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Le FN a-t-il vraiment besoin de faire campagne ?
©Reuters

Vitesse supérieure enclenchée

Le FN a-t-il vraiment besoin de faire campagne ?

Janvier marquera l'accélération de la campagne de Marine Le Pen. Mais celle qui s'est faite très discrète ces derniers mois profite déjà des divisions qui règnent au sein des autres formations politiques, et notamment de la gauche.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : En janvier, Marine Le Pen accélèrera sa campagne : présentation de ses vœux à la presse et depuis son QG de campagne, déplacements en France et à l'étranger. Au vu de la situation des autres partis politiques, et notamment de la gauche, le FN a-t-il vraiment besoin de faire campagne ?

Christophe Bouillaud : Tout parti a besoin de faire campagne, quelle que soit la situation. Ce n'est pas parce que les sondages indiquent que Marine Le Pen arriverait en tête ou en seconde position du premier tour de la présidentielle qu'elle devrait s'abstenir de faire campagne. D'une part, les militants et sympathisants du Front national ne comprendraient certainement pas cette absence de campagne. D'autre part, les médias ne tarderaient pas à souligner que Marine Le Pen ne fait pas campagne et chercheraient à comprendre pourquoi. La seule raison qui pourrait éventuellement amener Marine Le Pen à ne pas faire campagne serait de faire des économies de fonctionnement de son parti. Mais, là encore, on ne voit pas pourquoi elle devrait se limiter financièrement dans le fonctionnement normal d'une campagne démocratique.

On peut imaginer qu'elle ménage ses effets, mais il faut absolument qu'elle ne se fasse pas oublier des Français. Elle ne peut pas être dans le silence absolu pendant des semaines et des mois. Elle doit être présente dans l'espace politique. On n'a jamais vu un politicien ne pas faire campagne alors qu'il est en position d'avoir un résultat correct.

Dans quelle mesure Marine Le Pen a-t-elle pu bénéficier des divisions, guerres d'ego et désaccords au sein du Parti socialiste, et dans une moindre mesure des Républicains ?

Il me semble que l'électorat attiré par le FN est déjà largement convaincu que les autres partis n'offrent pas de solution correcte. Tout ce qui peut s'y produire, que ce soit au sein des Républicains, du Parti socialiste, des Verts etc., n'a finalement que très peu d'importance, sinon aucune, dans la mesure où l'électorat socle de Marine Le Pen est déjà le plus dégouté des forces politiques traditionnelles.

Le gain marginal que fera Marine Le Pen grâce à d'éventuels scandales ou problèmes internes chez les Républicains et/ou au Parti socialiste est selon moi extrêmement faible.

La droite classique est mobilisée et elle a son candidat. Du côté du PS, les délais sont très courts et il faut enchaîner sur une primaire éclaire avec une campagne électorale de premier tour d'une présidentielle. L'attention des sympathisants de gauche vis-à-vis de cette primaire devrait se développer au cours du mois de janvier. La "guerre des chefs" aura lieu, mais elle intéressera d'autant plus qu'elle permettra de régler des enjeux au sein de l'électorat du centre-gauche et de la gauche. En effet, cette primaire offre la possibilité à un grand nombre d'électeurs de gauche de solder - ou pas - l'héritage de François Hollande. Même si la perspective de victoire au printemps 2017 pour le candidat du PS est faible, il y a un jugement que les électeurs de gauche et de centre-gauche peuvent vouloir porter sur ce qui a été fait depuis 2012.

Alors que Marine Le Pen s'est faite très discrète au cours des derniers mois, comment pourrait-elle exploiter au mieux la situation politique et l'attitude de ses principaux adversaires ?

Marine Le Pen définira sa stratégie telle qu'elle l'entendra. Comme tout le monde l'a compris, le plus important pour elle sera sans doute de montrer, aux Français qu'elle n'a pas convaincus jusqu'ici, qu'elle est capable de gouverner la France. Pour l'instant, le FN clive encore très fortement l'électorat. Pour une grande partie de l'électorat, le FN, c'est l'aventure, et ce parti représente un risque que, de fait, énormément de gens ne veulent pas courir. L'enjeu pour le FN est d'essayer de se montrer le plus "raisonnable" dans sa manière d'envisager le pouvoir dans l'avenir. C'est d'autant plus difficile que, pour l'instant, le FN ne dispose d'aucune perspective d'alliance avec quelque force importante que ce soit, et que les ralliements à sa cause de la part de leaders d'opinion restent négligeables ou ambigus. Le "RMB" (Rassemblement Bleu Marine) ne rassemble guère, et il existe même des extrêmes droites hors les murs (par exemple la "Ligue du sud", et même le groupuscule créé par le patriarche de la famille Le Pen).  

 

Par ailleurs, le FN va se retrouver pris dans ses liens qu'il s'est créé de facto avec la présidence Trump. Si la présidence Trump se révèle dès les premières semaines une sorte de catastrophe géopolitique majeure pour le monde occidental en général et la France en particulier, il est possible que cela ait des effets sur l'électorat français qui, paradoxalement, pourrait faire de l'anti-américanisme primaire à l'encontre du FN, tel qu'on l'a vu dans l'histoire de France depuis deux siècles. Les Américains sont à la fois nos plus anciens alliés et ceux que l'on adore détester pour leurs lacunes culturelles. Avec Trump président, pas difficile de faire revivre ce genre de lieux communs.

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