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FN et Panama papers : pourquoi l'affaire Frédéric Chatillon n'est qu'un pétard mouillé
©Reuters

Chou blanc

FN et Panama papers : pourquoi l'affaire Frédéric Chatillon n'est qu'un pétard mouillé

Jadis dirigeant du GUD, aujourd’hui homme d’affaires, Frédéric Chatillon se voit reprocher d’avoir eu recours à une Panaméenne. Sans doute pour échapper au fisc. En cause : un investissement de 316 000 euros en Asie. De quoi s’interroger. Or cet investissement est connu depuis 18 mois par les juges Van Ruymbeke et Buresi. Ils n’y ont rien trouvé à redire. Même position du côté des limiers des impôts.

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

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Chatillon = Marine Le Pen = Panama = Evasion fiscale… 

Dur d’avoir été dirigeant du GUD dans sa jeunesse et d’être un ami de Marine Le Pen. Pour l’homme d’affaires Frédéric Chatillon, il y a un passé qui ne passe pas. Il suffit qu’il ait réalisé quelques investissements à Singapour et le voilà embringué dans l’affaire Panama Papers parce que soupçonné d’évasion fiscale. Cela lui colle à la peau. Etrange, puisque l’investissement en Asie qui lui est reproché de 316 000 euros – qui n’a rien à avoir avec les fortunes de célébrités politiques, économiques, artistiques ou sportives de la planète – figure depuis dix huit mois dans le dossier sur le financement du Front national instruit par les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi... De plus, ces fameux 316 000 euros apparaissent bien dans le bilan de la société Unanime – évoqué plus loin – lui-même déclaré au fisc… Alors qu’en est-il ? Tout au plus Frédéric Chatillon a-t-il effectué un ou deux montages un peu "sportifs" qu’il a parfaitement justifiés. Etant entendu que le volet de soupçon de financement illicite de campagne visant le Front National n’a rien à voir.

Reprenons. Frédéric Chatillon, proche de Marine Le Pen – ils se sont rencontrés à la Faculté de droit – anime une société, Riwal, qui depuis de nombreuses années participe aux campagnes électorales de la présidente du Front national. Riwal, de temps à autre, sous-traite une partie de ses activités à une autre entreprise détenue à 20% par Chatillon et 80% par sa compagne. Ce sous-traitant, spécialisé dans la création de sites Internet a pour dénomination Unanime. Fin 2012, Chatillon, animateur d’Unanime, qui a réalisé de bons résultats grâce entre autres aux élections cantonales et qui a un excédent de trésorerie, songe à placer de l’argent. Ca tombe bien. Un vieux copain de Chatillon, qui dirige une entreprise installée à Singapour spécialisée dans les salons et autres cartes de fidélités, dénommée Gift, lui propose de placer ses deniers. Banco, répond Chatillon qui débourse donc 316 000 euros au début 2013. Rien d’anormal à cela. D’ailleurs, cette somme, on l’a vu, figure bien au bilan de la société Unanime qui a été envoyé au service des impôts…L’investissement se fera via Hong-Kong qui constitue le centre névralgique de tous les financements en Asie. C’est ainsi que Frédéric Chatillon prend, pour une somme modique, le contrôle d’une coquille vide, dénommée Time Dragon. Une pratique courante à Hong-Kong. En mai 2013, la française Unanime devient actionnaire unique de Time Dragon. L’année suivante, en mai 2014, Time Dragon devient Unanime- Asia. Demeure une difficulté : faire venir les 316 000 euros de Paris à Unanime-Asia. 

Frédéric Chatillon sait qu’on l’attend au tournant. Son militantisme à l’extrême droite, personne ne l’a oublié. Il sait par exemple que s’il sollicite sa banque, la Monte Paschi, pour qu’elle lui vire 316 000 euros en Asie, illico, le Tracfin – la cellule anti-blanchiment de Bercy – lui tombera sur le dos. Alors que fait-il ? Tout simplement il émet une facture non causée à la banque – ce qu’elle ignore évidemment. Et la Monte Paschi expédie les 316 000 euros sur le compte Unanime-Asia... Laquelle, on le sait, a pris la suite de Time Dragon. Or cette dernière est une filiale à 100% d’une société Harson Asia Ltd, domiciliée aux Iles Vierges britanniques par l’entremise du désormais célèbre cabinet d’avocats panaméens Mossack-Fonseca. Cette fois, on y est : Chatillon planque son fric au Panama. Sauf que selon ce dernier, les limiers des impôts ont mis leur nez dans ses sociétés et n’ont rien vu d’anormal. C’est ainsi que Unanime-Asia a fait l’objet d’un contrôle fiscal qui ne s’est soldé par aucun redressement. D’ailleurs, en scrutant les documents de Chatillon, on voit bien qu’Harson n’a jamais reçu un centime pas plus qu’elle n’a détenu le moindre compte bancaire. Pour la petite histoire, Harson a été dissoute sans qu’elle ait dissimulé quoique ce soit… Chatillon a demandé aux juges Van Ruymbeke et Buresi d’envoyer des commissions rogatoires en Asie pour vérifier l’authenticité de ses documents. Les deux magistrats n’ont pas jugé utile de le faire. 

Alors, un pétard mouillé cette histoire d’investissement en Asie ? En tout cas, on peut ne pas aimer l’idéologie du Front national, la combattre avec pugnacité, mais force est de constater que le bénéfice de la bonne foi est beaucoup plus difficile à obtenir pour ses militants que pour les autres… Sur le plan politique, une telle stratégie n’est guère payante puisqu’elle n’en finit pas de déboucher sur des victoires du Front national à chaque scrutin.

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