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Le « footballeur bashing » est désormais à la mode en France.
Le « footballeur bashing » est désormais à la mode en France.
©Reuters

Bleus de chauffe

Footballeur : n. m. Sportif impopulaire. Synonyme : bouc-émissaire

Ce mercredi soir, premier match de l’équipe de France de foot version Deschamps, l’occasion pour les Bleus de redorer leur blason. Et montrer qu'ils ne sont pas plus anti-sportifs que certains athlètes des JO...

Philippe David

Philippe David

Philippe David est cadre dirigeant, travaillant à l'international.

Il a écrit trois livres politiques : "Il va falloir tout reconstruire", ouvrage qui expliquait le pourquoi du 21 avril,  "Journal intime d'une année de rupture", sorti en 2009 aux éditions de l'Ixcéa, qui retrace les deux premières années de présidence Sarkozy et  "De la rupture aux impostures", Editions du Banc d'Arguin (9 avril 2012). 

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Good bye London, Bom dia Rio de Janeiro ! Après une cérémonie de clôture toute à la gloire de la pop musique britannique, direction Rio et ses plages, ses écoles de samba et ses embouteillages légendaires. Espérons simplement que l’esprit du sport en général et l’esprit olympique en particulier y brilleront plus qu’à Londres. Le soleil carioca étant plus réputé que celui de la capitale britannique il n’y a aucune raison d’en douter.

En effet ces jeux olympiques, s’ils auront marqué les esprits pour leurs records, sur lesquels j’ai quelques doutes notamment en sprint, auront également fait date pour les entorses à l’esprit du sport qui furent légion, notamment en ce qui concerne le pays organisateur.

Deux équipes chinoises de badminton « balancent » un match pour avoir un tableau plus facile ? Elles sont exclues manu militari au nom du sacro-saint « esprit olympique ».

Un cycliste anglais fait exprès de chuter et le reconnaît après un départ raté ? On permet à l’équipe britannique de redémarrer à zéro pour obtenir la médaille d’or. Idem en aviron où, les Britanniques ayant raté leur départ, on prétexte un problème technique bidon pour tout recommencer et leur permettre d’obtenir une médaille d’argent !

Là, pas d’exclusion au nom de « l’esprit olympique », pas plus que pour les basketteurs espagnols qui balancèrent eux aussi leur match contre le Brésil afin d’éviter les USA jusqu’à la finale.

Si vous êtes Chinois, pas de pitié. Si vous êtes Anglais ou Espagnol, pas de problème.

Comme disait Coluche : «Tous les hommes sont égaux, cependant certains sont un peu plus égaux que d’autres »…

L’esprit olympique c’est aussi le sport avant tout, l’argent n’étant théoriquement qu’accessoire.

C’est avec cet argument que Londres avait gagné à deux voix l’organisation des jeux face à Paris en juillet 2005 en présentant un budget de 3.4 milliards de livres (environ 4 milliards d’euros). Après coup (coût ?), la facture sera nettement plus salée puisqu’elle sera supérieure à 20 milliards d’euros. Inutile de dire qu’il est amusant de voir que le CIO, qui avait mis dans le cahier des charges l’obligation d’avoir un budget raisonnable, soit resté sans réaction alors que Londres avait obtenu l’organisation des Jeux en présentant délibérément un budget sous évalué !

On verra si le CIO est aussi pointilleux sur le problème d’argent concernant le sprinteur jamaïcain Yohan Blake. Le triple médaillé olympique risque en effet d’être disqualifié du 100 mètres où il a terminé second derrière son compatriote Usain Bolt. Pour cause de dopage ? Pour avoir mis le pied dans un couloir qui n’était pas le sien ?

Pas du tout ! Pour avoir couru avec une montre Richard Mille au poignet alors que le sponsor officiel des JO est Oméga. Le règlement dit d’ailleurs qu’aucun athlète ne doit porter une  montre d’une autre marque « sauf autorisation de la commission exécutive du CIO ».

Vu le tollé que causerait le retrait de sa médaille, on imagine que la sanction maximale ne sera pas appliquée et que lui sera substituée une forte amende au contrevenant puisque le préjudice pour Oméga serait alors calculé au prorata du nombre de téléspectateurs (plus de 2 milliards pour la finale du 100 mètres) ! On comprend mieux pourquoi Blake a laissé sa montre au vestiaire pour le 200 mètres et le 4*100 mètres mais, bien entendu, olympisme ne rime en aucun cas avec argent…

Enfin, pour en finir avec les entraves à l’esprit olympique et à l’esprit sportif et ne pas risquer d’être accusé de ne taper que sur les Anglais, les Espagnols et le CIO, il est impératif d’écrire quelques mots sur le comportement des athlètes français, y compris certains grands vainqueurs de la quinzaine londonienne, et sur l’indignation à géométrie strictement variable qui règne dans le milieu du sport et des médias.

Comment expliquer que le coup de poing dans le ventre d’un basketteur espagnol par Nicolas Batum ne soit pas déjà sanctionné par sa fédération et pas plus critiqué par les médias ?

Comment expliquer que le refus de Teddy Riner de taper la main de son adversaire avant la finale, alors que le judo est présenté comme un sport où le respect est roi, n’ait pas été plus médiatisé et condamné ?

Comment expliquer que le comportement inacceptable de l’équipe de France de handball dans les studios de « l’Equipe TV » n’ait pas été lui non plus sanctionné et pas plus condamné par l’ensemble des médias ?

Ce n’est pas parce qu’un champion ou une équipe gagne que tout lui est permis. Si ces comportements avaient été le fait de footballeurs, tout le monde leur serait tombé dessus à bras raccourcis, ce qui rend ce « deux poids deux mesures » insupportable.

Ceci est d’autant plus surprenant que ce sont les mêmes qui défendaient Zidane pour son indéfendable « coup de boule » sur Materazzi en finale de la Coupe du Monde 2006 qui se taisent aujourd’hui pour les trois cas cités auparavant et qui seraient des snipers de premier ordre pour tout « chevauchement de ligne blanche » par un footeux, le « footballeur bashing » étant désormais à la mode en France.

Mais il est vrai qu’en 2006 l’équipe de France de football jouait bien et, surtout, gagnait.

Et c’est alors que La Fontaine a remplacé Coluche : « Selon que vous serez puissant ou misérable… »

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