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Faut-il se réjouir que Lille soit la meilleure équipe de l’hexagone ?
Faut-il se réjouir que Lille soit la meilleure équipe de l’hexagone ?
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Ligue 1

Lille : l'anti-football business

Le sacre de Lille en ligue 1 marque un succès - provisoire ? - du sport tout court sur le sport business de l'OL, du PSG, de Bordeaux et de l'OM.

Philippe Verneaux

Philippe Verneaux

Philippe Verneaux est journaliste sportif et auteur de L'argent dans le sport (2005, Flammarion). Il anime le blog sportmood.fr.

 

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Faut-il se réjouir que Lille soit la meilleure équipe de l’hexagone ? Quelle question saugrenue me direz-vous. Le LOSC mérite incontestablement son titre de champion de France, qui succède à son triomphe en Coupe. Les joueurs de Rudi Garcia n’ont cessé tout au long de la saison de démontrer leurs qualités individuelles et, mieux encore, de les mettre au service d’un collectif sans pareil chez leurs rivaux. Les Dogues avaient du chien, ils ont mordu à pleines canines dans l’os de la Ligue 1 et n’ont rien laissé au reste d’une meute moins affamée, moins prompte à renifler la bonne chair.

 
La question parait un peu plus légitime quand on détaille les victimes, Marseille, Lyon, Bordeaux ou Paris. Lille est par rapport à ces derniers un club à peine entré dans l’adolescence du football-business, seule garantie, est-on persuadé un peu partout, pour prétendre aux plus grandes destinées. Le budget lillois (55 millions d’euros) est trois fois inférieur à ceux de l’OL et de l’OM (150 et 145 millions) et bien en-deçà de Paris ou Bordeaux (80 millions chacun). En bref, le LOSC fait beaucoup et bien, avec peu de moyens. Une vertu qui ne peut qu’irriter Jean-Michel Aulas, Jean-Claude Dassier, Sébastien Bazin ou Jean-Louis Triaud, tenants depuis longtemps décomplexés de la théorie du foot capitalistique et de rien ou pas grand chose d’autre.
 
Alors, quel crime aurait commis le LOSC ? Précisément pour les victimes précitées, celui du grain de sable qui fait dérailler une mécanique lancée à plein régime. Lille a bien joué, très bien joué, mieux joué, grâce à des joueurs dont aucun ne figure parmi les vingt mieux rémunérés de notre Championnat. Quelle claque pour, par exemple, un président lyonnais qui prône à l’envi un système basé sur la force de frappe financière et dont les résultats peinent de plus en plus à convaincre de son bien fondé… Les « petits Lillois » vont lui croquer un beau paquet de millions rien qu’en raison de la répartition de la manne distribuée par la Ligue en fonction du classement.
 
Le plus beau, c’est aussi et peut-être que ces messieurs du « CAC 4 » du football ne font que se fondre dans l’air du temps, dans la mondialisation comme l’on dit. Ils n’ont pas tellement d’autre choix, il faut le reconnaître, pour décrocher des résultats, que de copier les modèles sans discussion possible gagnants depuis deux ou trois décennies. Manchester United, Liverpool, Milan AC, Barcelone, l’Inter Milan et le Bayern sont riches, monstrueusement riches, ne s’en cachent surtout pas, et cannibalisent tout, se moquant sans la moindre vergogne de l’abyssal déficit qu’ils participent à creuser dans l’univers du ballon rond (plus de quatre milliards d’endettement global pour les clubs de l’élite européenne !)
 
Si l’on veut bien me suivre sur ce terrain mouvant, je suis en train de dire que Lille a, momentanément au moins, volé une part du festin des rois et que ce seul fait a de quoi faire réfléchir. Crime, disais-je, de lèse-majesté. Car, et c’est encore plus grave, les nouveaux champions de France ne sont même pas célèbres, on dirait aujourd’hui « médiatiques » ou « notorious ». Autrement dit et pour parler « le correctement numérique » un Gervinho, un Mavuba ou même un Eden Hazard, sans doute le joueur le plus doué de sa génération, ne valent pas tripette sur le marché des médias sociaux ou de la rentabilité d’image… De quoi provoquer un certain malaise, encore pour Aulas et Cie., dont les efforts ont été plus que considérables pour s’attacher les services de Yoann Gourcuff, sorte de Sébastien Chabal du football, et dont le moins que l’on puisse dire est que l’affaire n’a pas connu un rendement à la « Madoff ».
 
Qui a donc raison, ma bonne dame ? La prochaine finale de la Ligue des Champions entre Manchester United et Barcelone devrait faire oublier le prix du beurre et effacer les doutes ou balayer l’anecdotique… Qui de Rooney (20,7 millions de revenus annuels) ou de Messi  (31 millions) sera le meilleur ?

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