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La France et l’Allemagne empruntent à des taux négatifs : pas une sortie de crise, le symptôme d’une zone euro en pleine catastrophe
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La France et l’Allemagne empruntent à des taux négatifs : pas une sortie de crise, le symptôme d’une zone euro en pleine catastrophe

La France a emprunté lundi 7,6 milliards d'euros à des taux négatifs. Le lendemain, la Belgique a suivi le mouvement, ainsi que l'Allemagne qui a levé mercredi plus de 4 milliards d'euros à 2 ans. Une première dans son histoire pour une telle échéance. Mais en dépit des apparences, cette situation traduit surtout des tensions insoutenables pour la zone euro.

Alexandre Baradez

Alexandre Baradez

Alexandre Baradez, 33 ans, diplômé de l'ESCE (Paris/La Défense) en 2003 a d'abord évolué plusieurs années chez BNPPARIBAS puis la Banque ROBECO en gestion privée avant de rejoindre SAXO BANQUE en 2009 en tant que Sales Trader. Son expérience des marchés financiers et plus particulièrement du marché des devises lui confère rapidement le rôle d’Analyste Marchés. Interlocuteur privilégié des médias français, il délivre quotidiennement des analyses sur les marchés financiers, tendances, risques macro-économiques et participe régulièrement à des conférences dédiées aux investisseurs. En novembre 2013, il rejoint le groupe IG, leader mondial des CFD, côté à Londres au FTSE 250, en tant que Chief Market Analyst.

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Atlantico : La France a emprunté lundi 7,6 milliards d'euros à des taux négatifs. Le lendemain, la Belgique a levé 1,5 milliards – sur un total de 3 milliards – pour des taux eux aussi négatifs ainsi que l'Allemagne qui, mercredi, a émis plus de 4 milliards d'euros de dette à 2 ans pour des rendements similaires. Une première dans son histoire pour des titres à une telle échéance. Cette situation traduit-elle une sortie de crise ou cache-t-elle une situation insoluble pour la zone euro ?

Alexandre Baradez : Les investisseurs se dirigent vers les titres français car les rendements sur la dette allemande sont si faibles que la France, parmi les pays sûr de la zone euro, reste l'un des rares pays à présenter des rendements relativement intéressants.

Nous sommes cepedant sur des échéances très courtes - quelques mois seulement - lorsqu'il s'agit de taux négatifs. Ainsi, sur les obligations à plus longue échéance (à deux ans par exemple), seuls trois pays ont des taux négatifs : l'Allemagne, la Finlande et les Pays-Bas.

Nous constatons aujourd'hui une très forte sélection de la part des investisseurs sur les actifs choisis. Ils s'orientent vers les pays les plus sûrs de la zone euro et s'écartent de l'Espagne, de l'Italie et encore plus de la Grèce et du Portugal. Dans ce contexte, même les marchés actions redeviennent attrayants, les indices européens et américains ayant repris des couleurs ces derniers jours.

Les acteurs n'investissent donc plus sur la zone euro dans son ensemble, mais sur certains pays en particulier. Cette situation est d'ailleurs paradoxale puisque la France n'est pas citée pour ses bons résultats en matière budgétaire. Pas autant que l'Allemagne.

L'appétit pour la Belgique s'explique, quant à lui, par le relatif bon taux de croissance de cette économie par rapport aux autres pays de la zone euro. Mais les volumes d'échanges y sont très faibles en comparaison de l'Allemagne ou de la France.

Ces taux négatifs laissent-ils présager de nouvelles tensions sur la zone euro dans les prochains mois ?

Wolfgang Schäuble, le ministre des Finances allemands, déclarait il y a quelques temps qu'il n'y avait pas d'impact pour les pays qui empruntaient à des taux négatifs. Cela est même très positif.

Mais ce phénomène manifeste une défiance absolue envers les autres Etats membres de la zone euro. Par conséquent, les taux espagnols et italiens baissent très peu. Avec ces emprunts négatifs, nous arrivons à une situation extrême. Si cela continu, nous irons vers des distorsions trop fortes au sein de la zone euro.

Quels sont les risques d'une Europe à deux vitesses en terme de taux obligataires ?

Les investisseurs font désormais une très grande distinction entre l'Europe du Nord et celle du Sud. A court terme, le principal danger est celui d'un retard de la mise en action du MES - Mécanisme européen de stabilité – (la Cour de Karlsruhe , en Allemagne, se laisse jusqu'au 12 septembre pour valider, ou non, la constitutionnalité, du fond de sauvetage européen, ndlr), que la BCE ne puisse pas agir sur les taux et que l'on assiste à une dégradation de l'économie en zone euro. Dans cette optique, les acteurs de marché s'orientent vers les pays les plus sûrs de la zone euro.

Le dernier sommet européen des 28 et 29 juin s'était conclu par une salve de déclarations qui allaient dans la bonne direction, la meilleure d’entre elles étant celle du rôle accordé au MES. En effet, seul ce dernier peut réduire les tensions qui règnent en recapitalisant directement les banques et en intervenant, si besoin, sur les marchés secondaires de dettes publiques. La BCE, qui jusqu'ici a mené des actions de ce type, ne souhaite plus s'engager sur cette voie. Ceci contribue à maintenir une pression sur les taux italiens.

Le principal risque qui réside est celui d'une hausse des taux d'intérêt exigés par les investisseurs, les opérateurs et les spéculateurs à l'Espagne et l'Italie pour leur prêter alors que d'autres pays, au sein de la même zone, empruntent trois ou quatre fois moins cher. Pour faire baisser ce taux, il faut soit que la BCE intervienne sur les marchés secondaires, soit mettre en place un mécanisme, comme le MES ou le FESF. Les investisseurs demandent des garantis et souhaitent que la banque centrale se porte garante en dernier ressort comme le fait la Fed aux Etats-Unis. Une solution qui leur assure de ne pas réaliser 80% de perte comme ce fut le cas sur les titres grecs.

Propos recueillis par Olivier Harmant

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