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Un jeune élu FN de Seine-Saint-Denis récemment converti à l’islam est accusé d’avoir fait du prosélytisme religieux et a en conséquence été suspendu du parti la semaine dernière
Un jeune élu FN de Seine-Saint-Denis récemment converti à l’islam est accusé d’avoir fait du prosélytisme religieux et a en conséquence été suspendu du parti la semaine dernière
©eelv.fr

Le FN, tu l'aimes ou tu le quittes

FN : après le musulman converti et le militant pour le droit des homosexuels, à qui le tour (de se faire virer) ?

Alors qu'un jeune élu FN de Seine-Saint-Denis récemment converti à l’islam est accusé d’avoir fait du prosélytisme religieux et a en conséquence été suspendu du parti la semaine dernière, une ancienne tête de liste à Nancy est convoquée devant les instances du FN pour avoir affiché son soutien à un collectif homosexuel.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : Comment peut-on analyser ces deux événements récents qui ont agité le FN ? Faut-il voir un raidissement et un retour aux fondamentaux de la part du FN ?

Christophe Bouillaud : Ces deux évènements doivent être séparés. Pour la tête de liste aux municipales de Nancy je pense que cela montre surtout la contradiction au sein du FN entre l’électorat proche des milieux catholiques et le reste de l’électorat où l’homosexualité ne pose pas de problème. Le FN préfèrerait s’en tenir à l’attitude émise par l’armée américaine il y a quelques années  "don’t ask don’t tell" de façon à ce qu’il ne prenne pas position publiquement et laisse les individus totalement libres de mener leur vie privée comme ils l’entendent. Cette ancienne tête de liste paye le fait d’être sortie du "don’t ask don’t tell". Rappelons que d’autres partis proches du FN comme le Parti pour la liberté aux Pays Bas défendent depuis longtemps les droits des homosexuels.

En ce qui concerne le jeune conseiller municipal qui aurait fait du prosélytisme cela montre surtout son manque de culture politique. Il n’a pas compris les dynamiques de l’électorat français et ce que signifie politiquement le mot immigration. On peut rapprocher ce fait des grands problèmes de recrutement du FN : ce parti a du mal à se constituer une classe politique au niveau local. Je ne pense que cela traduise un raidissement du FN.  Quelques mois après les municipales on voit que c’est désormais la phase où la situation politique se décante, où l’on voit si les élus ou anciennes têtes de listes sont plus ou moins sérieux.  L’ idée du FN est en tout cas de se créer une classe politique.

En quoi peut-on dire que les instances dirigeantes du parti sont traversées par divers courants et hésitent par rapport à la question de l’homosexualité ?

Il y a des contradictions au niveau de l’électorat du FN sur cette question. Il y en a un traditionnaliste qui n’arrive pas à normaliser l’homosexualité dans son mode de pensée alors que pour l’autre ce n’est pas important.Au niveau de l’actuelle direction du FN regroupée autour de Marine le Pen il n’y a pas trop de divergences sur le sujet. En revanche Bruno Gollnisch et Jean Marie le Pen pensent différemment mais cela reste un courant minoritaire.

Dans quelle mesure le FN peut-il gagner ou perdre des électeurs en sanctionnant des membres qui afficheraient leur soutien à la cause homosexuelle ou qui défendraient l’islam ?

La logique générale de l’espace politique français est de sanctionner un élu qui ferait du prosélytisme religieux. Electoralement c’est donc une nécessité de sanctionner cet élu surtout dans ce contexte difficile au moment de la guerre contre le djihadisme. Le FN peut accueillir des gens nés musulmans parce que c’est un choix par défaut et qu’on accepte la religion de ses parents. En revanche l’idée de choix est très importante car cela nous engage autour des valeurs. Aujourd’hui on voit la conversion à l’islam comme un rejet de la société française. C’est la conversion à l’islam dans le contexte actuel  qui pose donc problème. Rappelons que le FN n’a jamais été contre la religion musulmane : lors de la guerre d’Algérie, Jean Marie Le Pen prônait la fraternité entre les Européens d’Algérie et les Français d’Algérie. La situation est en revanche différente sur la question de l’homosexualité car le FN a intérêt à être neutre.

Après s’en être pris à un musulman récemment converti et un jeune jugé trop pro-homosexuel, quel frontiste pourrait désormais connaître des soucis internes au parti ?

Je pense que s’en prendre à un élu soupçonné de détourner l’argent pourrait être électoralement payant et dans l’intérêt du parti. Le FN clame souvent qu’il est un parti aux mains pures et si quelqu’un était soupçonné de détournement de fonds il serait avantageux pour ce parti de prendre les devants et de dire ‘on est contre les détournements de fonds’.  Il est difficile pour un parti de voir qu’une personne à qui on a fait confiance ne fait finalement pas l’affaire. Le FN doit faire très attention et il ne faut pas que ce parti ait leur Thomas Thévenoud à eux. 

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