ne peuvent toujours pas revenir ou être enterrés en Algérie. Alors que les anciens combattants du FLN qui ont combattu ou commis des attentats peuvent venir en France et y faire des conférences expliquant leur « combat pour la liberté ».

Les harkis croient en un idéal républicain. Ils sont Français. Ils sont patriotes. Et la France les a trop longtemps ignorés.

La visite de Nicolas Sarkozy, en tant que chef de l’Etat, du ministre de la Défense et de moi-même au camp de Rivesaltes est importante car ce camp illustre les plaies de l’histoire de France. Il a en effet servi au rassemblement des émigrés espagnols qui fuyaient le franquisme, a été un camp pour les Français israélites avant les camps de la mort et c’était le camp, jusqu’au milieu des années 1970, de ces familles qui se sont battues pour la France.

Le président aura l’occasion de remettre une décoration au général Meyer, qui a commandé une harka (une troupe de Harkis, ndlr) et désobéi aux ordres et fait « revenir » 300 familles de harkis en France. Le général Meyer est un héros. La famille Goutta sera aussi présente. Elle a grandi dans le camp de Rivesaltes et Bernard Goutta a été, plusieurs années, joueur de rugby puis entraîneur de l’Usap, l’équipe de rugby de Perpignan. Il a aussi porté le maillot du XV de France et se souvient avoir pleuré en entendant la Marseillaise en pensant à ses parents absents pour le voir.

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