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Abidal, Messi et Fabregas resteront-ils au vestiaire ?
Abidal, Messi et Fabregas resteront-ils au vestiaire ?
©Reuters

Pied de grève

Espagne : quand les footballeurs millionnaires font la grève

La première journée de championnat espagnol de football ne devrait pas avoir lieu ce week-end pour cause de grève des joueurs. Leur revendication : être assurés de toucher leur salaire. La lutte a commencé. Les enjeux financiers sont gigantesques.

Joel Maxcy

Joel Maxcy

Joel Maxcy est professeur d'économie du sport à l'Université de Temple (Pennsylvanie). Il est également vice-président de l'association internationale des économistes du sport. Il est spécialisé dans les lois anti-trust, de régulation, et de droit du travail dans le monde sportif.

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Atlantico : La première journée de championnat espagnol de football n'aura pas lieu à cause d'une grève des footballeurs. De quoi s'agit-il exactement ? 

Joel Maxcy : Cette grève est liée au risque de banqueroute des administrations des clubs : les joueurs ont ainsi peur de ne pas recevoir leurs salaires. Ils demandent donc une convention collective qui garantie dans leurs contrats qu'ils seront payés.

Les grèves menées par les syndicats de sportifs professionnels sont leur outil le plus puissant puisqu'ils peuvent annuler des matchs, ce qui engendre des pertes financières pour le propriétaire du club. C'est leur plus puissant levier mais cela leur coûte aussi puisque le salaire des joueurs peut être indexé sur le nombre de matchs joués.

Comment fonctionne le syndicalisme dans le sport professionnel ?

Le système diffère selon qu'on se trouve aux États-Unis ou en Europe. De façon générale, le syndicat fournit une voix unifiée pour les joueurs : au lieu de devoir négocier des termes de contrat individuellement ils sont capables de négocier collectivement. Cela leur donne un poids considérable, ce qui est vraiment important dans le cas espagnol pour garantir le respect des contrats.

Aux États-Unis, cela concerne plutôt la mobilité, la structure de paiement etc … Dans les sports européens, les règles sportives sont les mêmes partout, et la législation du travail ne touche qu'à la mobilité. La différence majeur entre les États-Unis et l’Europe est que la convention collective dans les sports américains concerne toujours à propos des règlements de la ligue. Tout doit passer par les joueurs, même les revenus partagés au sein de l'équipe doivent être approuvés par les joueurs car cela affecte potentiellement leur salaire.

Dans les sports européens, il n'y a pas de convention collective. Il n'y a que des conflits isolés. Les syndicats ont de plus petits conflits et donc sont moins puissants. Aux États-Unis il n'y a qu'un seul droit du travail, alors qu'en Europe, chaque pays aura une législation différente. Donc une convention collective en Europe est impossible, c'est plutôt pays par pays.

Existe-t-il une contradiction entre la revendication syndicale et l'individualisme qu'engendre souvent la compétition sportive ?

Agir de façon collective peut être contradictoire avec l'idée du sport. Néanmoins, le sport au niveau professionnel est aussi une industrie et les joueurs des travailleurs, donc se syndiquer fait sens. La nature individualiste de la compétition sportive est contradictoire avec le syndicalisme, mais les syndicats de sportifs professionnels ne sont pas non plus des syndicats normaux.

Les grèves sont-elles fréquentes dans le sport ?

Le syndicalisme dans le monde du sport remonte aux années 1960. Il y a eut de nombreuses grèves et lock-out qui ont poussés les dirigeants à annuler une partie des saisons ou des saisons entières ces trente dernières années.

Ce qui est intéressant, c'est de regarder les années 1970-80, spécialement le base-ball, et de voir que les arrêts de travail étaient dus à des grèves impulsées par les joueurs. Depuis les années 19990, et le lock-out de la NBA en 1999, il n'y a plus que des lock-out que l'on peut définir comme une grève patronale, destinée à faire pression sur une grève partielle, car les non-grevistes ne sont pas non plus payés. Ce sont donc les propriétaires de clubs et de ligues qui ont le pouvoir.

Les sponsors n'ont-ils pas leur mot à dire ?

Ils n'ont légalement pas le droit mais ils ont sûrement une influence sur le résultat. Durant le lock-out de la NFL (NDLR : championnat de football américain), les sponsors ont été très actifs car ils furent très remontés par les annulations de match (uniquement 16 matchs eurent lieu durant la saison régulière) et les pertes qui en découlent.

N'est-ce pas un peu indécent ces sportifs millionnaires qui font grève?

C'est ce que la plupart des gens pensent. Finalement, ces grèves sont le combat de millionnaires (sportifs) contres d'autres millionnaires (propriétaires de clubs). Forcément, cela n'engendre pas le même soutien que pour des métallurgistes. C'est la même chose en Europe où les footballeurs espagnols gagnent des millions d'euros par an, et vont faire grève pour être certains d'obtenir ces millions.

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